Il faudra bien que je parle des synchronicités littéraires qui ont peuplé ma vie...
Un écrivain controversé... Nicolas Boileau... Eric-Emmanuel Schmitt... Shakespeare... Jack Kerouac... Isaac Asimov... Des trucs de malade !...
J'y reviendrai.
Littéralement. Des mots sous divers reflets, mais ce n'est pas un dico. Blogue littéraire et geek de Guillaume C. Lajeunesse.
Il faudra bien que je parle des synchronicités littéraires qui ont peuplé ma vie...
Un écrivain controversé... Nicolas Boileau... Eric-Emmanuel Schmitt... Shakespeare... Jack Kerouac... Isaac Asimov... Des trucs de malade !...
J'y reviendrai.
Rêvé à toi, vieux pote perdu dans les brumes. Il m'arrive, de temps en temps, de te croiser dans le couloir du rêve.
L'une des premières fois – je pense que nous étions toujours amis – ta blonde et moi parlions de ta vie avec inquiétude. Une inquiétude associée au VERTIGE. Le décor était une espèce de tableau tridimensionnel inspiré de Mario Bros ®, avec ses plateformes, ses cubes en briques, sa tuyauterie, ses formes géométriques, ses édifices, ses pièges, ses ennemis. Et surtout, c'était un décor avec toi dedans. Tu y incarnais l'ultime joueur qui doit foncer, sauter, et sans doute tomber. Tu étais prodigieux, presque effronté dans ta prouesse. Le hic : ce n'était pas un jeu qui se dressait là dans sa folie architecturale, c'était une allégorie, celle de ta vie.
Déjà, dans le temps, avant même le rêve ci-haut, j'avais fait un rêve sur une machine à voyager dans le temps. Avec cette technologie, on s'en donnait à cœur joie.
Y a eu ce rêve, aussi, où t'avais un style un peu cyberpunk comme ça, on se retrouvait au haut d'une tour. L'un des étages près du sommet. J'étais avec ma blonde du moment, je crois, et on te rencontrait. Tu étais une espèce de fugitif stylé. Une anomalie détectée par le système. Tu te jouais de celui-ci, comme d'habitude, fantôme ayant toujours plusieurs coups d'avance et le secret des fissures, mais tu ne pouvais pas trop rester longtemps, au cas où. Et cette recherche visant à t'éradiquer expliquait, du moins en partie, pourquoi je ne te voyais presque plus dans la vie.
Que dire de ces rêves récents où je trouvais ton adresse, et qu'on renouait à reculons ? Qu'on renouait à peu près. J'étais curieux de savoir ce qui se cachait derrière cette porte, bon sang ! quelle existence menais-tu ? Tu étais en couple, peut-être père de famille, je ne sais plus, et tu menais une existence un peu décalée et farfelue. Une existence qui dit non au système et qui, dans son renoncement à la société, crée sa propre petite société, beaucoup plus marrante.
Bon. Je disais que j'ai rêvé de toi, vieux fantôme. Récemment. Il y a quelques jours. C'était quoi, ce rêve ? Je n'en ai plus une lecture en haute résolution, les jours ont passé. C'était un peu comme ces rêves de retrouvailles récents. Sauf que cette fois, t'avais l'air pas mal emballé de me voir. Je crois que mon fils était avec moi. Tu étais heureux de le voir. C'était un rêve où, contrairement à d'autres, tu exprimais de la joie.
Ça fait beaucoup de rêves pour un type qui a été mon meilleur ami de dix-huit à vingt-cinq ans, à peu près. Tu n'as jamais été mon Étienne de La Boétie, mais j'ai été marqué par ton esprit.
Les nombreuses personnes que je connais incarnent des archétypes dans mes rêves. Toi, maître ès logique et curieux bougre désinvolte, tu es le marginal brillant et cocasse.
Ton passage me signalait sans doute une posture d'accord avec l'une de mes décisions. Moins de vœux frileux, davantage de choix audacieux.
Sans farce. C'est tout à fait elle. Une sacrée humoriste.
J'ai de la difficulté à m'approprier cette voix orale qui me prend entièrement, quand je travaille à mon roman.
