Il faudra bien que je parle des synchronicités littéraires qui ont peuplé ma vie...
Un écrivain controversé... Nicolas Boileau... Eric-Emmanuel Schmitt... Shakespeare... Jack Kerouac... Isaac Asimov... Des trucs de malade !...
J'y reviendrai.
Littéralement. Des mots sous divers reflets, mais ce n'est pas un dico. Blogue littéraire et geek de Guillaume C. Lajeunesse.
Il faudra bien que je parle des synchronicités littéraires qui ont peuplé ma vie...
Un écrivain controversé... Nicolas Boileau... Eric-Emmanuel Schmitt... Shakespeare... Jack Kerouac... Isaac Asimov... Des trucs de malade !...
J'y reviendrai.
Je suis en train de me demander si je ne rendrais pas, tout simplement, l'accès à ce blogue public, comme avant.
Le tour serait joué.
Sinon, les médias nous apprennent la mort du poète Olivier Marchand (paix à son âme). L'article nous rappelle que le premier titre de la maison d'édition de l'Hexagone, qu'il a cofondé, était Deux sangs. Un recueil écrit avec Gaston Miron. Ce qui prouve qu'au Québec, les écrivains se publient souvent eux-mêmes. Et je ne vous parle même pas de VLB (paix à son âme) !
Le Devoir indique d'ailleurs que L'Hexagone, à l'origine, n'était qu'un projet d'amateurs.
Je me demandais s'il serait pertinent d'inaugurer La Fleur blindée, en temps et lieu, avec ma traduction des 154 sonnets de Shakespeare. Déjà, ce n'est pas à proprement parler ma poésie – je ne suis qu'un entremetteur, un passeur, un messager.
En regardant autour, parfois, on trouve l'audace qui n'a pas manqué à d'autres.
I thought I had hippied myself all the way. I must think thoughts of the damned, I thought. The thoughts of the artists, of the uncanny, the rare. I didn't think in such a way, yet, I felt it. Transformations are scary. Younger, I had the capacity to reinvent myself at every subtle turn. I could go to sleep as a philosopher and wake up as a scientist of some sort. Sometimes, I would become a painter, a great, raw painter, with true eyes, while looking at a basket of fruits on a table. My perceptions would instantly switch. I saw the world with great delicacy, a sense of renewal. The colors and shapes seemed more real, real in a way that was personal, and the thing was vibrant, literally, like slightly shivering. I wondered whether my visual cortex or my prefrontal cortex played with the world, or I should say my perceptions, like that. Yes, I do ask myself questions like that all the time.
But when the night came, of course, I was the great writer. I was molten metal that hadn't found its mold, its purpose, maybe. What could I be next ? A gamer ? A flower ? A spring ? A bass rhythm ? A ninja ? A sugar addict ? A neuroscientist ? A poet ?
And then came a time where my beard grew, not in a graceful or pleasant manner. It just grew. You knew I wanted to shave but skipped it now and again. The poet had built his base and his kingdom all over my face. My writing hands, my zoomed in eyes, I know, were a show. The mind of the poet was so engrained in me that I inadvertently wrote things like “I think thoughts”, to imitate Shakespeare's 85 sonnet : I think good thoughts whilst other write good words...
I would inhabit coffee shops like pigeons live inside house roofs. I had become the poet, the absolute one. The writer. I was not a machine that would produce matcha latte, but one that would drink it. I had considerably endangered myself by getting caught in a cycle of establishing myself somewhere.
I had no social recognition whatsoever, I felt dreamy all the time, but I was a bad dreamer, at the time. My dreams were infested with dark thoughts of loss, failure and such things. So, as I said, I had no social recognition whatsoever – and I giggled like a teenager all too often when something seemed funny and that I craved for acceptance. I was your flawed dandy, your weirdo, your poem dealer at the coffee shop. I existed, yet not. I felt marginalized, and felt that I occupied too much of the margin.
