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dimanche 5 janvier 2025

Une galerie de dandys littéraires et artistiques

Je brosse ce texte rapidement, et me bute au rôle de placier, d'ouvreur, de déchireur de tickets, vous invitant à visiter la galerie... Allons-y.

J'exclus d'entrée de jeu, hélas ! Oscar Wilde, même s'il a sans doute été le plus vrai dandy de tous, car je n'en suis pas vraiment un lecteur. J'ai cela dit aimé ses maximes.

Baudelaire ! Voilà un vénérable dandy. Je le cite (extrait de L'Art romantique) « Le dandysme n'est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle. » Le texte que je mets en hyperlien, par ailleurs, pourrait être vu comme une espèce de manifeste du dandy. Baudelaire avait cette vision pénétrante, cette capacité à définir l'être humain et ses ramifications morales.

Je reprendrai, par ailleurs, quelques citations de Baudelaire pour émailler ce texte.

Un génie poétique en appelant un autre, Shakespeare me vient à l'esprit. Je ne dirais pas : c'était un dandy pur et authentique, mais plutôt : il semble avoir eu quelque chose d'un dandy. Pour l'élégance, je ne peux pas me prononcer, car je ne connais pas les standards de son siècle, mais l'élégance morale assurément y est. Je sais qu'on pourrait douter de ce choix. Shakespeare ? C'était un homme d'une grande élégance, mais morale. Écrire en pentamètre iambique et rédiger la plus épatante série de 154 sonnets vont en ce sens. Sophistication et mystère semblent avoir nimbé la vie du barde.

Qui d'autre ? Dali. Ici, pensons à un dandy surréel et cocasse. J'aime bien comment on le décrit dans ce texte : « Dali a lui-même participé à l'élaboration de ce mythe, en dédiant l'intégralité de sa vie publique à la construction infatigable de son image. » Enfin, le peintre culte affirmait : « Le snobisme consiste à pouvoir se placer toujours dans les endroits où les autres n'ont pas accès. » Dans Les Moustaches radar, il m'amusait terriblement lorsqu'il racontait devoir expliquer aux gens du monde qu'il leur fausserait compagnie pour aller rejoindre les surréalistes ; car aussi faisait-il le même manège avec ces derniers, prétextant devoir rejoindre les gens du monde.

Tant qu'à parler de personnages surréels... Vian, mon premier maître littéraire : je vois en lui aussi un dandy. Dans l'une de ses biographies – et je cite imparfaitement – on disait qu'il possédait une aura extra-terrestre. C'est comme si l'on évoquait le mystère, mais dédoublé, amplifié. Et est-il besoin de rappeler que Boris Vian est l'auteur de la chanson J'suis snob ? Du reste, je cite Baudelaire à nouveau, car ça me semble coller au grand personnage français du 20e siècle : « Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences. »

Si l'on cherche parmi d'autres auteurs français, on arrive à Beigbeder : à ne pas oublier, celui-là ! Pour le plaisir, je tape sur Google Beigbeder dandy ; la faste récolte s'affichant, je comprends que mon instinct ne ment pas sur cet hédoniste. On retrouve chez lui un esprit provocateur de même qu'une grande finesse.

Et l'incontournable : Dany Laferrière. J'appelle une dernière fois Baudelaire en renfort, car ces mots-là sont trop forts : « C'est le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. » Je trouve que ça lui correspond si bien. Dany regarde sa montre ; c'est l'heure de quitter la galerie, tout comme c'est le moment de respecter le créneau horaire du dandy qui doit filer.

Honorer son dandy intérieur

« Le dandy doit aspirer à être sublime sans interruption ; il doit vivre et dormir devant un miroir. » 

– Charles Baudelaire

jeudi 5 décembre 2024

Merci pour le Goncourt – mais je ne suis pas un homme qu'on soudoie si facilement, papillons !

