mardi 27 septembre 2022

P'tit souvenir de la France


Librairie que je visiterai sans doute si je repasse à Paris ! (Assez ironique que j'achète le nouveau Nothomb durant mes deux jours à Paris plutôt que durant mon séjour principal en Belgique.)

mercredi 14 septembre 2022

Quand un poète joue à StarCraft

J'amènerais d'abord l'idée que StarCraft, pour peu qu'on y joue sérieusement, est un e-sport, c'est-à-dire un sport électronique ; un sport de l'intellect. Passion. Investissement. Adrénaline. Organisation. Peaufinage de son aptitude. Compétition. Un sport, quoi.

Avant d'être un poète, j'ai donc joué dans les étoiles autrement.

Après tout, Ernest Hemingway n'a-t-il pas été pris de passion pour la boxe ? Et David Foster Wallace n'a-t-il pas éprouvé une passion analogue pour le tennis ? Quid de Jack Kerouac, avec le football ?

Et pour ceux qui, contrairement à moi, dresseraient une frontière entre les sports principalement physiques, et les sports principalement mentaux (tout sport, en vérité, dans des proportions variables, est un amalgame des deux — il me semble que le problème corps-esprit se trouve momentanément atténué dans la pratique sportive), je spécifierais que Daniel Tammet est visiblement féru du jeu d'échecs.

Mais qu'importe les classifications. Je veux surtout dire que je ne crois pas à l'homme unidimensionnel qui ne fait qu'écrire.

Du reste, entre seize et vingt ans principalement, je rêvais de devenir un joueur professionnel de StarCraft. J'étais certainement inspiré par Guillaume Patry, le champion du monde. Un peu plus vieux que moi. Québécois lui aussi. Le même prénom. Eh, ce n'est pas anodin, ça !

C'était un rêve de mon âge. Mais je rêvais plus encore, secrètement, d'être écrivain.

C'est à peu près à cet âge-là aussi que j'ai découvert une phrase de Mistral (dont je vais citer l'expression centrale de mémoire). Il parlait de cette engeance de jeunots habiles et passionnés qui sont des « wonderkids pouvant marcher vers tous les horizons », jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus, justement.

Bien que l'écriture l'ait emporté, avec le recul de l'âge, j'ai envie de repartir sur la trace de cet autre rêve.

En m'intéressant au destin des Goethe, des Vian, des touche-à-tout, j'ai compris que le prix à payer pour exercer un large éventail d'activités, c'est de ne point pouvoir parvenir à un sommet dans toutes. Si tu fais plusieurs choses dans la vie, parvenir à seulement être bon dans plusieurs d'entre elles, it's actually good.

Premiers frissons

C'était une sacrée époque.

Ç'a commencé à l'adolescence. Cet ami qui insistait pour que j'y joue, à ce jeu, comme tous les autres jeunes types du quartier. Je ne comprenais pas cet engouement, il me révulsait quasiment. L'ami a fini par me convaincre. « Tu aimerais ça, c'est ton genre de jeu, je te jure ! » Telles furent à peu près ses paroles. Je me souviens surtout de l'intonation enthousiaste.

Mon papa possédait un Compaq Presario noir, doté d'un modem 33K si ma mémoire m'est fidèle — nous n'avions pas Internet haute vitesse —, ordinateur qui peinait à faire rouler le jeu.

Mais StarCraft, c'était immense, je m'en rendais compte, le jeu des échecs en technicolor, planté dans un univers de science-fiction, avec une certaine place pour la créativité.

Chobo. J'étais un chobo (초보). Mot coréen pour désigner un débutant. Même si j'avais eu un ordinateur plus puissant, je n'en aurais pas tout de suite exploité le plein potentiel dans les parties. Pour le néophyte que j'étais, ça allait.

Puis un jour, je suis allé chez un ami, tout près, qui avait une connexion Internet haute vitesse. Cela nous permettait de regarder des parties de progamers coréens. Bang ! L'illumination. J'insistais fréquemment auprès de cet ami pour qu'on regarde de ces matchs.

J'admirais la complexité des stratégies, l'esprit d'organisation, l'incroyable rapidité (les progamers de StarCraft, à cette époque, faisaient quoi, 250 à 300 actions par minute, déjà ?)

Ceux que j'ai admirés

L'un des premiers joueurs que j'ai admirés, c'était Guillaume Patry, comme je l'ai mentionné. Mais celui-ci semble s'être désintéressé de StarCraft. Et il n'avait pas l'effroyable rigueur des Coréens.

Mes héros ont été SlayerS_`BoxeR` (임요환 - Lim Yo-Hwan), Nal_rA (강민 - Kang Min), NaDa (이윤열 - Lee Yoon-Yeol) et iloveoov (최연성 - Choi Yeon-Sung) pour ne nommer que ceux-là. Je ne me souviens pas de la plupart des noms des progamers, mais des leurs, si.