I thought I had hippied myself all the way. That's when I thought this thought. When I realized it. Yet, a scientist thought structured thoughts and didn't want to be erased. I thought it was time to go back to school, to study, to become a scientist. Have you ever thought about parallel lives ? The ones you could have lived ? I did the trick, I did the magic ; you should not. Instead, embrace all your interests. If you are an artist and a scientist, be both. Imagine if I had stayed a hippie all my life. I believe the world of podcasts would be a little less rich. Wouldn't it ? No, that's a narcissistic thought. But I would be less rich in soul and mind, that's for sure.
Think of all the boxes people have tried to make you fit in, and break them. You personally know how wide your world is.
Eh ! I thought I had hippied myself all the way...
My name had to be Andrew. Beautiful, isn't it ?
Je vais gagner le prix Goncourt. Avec mon premier roman. Tremblante aspiration. Douce sottise de l'écrire. Je n'ai jamais aimé les prix. Je n'aime pas le Goncourt. Je le respecte et le méprise. Je vais gagner le Goncourt. Il va faire de moi un homme. Je vais en faire ma femme. Ils voudront me remettre le prix Goncourt du premier roman ; télépathiquement, je leur ferai savoir la chose suivante : non. Je vais gagner le prix Goncourt. Le prix Goncourt m'a gagné. Il y en a eu des pas mal, alors ça oui. J'ai aimé La plus secrète mémoire des hommes, cette éblouissante manifestation de génie tressée de fulgurance technique. J'aime Leïla Slimani, mais c'est une autre paire de manches. Une autre paire de hanches. J'aurais aimé aimer la... Saviez-vous que, sur Wikipédia (c'est très littéraire d'inclure des références à la réalité dans ses écrits), dans la petite boîte bleu #7DA7D9 au-dessus de la photo d'Edmond de Goncourt, il est écrit « Monsieur Moustache » Je partage, au cas où quelqu'un se charge de remédier à ce vandalisme innocent. Alors je vais gagner le Goncourt. Mais ce n'était pas mon point, pas celui que je traquais, je poursuivais. Tiens, un exercice littéraire, à la Georges Perec, je vais écrire une phrase qui n'inclut pas : Je vais gagner le Goncourt. Alors voici : allô les copains, je vais gagner. C'est raté. Vous voyez. Je ne suis pas assez scrupulateur pour gagner le haut pavé de l'érudition appliquée de Perec, mais je le suis assez, au ras du sol, avec les famines et les chiens (ça, ça vient d'un de mes poèmes, mais ça s'insérait bien ici) pour remporter, pour ravir, une règle de trois, hihi, pour quoi, je ne sais pas, révolutionner le Gonc'. On va l'appeler comme ça, le Gonc'. Eh ! Maintenant qu'il est à moi, je l'appelle comme je veux, d'accord ? Alors ce point, qu'on traquait. C'est tout à fait irrésistible et sublime, un point qu'on traque. Mon point, le voilà qui montre sa courbure dans le ciel laiteux, c'est que j'aurais aimé aimer la liste entière des récipiendaires du Goncourt, de 1903 à 2024, mais je les lirai plus tard, à ma retraite, quand je serai à l'Académie française (mon projet est de boire des matcha latte hebdomadairement, à tout le moins, avec Dandy Laferrière, mon farfelu maître cosmique). Bon. Alors ! Ce ciel laiteux ! Ce matcha ! Cette irrésistible farce sublime ! Oui. J'aimerais donc être en mesure de comprendre la logique séquentielle, inouïe et légèrement quantique (dans son saut) qui aura conduit l'Académie Gonc' à me décerner son prix. Vous savez, moi, je n'en ai rien à cirer, même si je vais pleurer, sur le même petit balcon que Mohamed Mbougar Sarr. C'est Jésus qui le veut, de concours avec Jeanne. Moi je vais accepter passivement mon destin. Je