Alors plutôt que d'écrire, platement, « Je suis allé à une soirée de poésie au Quai des brumes, ce qui me laisse croire que j'ai fait la paix avec de telles soirées », je vais retranscrire les deux messages vocaux que je lui ai envoyés.
Ça résumera, vite fait bien fait, d'autant plus que j'ai entamé ce billet il y a trois minutes -- c'est trop, car mon fils prend sa douche et s'impatiente et veut sortir.
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C'est vraiment spécial d'assister à une soirée de poésie, à 41 ans, au Quai des brumes. Quand j'étais dans ma jeune trentaine, 30 à 35 ans - la période où j'allais beaucoup dans les soirées de poésie -, la réalité c'est que j'étais souvent sur ma faim, souvent un peu fâché, de tant de postures, de faux poètes, de narcissisme, de gens qui faisaient juste parler d'eux-mêmes en laissant croire que c'était de la poésie. Mais là, j'avais un regard complètement nouveau.
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J'étais juste présent. Je prenais ce qui venait. Je voyais vraiment une beauté dans tout ça, tout cet événement-là, tous les textes n'étaient pas bons, mais j'ai l'impression qu'un bon 70 % des textes était quand même intéressant, ce qui est la proportion inverse que j'aurais soulignée dans ma trentaine, pis c'est étrange aussi d'avoir 41 ans, car dans un sens, je me sens aussi jeune qu'eux, t'sais j'ai comme une flexibilité mentale, si l'on peut dire, une ouverture d'esprit qui me garde très très jeune, mais je sens aussi le décalage de l'expérience. C'est comme si j'étais à la fois de leur âge, et plus vieux en même temps. C'est vraiment curieux, vraiment curieux, intéressant.
Bon. 20:33. Passé 10 minutes ici. Trop long. Mon fils tape du pied dans la douche. Il veut sortir. C'est aussi ça avoir 41 ans.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais
Pensée au métro Berri-UQAM, un matin plein, après avoir remis à une jeune dame le rectangulaire porte-monnaie de cuir qui a quitté sa poche d'élégant manteau long :
La non-grégarité
De mon coeur, bref,
Son isolement,
Se lit parfois
À mes sourires diffus
En prime, pensée au métro Longueuil-Université-de-Sherbrooke :
Longueuil, ce lieu plus policé que polisson, ce qui en dit long sur sa lisseté.
À ma grande stupéfaction, ce texte du 19 octobre 2020, Ma relation aux mots, que je viens de retravailler, que j'ai pris un moment pour ciseler, était retourné dans le brouillard de mes brouillons. Je suis très heureux de le rescaper de cette nébuleuse fosse de l'oubli.
Je voulais procéder à un ajout au texte, mais ce dernier ne cadrait pas totalement. Je rédige donc un deuxième billet dans la même veine, celui-ci ; billet où, plutôt que d'explorer le thème de la relation au langage dans le jeune âge, j'aborde la notion des concepts avancés.
Ainsi, si le billet évoqué plus haut dansait sur le fil des mots, celui-ci, dans son minimalisme qui confine au lapidaire, traite de connaissances abstraites, ou carrément d'abstractions. (Les gens abstraits, comme les informaticiens et ingénieurs, ne sont-ils pas des gens de peu de mots, sachant traduire l'essentiel ?)
J'aimerais écrire, comme Rimbaud, « J'ai l'archet en main, je commence », mais ça ressemblera plus à : j'ai le crayon et le calepin, j'ébauche.
Jeune enfant, je réfléchissais ainsi à une idée analogue à, mettons, la cognition. J'étais fort impressionné par ce qu'on pourrait appeler l'intelligence. Par exemple, si l'on me disait : « Tu vas voir, un jour, les mathématiques, à l'école, ce sera très difficile », je m'endormais, le soir, douillet, bordé, dans une sorte de songe où j'apercevais un tableau d'ardoise peuplé de hiéroglyphes obscurs – et je pensais : je suis trop jeune pour comprendre ça, mais quand je serai plus vieux, je serai assez intelligent pour le faire.
Quelques années plus tard, en deuxième année du primaire environ, un texte à l'école faisait allusion au paradoxe des jumeaux d'Einstein (l'un qui vieillit normalement, l'autre à un rythme accéléré), sans entrer dans les détails érudits de la chose naturellement, et j'ai pensé – je ne comprends pas en quoi cette magnifique idée est possible, mais un jour, plus vieux, je serai capable de comprendre. (Aujourd'hui, ma compréhension de la chose est vague plutôt que granulaire, mais j'estime avoir pigé l'essentiel.)