Je vais gagner le prix Goncourt. Avec mon premier roman. Tremblante aspiration. Douce sottise de l'écrire. Je n'ai jamais aimé les prix. Je n'aime pas le Goncourt. Je le respecte et le méprise. Je vais gagner le Goncourt. Il va faire de moi un homme. Je vais en faire ma femme. Ils voudront me remettre le prix Goncourt du premier roman ; télépathiquement, je leur ferai savoir la chose suivante : non. Je vais gagner le prix Goncourt. Le prix Goncourt m'a gagné. Il y en a eu des pas mal, alors ça oui. J'ai aimé La plus secrète mémoire des hommes, cette éblouissante manifestation de génie tressée de fulgurance technique. J'aime Leïla Slimani, mais c'est une autre paire de manches. Une autre paire de hanches. J'aurais aimé aimer la... Saviez-vous que, sur Wikipédia (c'est très littéraire d'inclure des références à la réalité dans ses écrits), dans la petite boîte bleu #7DA7D9 au-dessus de la photo d'Edmond de Goncourt, il est écrit « Monsieur Moustache » Je partage, au cas où quelqu'un se charge de remédier à ce vandalisme innocent. Alors je vais gagner le Goncourt. Mais ce n'était pas mon point, pas celui que je traquais, je poursuivais. Tiens, un exercice littéraire, à la Georges Perec, je vais écrire une phrase qui n'inclut pas : Je vais gagner le Goncourt. Alors voici : allô les copains, je vais gagner. C'est raté. Vous voyez. Je ne suis pas assez scrupulateur pour gagner le haut pavé de l'érudition appliquée de Perec, mais je le suis assez, au ras du sol, avec les famines et les chiens (ça, ça vient d'un de mes poèmes, mais ça s'insérait bien ici) pour remporter, pour ravir, une règle de trois, hihi, pour quoi, je ne sais pas, révolutionner le Gonc'. On va l'appeler comme ça, le Gonc'. Eh ! Maintenant qu'il est à moi, je l'appelle comme je veux, d'accord ? Alors ce point, qu'on traquait. C'est tout à fait irrésistible et sublime, un point qu'on traque. Mon point, le voilà qui montre sa courbure dans le ciel laiteux, c'est que j'aurais aimé aimer la liste entière des récipiendaires du Goncourt, de 1903 à 2024, mais je les lirai plus tard, à ma retraite, quand je serai à l'Académie française (mon projet est de boire des matcha latte hebdomadairement, à tout le moins, avec Dandy Laferrière, mon farfelu maître cosmique). Bon. Alors ! Ce ciel laiteux ! Ce matcha ! Cette irrésistible farce sublime ! Oui. J'aimerais donc être en mesure de comprendre la logique séquentielle, inouïe et légèrement quantique (dans son saut) qui aura conduit l'Académie Gonc' à me décerner son prix. Vous savez, moi, je n'en ai rien à cirer, même si je vais pleurer, sur le même petit balcon que Mohamed Mbougar Sarr. C'est Jésus qui le veut, de concours avec Jeanne. Moi je vais accepter passivement mon destin. Je pense qu'un prix, à tout prendre, c'est un peu le même principe que la caverne de Platon. On pense que c'est un éclat, un soleil, une fournaise nucléaire. C'est plutôt, vous savez, une ombre. La vraie fête, elle est dans la caverne. C'est là qu'on écrit. C'est là que tout se déroule. Un prix, c'est une ombre. Ne vous y trompez pas. Ceux qui se réjouissent des prix, en vérité, c'est qu'ils n'ont pas assez bossé dans les cavernes. Un écrivain est un troglodyte, qu'on se le dise. S'il vous dit l'inverse, c'est qu'il est un chien, une veuve, une protubérance. Mais un écrivain, dans le dessein de socialiser, et dans le désir de pérennité de son œuvre, doit quelquefois sortir de son antre. Alors on le décore d'une ombre. Le Goncourt est une ombre avec laquelle je saurais batailler, dont je saurais m'accommoder. Et je ne dirai pas : merci de m'avoir photographié, merci de m'avoir aimé, merci de m'avoir vu. Je dirai : merci aux quelques curieux qui, ayant compris l'allégorie susdite, font les quelques pas supplémentaires et requis pour regarder dans ma caverne. C'est ça, un prix. Et c'est pour ça que je l'accepte, finalement, votre Goncourt.

mardi 19 mars 2024

Dandy Laferrière

Dandy Laferrière ? Chantal Guy se plaît à écrire et à réécrire que Dany Laferrière est le seul dandy qu'elle a connu dans sa vie.

Je trouve qu'il s'en ressent à la lecture d'Un certain art de vivre, que, bien honnêtement, je n'ai pas encore terminé, mais que je devrais achever en deux bouchées au café où je me trouve.

Moult perles habitent cet ouvrage. Parfois, je peine à trouver le fil unificateur entre lesdites, l'écrin fédérateur, mais je pense que c'est voulu ainsi, et c'est sans doute ce qui fait de Dany Dany, de Dany un dandy.

Agréable lecture, douce et agréable lecture, lente, savoureuse, sage sans vouloir le montrer, toute en éclats de soleil et en choses minuscules.

J'aimerais dire que j'ai lu exclusivement couché, pour faire honneur à Laferrière, toutefois, je me souviens qu'en revenant de la bibliothèque, comme en possession d'un nouveau fragment d'âme à découvrir, je me suis mis à lire en marchant.

Florilège de fleurs cueillies – l'une des citations fait honneur au printemps qui arrivera, cette nuit, à 23h06 :