pense qu'un prix, à tout prendre, c'est un peu le même principe que la caverne de Platon. On pense que c'est un éclat, un soleil, une fournaise nucléaire. C'est plutôt, vous savez, une ombre. La vraie fête, elle est dans la caverne. C'est là qu'on écrit. C'est là que tout se déroule. Un prix, c'est une ombre. Ne vous y trompez pas. Ceux qui se réjouissent des prix, en vérité, c'est qu'ils n'ont pas assez bossé dans les cavernes. Un écrivain est un troglodyte, qu'on se le dise. S'il vous dit l'inverse, c'est qu'il est un chien, une veuve, une protubérance. Mais un écrivain, dans le dessein de socialiser, et dans le désir de pérennité de son œuvre, doit quelquefois sortir de son antre. Alors on le décore d'une ombre. Le Goncourt est une ombre avec laquelle je saurais batailler, dont je saurais m'accommoder. Et je ne dirai pas : merci de m'avoir photographié, merci de m'avoir aimé, merci de m'avoir vu. Je dirai : merci aux quelques curieux qui, ayant compris l'allégorie susdite, font les quelques pas supplémentaires et requis pour regarder dans ma caverne. C'est ça, un prix. Et c'est pour ça que je l'accepte, finalement, votre Goncourt.
J'ai pris connaissance des 25 nouveaux classiques littéraires, selon La Presse.
Les titres avec lesquels je suis d'accord (à noter que je n'ai pas lu plusieurs des titres dans le palmarès de La Presse) :
- L’énigme du retour, Dany Laferrière
- Ce que je sais de toi, Éric Chacour
- Mille secrets mille dangers, Alain Farah
Quant au roman Le ciel de Bay City, écrit par Catherine Mavrikakis, je ne l'ai pas lu mais ai maintenant envie de le lire.
Mais je me demande... Y aurait-il eu une place pour les titres suivants ?
- Ouvrir son cœur, Alexie Morin
- Golgotha, ou un autre titre de Benoit Jutras
- Les marins ne savent pas nager, Dominique Scali
- La bête creuse, Christophe Bernard
- La version qui n'intéresse personne, Emmanuelle Pierrot
- La trilogie de la bête, David Goudreault
- Document 1, François Blais
Tu devrais aspirer à écrire un truc vraiment spécial, à la fois juste pour toi et profondément universel, un truc génial qui est juste à toi, un trésor juste à toi, avec lequel tu pourrais mourir sans que personne l'ait lu, mais tu saurais que c'est un truc spécial et juste à toi. Mais étant donné que ce serait un trésor que tu chérirais, ce trésor, ce truc juste à toi, il serait aussi aux autres s'ils le découvraient. C'est ça selon moi la littérature. Tu dois créer un trésor hallucinant, que tu pourrais garder juste pour toi, mais qui, d'une façon ou d'une autre, se fraiera un chemin vers les autres. Ça peut sembler contradictoire, mais ce ne l'est pas. Et pour que ce quelque chose de spécial naisse, juste pour toi, tu dois travailler comme une maniaque, une acharnée, écrire, écrire, écrire, de tout, de rien, souvent en périphérie de ton projet, pour finalement y revenir, tu mets des efforts dans l'ombre alors que tu as pourtant l'air de vouloir construire la tour Eiffel, les œufs de Fabergé, le métro de New York ou, comme Katie Bouman, l'algorithme qui a aidé à visualiser le premier trou noir ; tu dois être une cheffe de projet extrêmement méticuleuse pour un projet absolument fantomatique dont tu es à la fois la promotrice et la détractrice ; tu dois habiter ton projet avec un tel caractère personnel qu'on dirait : pouah ! c'est n'importe quoi comme écriture ! c'est n'importe quoi ! Et cependant, ce serait nouveau, si nouveau, que ça aurait la possibilité d'établir de nouveaux standards. C'est comme ça que tu dois écrire. Avec une grande folie, dans un état d'aliénation perpétuelle, que seul l'acte créatif peut apaiser ; et alors quand