C'est tout ce que je puis me permettre d'esquisser ce matin : mon roman m'attend.
Cette expression spontanée et assez stupéfiante m'est venue en tête alors que, me lavant les mains dans les toilettes bigarrées, joliment négligées, inondées de graffitis, bohèmes et estudiantines du café, je venais de passer du temps à un projet d'écriture crucial, qui me permet de décrocheter de vieilles souffrances. J'ai retrouvé les clés de mon système nerveux, ça dit tout, ça en dit long.
J'en frissonne de joie brute qui élucide la colère.
C'est vraiment un génie d'entrée de gamme, si elle n'est pas capable de comprendre les mathématiques les plus élémentaires.
J’ai compris le danger de tricoter mot sur mot, d’écrire phrase après phrase, car ça ne traduit pas ce que l’on a sur l’estomac ; l’estomac qui s’agite comme un alphabet coloré, comme un dragon chinois dansant dans un défilé.
C’est comme s’il fallait plusieurs paires de mains en simultané pour écrire tout ce que l’on a à écrire, du premier coup, nettement et sauvagement.
Essayons alors :
J’avais tout, ces choses-là s’organisaient en hélices autour du cœur de mon existence, j’avais tout : une prison familiale de moins sur les épaules, une vie montréalaise excellente, éclatante et étincelante, de la timidité compensée par du rire, des rêves à foison, à la pelletée, j’avais encore : de la poésie qui me pissait en fine encre du bout des doigts, des aspirations universelles, des aspirations locales, la volonté d’être tout à la fois sans me douter de mon absence de capacité matérielle, j’étais un jeune homme sage avec des polos Simons bariolés sur le point de s’armer les poignets de bracelets et de prendre une tangente bohème. J’étais somme toute assez sacrément heureux, acharné dans l’écriture, je commençais à tâter d’autres rêves, je sentais que j’avais mon propre rythme respiratoire. La vie était une grande salle de classe où je cueillais les apprentissages susceptibles de m’illuminer l’esprit, et je fuyais les vraies salles de classe. Ma vie, ma jeune vie était baroque, infinie, sucrée. Jeune Montréalais, jeune Jim Morrison doté d’yeux bleus, j’avais presque touché mon soleil d’un doigt tremblant. J’avais la vieillesse intérieure d’un sage tibétain, mais l’extérieur d’un paon qui fait de fameux pas de danse. Drapé de jeunesse, moiré d’horizons, mon existence commençait tellement à ressembler à quelque chose que j’appelais volontiers ma vie une vie.
Puis, l’hiver.
* * *
* * * *
Suis sorti de chez moi, j’ai cherché autre chose. Autre chose que le jardin que j’avais créé. Autre chose que le rythme que j’avais conçu.
Mes stratégies existentielles ? Essayons plutôt celles des autres.
Écartons l'autodidacte.
*
Depuis maintenant deux ans peut-être, je me reconstruis une vie un peu plus comme moi, un peu moins comme une nuit vidée de son air. J’avais, ces derniers temps, l’impression de renouer avec l’époque que j’évoquais au début de ce billet. Simple nostalgie, pensais-je. Rapprochements possibles ; lumière semblable ; mais nostalgie tout de même.
Si je m’autorisais à cette comparaison, du moins, je me devais de constater mon évolution. Je suis à présent plus sage, plus structuré, me disais-je.
Toujours est-il, dans l'espace de cette renaissance, j'écrivais des poèmes comme celui-ci :
Ainsi, il y a quelques jours, j’ai passé du temps avec ce vieil ami.
Dans un accès de lucidité presque effrayant, il a procédé à une lecture inopinée de ma personne :
« J’ai l’impression de retrouver le Guillaume de jadis. Comme si tu étais plus léger. Bohème comme avant. Mais avec plus de sagesse. Plus de stabilité. »
Wow ! Je ne lui avais pas fait part de mes observations. C'est ça qui arrive quand tu chilles avec des mages. Ces sacrés clairyovants !