tu crées, les tensions s'apaisent, de l'air circule dans ton crâne à nouveau, comme si des fenêtres s'étaient ouvertes, et tu redeviens humaine. Écrire est un grand voyage ; on est assis dans un train, une locomotive d'autrefois, attaché à notre siège, on a seulement les mains de libres pour écrire ; c'est un voyage qui fait suer, trembler, dont on ne revient pas tout à fait indemne, c'est un voyage qui salit autant qu'il nettoie, qui désespère en même temps qu'il illumine, qui blesse à proportion de sa guérison, jusqu'à ce que les forces s'équilibrent et qu'au dernier instant la mathématique karmique rende un bilan positif, qu'on soupire, et qu'on lâche le stylo. La locomotive – où tu étais seule, finalement, ou du moins entourée de grincements, de présences invisibles et de radieux paysages – arrive enfin en gare. Personne pour t'accueillir, sinon que le soleil, qui en se levant t'applaudit à sa manière. Au loin, une rumeur, un tumulte ; ce sont les gens qui ont publié, qui dans une petite agglutination indécente se congratulent entre eux ; ils tentent de se faire croire qu'ils sont exceptionnels, engraissent leur petite hallucination collective ; ils n'ont pas fait de stupéfiant voyage en train, ils n'ont pas chevauché les rails, été le cœur et l'âme d'un train spectral, comme toi ; ils ont peut-être fait quelques longueurs dans un lac, parcouru un trajet cahoteux à bicyclette, ou suspendu leurs jambes à un arbre pour avoir la tête à l'envers ; rien de ça n'est spécial, et le grand égalisateur qu'est le temps prendra soin de ranger leurs livres dans un rayon de la bibliothèque où ils pourront sagement moisir ; l'énorme livre que tu portes dans ta valise noire n'entendra peut-être pas de louanges de sitôt, mais le temps lui réservera un sort agréable. Donc Julie, je crois que tu ne devrais pas espérer publier, tu devrais seulement écrire. C'est le plus terrible et le plus beau cadeau qu'un écrivain puisse se faire.
Un vrai roman, c'est : voici la vraie vie – ou celle que j'ai imaginée –, voici comment elle devrait être, plutôt que la banalité menteuse dont on nous parle en société. Le roman dit : je vais te montrer, c'est quoi, l'existence ! Un romancier est quelqu'un qui ouvre les portes de sa vie, ou d'une nouvelle vie.
Chère Sacha, chère Luna ! Cré Tom !
J'ai refermé le livre tout à l'heure, le cœur on the edge of his seat jusqu'à la fin.
C'était tellement vrai. Esti, c'est puissant, violent, ça torche.
Cette petite femme pleine d'âme à la voix douce a dû faire en sorte que Mistral se retourne dans sa tombe. On n'est pas censés parler de Mistral, il n'a jamais existé ! mais entre blogueurs, on peut bien se le permettre, non ? De son vivant, il semblait à tout prix chercher un écrivain qui le dépasserait. Il n'aurait peut-être pas soupçonné que c'est une femme qui réaliserait cet exploit. En lisant La version qui n'intéresse personne, je me disais : je pense qu'il aurait capoté sur elle. Elle ne le surclasse peut-être pas, mais elle se situe dans un même voisinage. Son roman, à Emmanuelle Pierrot, pour moi, se classe très haut – pas juste dans la littérature québécoise, mais dans toute la littérature francophone. Bon, après, la comparaison s'arrête là. Mistral a un historique de violence ; dans son roman, Pierrot, par le biais de sa protagoniste, elle la combat.
Le parallèle avec Jack Kerouac a plus de sens.
Dans mon billet précédent, je disais avoir recherché l'influence de celui-ci sur la gente dame punk ; je n'étais pas assez loin dans ma lecture encore, car à un moment donné, dans ce livre, il est justement question de Jack Kerouac et du bouquin On The Road.