J'ai eu un flash de félicité au sujet des flashs de félicité.
Je marchais sur Sainte-Catherine, en plein soleil du vendredi après-midi, et ça m'est venu, mais ça m'était venu, également, deux jours plus tôt, à l'épicerie. Devant les emballages de légumes coupés.
C'est un petit flash. Vif, discret, précis. Comme un monde qui s'ouvre à moi. Un monde de souvenirs.
Ça le dit. Un flash. De félicité.
La vie ma révèle alors ses grâces, mais plus que ça ; elle me rappelle des sensations, énergiques, puissantes et quasiment inconnues de moi. Micro-saisons de l'âme. J'avais oublié, des années plus tôt, que mon âme avait occupé ces coordonnées précises dans l'espace multidimensionnel des émotions. Et me voilà qui retrouve ce minuscule point... cet étonnant tissu d'affects...
C'est, plus qu'un moment exquis et sauvage, de la brute splendeur qui murmurerait au cœur, la sensation que la vie se tient, que les choses sont en ordre, et que j'ai mis le cap sur le soleil.
Ça m'encourage par rapport à ce truc que je voudrais écrire qui concernerait, justement, des émotions assez spéciales et rares et dures à épingler.
Sur Sainte-Cathe, donc, je dis que j'ai eu un flash de félicité au sujet des flashs de félicité, parce que c'est là que m'est venue cette expression.
For I have sworn thee fair and thought thee bright,
Who art as black as hell, as dark as night.
– Shakespeare (conclusion du 147e sonnet)
Étourdi, fatigué, sous de chaudes ampoules qui me font un reflet vif à la fenêtre, devant une neige suspecte et généreuse à quelques minutes de l'arrivée du printemps, à 22 h 35, je juge que c'est le moment idéal pour me mettre à écrire, pour me remettre à mon roman. Je ne sais pas si la précédente phrase a du sens car je crève la dalle.
J'aime croire que les paroles que je capte ici et là, parfois, sur la rue, dans le métro, et cetera, me sont destinées.
Cette semaine, marchant sur Mont-Royal, j'entends une fille dire au téléphone : « Tu aimes ça chercher des problèmes. Arrête d'en inventer, la vie est belle. Profite de la vie. »
Spirituellement : la vie m'aurait mis devant ces paroles pour s'adresser à moi.
D'un angle psychologique : sensible à ce type de mots, à la thématique qu'ils sous-tendent, j'avais plus de chance de les intercepter dans le brouillard du quotidien.
Journée flemmarde et grise, post-célébrations, sans sens ni direction. Malade ces derniers jours, démantibulé ; ma gorge, un supplice quand tout solide ou liquide la parcourt. Une journée flemmarde et grise, j'imagine que c'est avec ça qu'on récupère. Depuis tantôt, je me chante Hallelujah de Cohen – juste ces mots :
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Je n'ai pas la mémoire pour le reste. J'entends donc le chœur me chanter ces mots, me souffler ces paroles s'entrecroisant pour dire le même amour, le même désespoir conquis. Peut-être cette répétition mentale privée est-elle le baume du jour. Assurément, ç'a laissé son empreinte de douceur dans mon esprit.
Sous la douche, imploration et louanges destinées à un Dieu que je découvre et redécouvre et dont je me rapproche, et sursaut quant à la joie entrevue ; hors de la douche, les mots me suivent intérieurement.
Journée flemmarde et grise or je déteste quand je sombre, sans sens ni direction. Le sens, c'est la lumière morale, la direction : kesse tu veux faire, concrètement ?
Concrètement, après une dernière réécoute de la toune, je vais me lever, aller au café et écrire et lire aussi, j'ai négligé un petit peu cette activité, même si l'on me dirait le contraire. C'est ça le sens et la direction.
Il faut d'abord, le matin où l'on veut acquérir de nouvelles lunettes, se faire vacciner contre la Covid-19 et la grippe non numérotée. Pas qu'il y ait de relation entre ces deux activités, mais c'est ainsi que le samedi matin débute. Une aiguille dans le deltoïde droit, une dans le gauche, et le tour est joué. Même pas mal ! Qu'une petite lourdeur au lieu de l'injection...