En tout cas. Fuck ces considérations ! Fuck les influences ! Ça brasse, ça bouge, ce roman. Il a ses qualités propres. C'est un décapant et effrayant portrait de l'être humain.
Le style ne m'accrochait pas particulièrement au départ, mais l'émotion est là, et c'est l'émotion, qui fait le véritable style. Et je trouve qu'Emmanuelle Pierrot a cette capacité à se lancer dans de petites envolées lyriques, succinctes, bien placées, par exemple pour décrire la nature.
J'aurais envie d'exprimer un bémol, mais est-ce un bémol ? Au départ, on est beaucoup dans l'enchaînement d'anecdotes. Ça parle beaucoup de boisson, de sexualité, de choses trash. C'est correct. À la rigueur, on peut y déceler une succession de petites aventures. Ça campe assurément bien l'univers. Ça prend un moment avant que l'histoire embraye, qu'on sente qu'il y a une direction. En même temps, c'est un beau pied de nez à ces procédés narratifs très populaires de nos jours.
Voici des passages que j'ai appréciés :
« Elle avait soif. Moi aussi. Je me suis allumé une cigarette. J'avais envie de rebrousser chemin, de retourner chez nous. Le soleil brillait, le lac étincelait comme du verre brisé. Au loin, un orignal broutait des algues, son corps presque immergé. J'espérais que Luna n'irait pas le déranger, je ne voulais pas qu'elle se prenne un coup de sabot. Par chance, elle n'aimait pas l'eau. Il me restait des morceaux de hareng séché dans mes poches, je lui en ai filé quelques-uns. Elle les engouffrait sans les mâcher. Elle était belle. Tom est venu me rejoindre. »
« Et c'est là qu'elles nous sont apparues, celles dont tout le monde parle, celles qui, chaque hiver, déçoivent par leur absence des centaines de touristes venus d'Asie et d'Europe, celles que les Dawsonites ridiculisent entre eux mais ne cessent jamais de chérir en secret ; c'est là qu'elles me sont apparues, les ostie d'aurores boréales du câlisse : des langues rouge vin qui léchaient le cosmos, des océans rose pastel et leur miroitement vert et mauve phosphorescent. Je n'ai pas pleuré. J'aurais pu. Si la beauté du monde avait suffi à compenser la connerie humaine, j'aurais pleuré de grâce. Mais la beauté ne sert à rien. »
J'adore ce profil singulier : l'écrivain qui est également polymathe.
Le premier à m'avoir inspiré, et qui invariablement m'inspire toujours, c'est Boris Vian. Mon père à plusieurs égards.
Il écrivit un jour, dans une lettre à un ami, « Soyez un spécialiste de tout. L'avenir est à Pic de la Mirandole. Mirandolez, éclaboussez ce robot poète de vos connaissances en cybernétique, expliquez-lui comment il marche et vous l'aurez tout humble à votre merci. »
Le deuxième que j'ai connu, c'est Goethe. Celui-ci, peu de temps avant sa mort, partagea cette idée avec un confident : « Qui suis-je ? Qu'ai-je créé ? J'ai tout reçu, tout accueilli, assimilé tout ce qui passait à ma portée. Mon œuvre est celle d'un être collectif qui porte ce nom : Goethe. »
Je me plais à dire que Vian et Goethe sont le même homme. L'un est Français, l'autre Allemand. L'un a été jeune et joyeux, l'autre, éventuellement octogénaire, assez sérieux. L'un était bigarré, l'autre classique. Comme vous le voyez, le même homme. En fait, ce qui les rapproche, c'est qu'ils étaient tous deux de grands écrivains, et qu'ils avaient un esprit, un rare esprit universel.
Mais je me disais... Il ne peut pas y avoir qu'eux... Il y avait certes Isaac Asimov. Sauf qu'Asimov était plus du côté scientifique que proprement artistique. En même temps, Vian n'avait-il pas été ingénieur, et tout plein d'affinités avec la science ? Goethe n'avait-il pas eu une approche de la science (qu'on appellerait aujourd'hui philosophie de la nature) bien à lui ?
Bon. Vian. Goethe. Peut-être Asimov. Benjamin Franklin ? Ah, et François Rabelais, peut-être ? Ou est-ce tirer l'élastique ?
J'ai consulté ma machine préférée (celle à qui je pourrais expliquer mes connaissances en intelligence artificielle, puis comment elle marche, pour l'avoir tout humble à ma merci) pour avoir son avis. Elle est arrivée avec quelques noms auxquels je n'aurais pas pensé.
Après un échange, voici ce qu'elle me dit :
Voici un résumé des huit écrivains polymathes [dont] nous avons discuté :
1. Boris Vian - Écrivain, poète, musicien, et ingénieur, connu pour son esprit inventif et ses œuvres provocatrices.
2. Johann Wolfgang von Goethe - Poète, dramaturge, et scientifique, une figure centrale du romantisme allemand, célèbre pour ses contributions à la littérature, la philosophie, et la science.
3. Isaac Asimov - Auteur de science-fiction et professeur de biochimie, reconnu pour ses œuvres littéraires ainsi que ses écrits scientifiques populaires.
4. Leonardo da Vinci - Peintre, inventeur, et écrivain, dont les carnets révèlent des connaissances vastes en art, en science, et en technologie.
5. Voltaire - Philosophe et écrivain, figure majeure des Lumières, connu pour ses critiques acerbes de la société et ses appels à la réforme politique, sociale, et religieuse.
6. Novalis (Georg Philipp Friedrich Freiherr von Hardenberg) - Poète et philosophe, figure importante du romantisme allemand, qui a aussi étudié le droit et la géologie.
7. Benjamin Franklin - Écrivain, scientifique, et homme d'État américain, célèbre pour ses inventions, ses études sur l'électricité, et son influence politique.
8. François Rabelais - Médecin et écrivain, connu pour ses romans satiriques qui mêlent des observations sur l'humanisme, la médecine, et la société de son temps.
9. Margaret Atwood (Ajout ultérieur) - Écrivaine, poète, critique et écologiste, connue pour ses œuvres marquantes en littérature, son engagement pour les droits des femmes et l'écologie, de même que son intérêt pour la biotechnologie.
Chacun de ces écrivains a marqué son époque par des contributions significatives dans divers domaines en plus de la littérature.
Ben voilà. La nature, en se renouvelant, en crée un nouveau une fois de temps en temps.
Dandy Laferrière ? Chantal Guy se plaît à écrire et à réécrire que Dany Laferrière est le seul dandy qu'elle a connu dans sa vie.
Je trouve qu'il s'en ressent à la lecture d'Un certain art de vivre, que, bien honnêtement, je n'ai pas encore terminé, mais que je devrais achever en deux bouchées au café où je me trouve.
Moult perles habitent cet ouvrage. Parfois, je peine à trouver le fil unificateur entre lesdites, l'écrin fédérateur, mais je pense que c'est voulu ainsi, et c'est sans doute ce qui fait de Dany Dany, de Dany un dandy.
Agréable lecture, douce et agréable lecture, lente, savoureuse, sage sans vouloir le montrer, toute en éclats de soleil et en choses minuscules.
J'aimerais dire que j'ai lu exclusivement couché, pour faire honneur à Laferrière, toutefois, je me souviens qu'en revenant de la bibliothèque, comme en possession d'un nouveau fragment d'âme à découvrir, je me suis mis à lire en marchant.
Florilège de fleurs cueillies – l'une des citations fait honneur au printemps qui arrivera, cette nuit, à 23h06 :
À la relecture immédiate d'un livre, d'un livre que j'aime aimé, à l'amorce de cette activité, les phrases me semblent moins sucrées, luxuriantes, éblouissantes ; comme si j'avais absorbé ses mécanismes, crocheté ses mystères, développé une trop grande familiarité ; aussi est-il sage de remiser l'ouvrage un certain temps, afin que l'oubli lui restitue sa splendeur originelle.