Après, tu consultes Google Maps, et réalises que les boutiques d'optique envisagées sont fermées le samedi. Alors, tu abandonnes le plan. Tu décides de cheminer vers une librairie...
Donc tu marches jusqu'au métro Mont-Royal, le secteur étant riche en bouquineries. Là, tu consultes Google Maps derechef. Tiens, à 290 m, une lunetterie ouverte !
Comme tu consultes Google Maps trop vite, tu vas du mauvais côté de Saint-Denis. Tu retraverses, au coin de Marie-Anne. Cette intersection est charmante.
Tu trouves la boutique ! Avant d'entrer, tu entends une dame derrière toi. Que dit-elle ? Tu ne sais pas... Elle entre aussi.
Il se trouve que c'est l'opticienne.
Tu lui exposes le plan. Pour synthétiser celui-ci, qui implique de petites montures rondes visant à dissimuler l'énorme myopie, et un matériau style cristal, c'est-à-dire en acétate de cellulose (parce que tu trouves ça joli, d'autant plus que les verres, blancs et épais de profil, aux extrémités, se fonderont bien à une monture du genre acétate), pour résumer tout ça, tu dégaines ton téléphone, et tu montres la tronche de Bernard Werber. Sur la photographie, il arbore pareil modèle.
Elle aime l'exemple. Elle t'informe par ailleurs que Bernard lui a déjà acheté des lunettes !
Isabelle, l'opticienne, prend le temps de te montrer diverses montures. La première en particulier est remarquablement semblable à ce que tu imaginais. Ce sera celle-là.
Une fois les démarches bien entamées, penchée sur la commande, elle relève la tête. Voudrais-tu 20 $ de rabais sur ta facture ? Tu n'aurais qu'à nous aider à déplacer un meuble. Il est vraiment gros. Tu acquiesces, parce que tu es un gentilhomme et parce que tu y vois un rappel de la vie : n'oublie pas de t'entraîner.
Le partenaire de l'opticienne, Luc, s'approche. Il est ravi mais surpris. Il dit qu'Isabelle ne pourrait pas le soulever avec lui. Plus grand que toi, costaud, il te jauge, et conclut que tu es assez baraqué dans ton genre. Il sourit de nouveau, devant l'improbabilité d'une telle découverte : un client doublé d'un déménageur.
Il te met en garde. Le gigantesque meuble oblong, une vitrine d'exposition, est composé de deux morceaux. Le premier, plus petit, est vitré. Le plus gros, qui n'est pas vitré, lui inspire le surnom le monstre.
Ton enthousiasme est inaltéré.
Une fois les détails de la commande complétés, et les indications remises pour l'examen de la vue (l'optométriste suggéré, Alain, œuvre à une autre adresse), Isabelle enchaîne avec cette précision : Je t'ai vu sur la rue, j'allais t'interpeller, pour que tu nous aides avec le meuble ! Mais tu es entré juste avant. Drôle de hasard !
En effet.
Luc rapproche son véhicule de la boutique.
Les deux parties de la vitrine d'exposition, que tu portes avec Luc, s'avèrent d'une bonne lourdeur, mais c'est gérable. L'aspect ardu de l'opération réside dans la prise. Ça coupe les doigts et ça glisse.
Opération réussie ! On passe à la caisse pour l'acompte. Finalement, on t'offre une déduction de 25 $. Tu protestes doucement, pour la forme, mais tu es heureux, car tu allais à la librairie, te rappelles-tu. Et eux sont fermes : 20 $, ce n'est pas assez.
Souriant, Luc te demande si tu peux à présent l'aider à mettre le meuble en place. Ben oui, pourquoi pas ? On déplace la base. On empile.
Une cliente demande en riant si les clients doivent toujours travailler comme ça.
Parle, parle, jase, jase. Tu as trouvé deux sympathiques âmes.
Le lendemain, l'effet des vaccins, sans doute, l'effet du workout improvisé, peut-être, le lendemain ton corps est courbaturé, noueux, à vif. Un beau souvenir de cette rencontre.
Quelques semaines plus tard, étant passé chez Alain l'optométriste entre-temps, tu reçois tes nouvelles lunettes.
Tu les aimes beaucoup. Tu vois clair, d'une clarté limpide.
Voilà : c'est aussi simple que cela, se greyer de nouvelles barniques !