J'avais choisi la destination avec soin : l'Islande. Épris de ce pays que j'avais visité plusieurs fois pour mes pièces ou mes livres, j'avais appris à le savourer dans tous ses états. À chaque moment de l'année, l'île joue de la musique en véritable artiste : l'hiver, elle prodigue une symphonie de bleus – eau, ciel, glace, neige –, l'été, une symphonie de verts – mousses et lichens sur la toundra, bouleaux rabougris. Bloc minéral vomi par l'Atlantique, située dans un climat ingrat, elle demeure sauvage, peu habitée, à peine cultivée. Trois brins d'herbe suffisent à déclarer qu'une étendue est un champ. Rien ne se développe en hauteur, ni les végétaux ni les animaux – les chevaux plafonnent à la taille des poneys –, et un proverbe local stipule : « Quand vous êtes perdu dans une forêt, levez-vous. » J'avais parié que ce lieu robuste insufflerait de l'énergie à ma mère et notre odyssée m'avait donné raison. Quiconque désire sentir que la Terre vit doit parcourir l'Islande. Pris entre le feu intérieur et la glace extérieure, le sol respire, éructe, se fend, fume, crache de l'eau chaude à Geyser, vomit des laves par la bouche de ses volcans, noircit le ciel de ses cendres. Avant d'accoster le quai de Reykjavik, nous avions navigué parmi des îlots dont certains n'avaient jailli de l'océan que depuis deux ans. Vagabonder ensuite sur les chemins islandais nous avait permis de nous charger de force tellurique.
– Éric-Emmanuel Schmitt, Journal d'un amour perdu
Elle est décousue mais rayonnante. Pensive mais intense. Poétique et philosophique. Hazel Brown, le personnage de Lisa Robertson, est tout ça.
Le complexe amour que je porte à ce personnage et son auteure est aussi complexe que certains passages du livre. C'est un miel qui se doit d'être gagné.
J'ai trouvé le début du livre brouillon. Cette confusion est tantôt fâchante, tantôt sublime. Peut-être faut-il un temps pour s'adapter au style, au phrasé, aux abstractions de l'auteure.
Parlant de style, de construction de phrases, etc., j'en profite pour ouvrir une parenthèse : la traduction de Jeannot Clair est remarquable.
Retournons à nos moutons. En fait, c'est en grande partie la jeune Hazel Brown, bohème en quête de son destin, éparpillée, qui m'embêtait. Me renvoyait-elle à mes propres années comme jeune poète ?
J'ai fini par décrocher et raccrocher. Le lâcher-prise m'a suggéré d'envisager son livre comme un grand poème, une vaste méditation, plutôt que comme un roman. Là, j'ai pu en voir toute la beauté.
Par ailleurs, le noyau même de ce qu'est censé être ce livre – du moins de ce que j'avais à juste titre anticipé – n'est pas assez développé.
Maintenant, les éloges purs et durs.
Il y a un tel déversement d'intelligence dans ces pages que c'en est éblouissant ! C'est une intelligence curieuse. C'en est une organique et amoureuse.
C'est partout charnu, partout texturé, partout sensoriel : une prose pleine à ravir. J'ajouterais : c'est une prose bonifiée à l'extra, codifiée sans quota. Chaque phrase, chaque pensée est une aventure.
Lisa Robertson est aussi remarquablement érudite. Son portrait de Jeanne Duval est très réussi. Quant au principal intéressé, Baudelaire : tout ce que j'apprends ou réapprends à son sujet sous une nouvelle lumière me ravit.
D'ailleurs, Baudelaire aimait beaucoup employer l'adjectif singulier ; ce livre est précisément singulier.
Malgré mes bémols initiaux, j'ai envie de dire :
Lisa Robertson a quelque chose d'une rockstar littéraire !