Quatre génies à leur façon. Lim Yo-Hwan, le pionnier. Une légende du e-sport. Un cerveau immensément créatif. Kang Min, son homologue Protoss, était de ce genre-là, lui aussi, un créatif.

NaDa, quant à lui, me faisait l'effet d'être un scientifique. Son cerveau opérait sur un mode stellaire. Ses stratégies étaient particulièrement bien pensées. On le surnommait d'ailleurs  « Genius Terran ».

Enfin, iloveoov, une sorte de génie controversé. De plus, si mon souvenir est exact, il y avait un petit quelque chose de frondeur chez lui. Et il était si doué qu'on l'avait surnommé « Cheater Terran » : c'était comme s'il avait réinventé le jeu, en avait tordu les paramètres.

Quid d'ElkY, l'un des Européens ayant eu du succès ? Je ne l'ai jamais aimé. Je trouvais son jeu décousu. Mais au Poker (j'ai lu – je ne sais plus où dans l'immense bordel qu'est Internet – que l'après-vie, pour un joueur de StarCraft, c'est le Poker), il s'en est... bien tiré.

Et Flash ? Je n'aimais pas non plus. Il était arrivé sur la scène à une époque où, d'un point de vue créatif, le jeu me semblait s'être desséché. Certains des joueurs précédemment mentionnés avaient trouvé les premiers chiffres de la combinaison de cadenas que constituait le jeu ; Flash a trouvé les derniers numéros. Flash était « le meilleur » parce qu'il était assis sur les épaules de géants.

Cela dit, peu d'êtres humains m'ont impressionné comme les progamers de StarCraft.

Ben, c'est pas vrai, je pense spontanément à Rimbaud. D'ailleurs, BoxeR n'était-il pas le Rimbaud de StarCraft ?

Nostalgie

Je me suis demandé pourquoi j'écrivais ce texte, outre pour communiquer l'immense passion qu'a été ce jeu pour moi.

Je voulais par exemple parler de mes performances de l'époque. À quoi bon dire que j'ai déjà vaincu Guillaume Patry en 2vs2 ? Que j'ai déjà battu Fream (qui avait été le numéro 1 de Game-i, serveur d'entraînement des progamers et des joueurs les plus doués ?) Oui, vraiment, pour Fream, serait-ce nécessaire d'écrire là-dessus, considérant que pour la seule fois où je l'ai vaincu, on compte une bonne dizaine de fois où il m'a botté les fesses ? Il me dominait ridiculement.

Mon plus haut fait : joindre le clan IntoThe, composé presque exclusivement de Coréens, où l'on retrouvait au moins deux progamers : IntoTheRain et IntoTheRainbow.

Je peux parler de ces choses avec nostalgie, certes ; mais persévérer dans cette voie constituerait le summum de la ringardise. C’est du vent, tout ça. Ce qui compte, avec le recul, c’est ce que ça m’a appris.

Et par apprentissage, j'entends ce qui peut être transposé dans la vie.

Les apprentissages

J'ai appris grâce à ce jeu que je possède logique et créativité. Cet univers, c'est un formidable laboratoire intellectuel.

J'ai appris que jouer à StarCraft, c'est ultimement voir son cerveau en action, voir le cerveau d'autrui en action. J'ai vu des processus cérébraux différents des miens, ce qui est très instructif. On dirait qu'on voit les gens penser.

J'ai appris à développer mon sentiment d'efficacité personnelle. (Mon hypothèse : ce sentiment, qu'on dit propre aux domaines où on l'exerce, est selon moi contagieux de sphère en sphère ; je me demande si développer son sentiment d'efficacité personnelle dans une sphère ne favoriserait pas le fait de le développer ailleurs.)

J'ai appris que les joueurs talentueux sont légion. Les Coréens reconnaissaient ces niveaux : chojja (초짜) et chobo (초보), c'est-à-dire débutant (dans les deux cas, c'est exprimé de façon irrespectueuse) ; hasu (하수), joueur de faible niveau ; gosu (고수), joueur talentueux ; chogosu (초고수), joueur très talentueux ; et après, on entre dans toutes sortes de catégories dont je me souviens plus ou moins bien : amateur, amapro, semi-pro... puis progamer. Qu'en est-il de l'ultime joueur, celui qui, dans le monde entier, est dominant ? Il s'agit du Bonjwa (본좌). Or, des gosu et chogosu, donc des joueurs talentueux et très talentueux, il y en avait énormément. Sur un forum, une fois, probablement celui de TeamLiquid, j'ai lu à peu près cette phrase : « there are many unknown gosus in Korea » - il y avait donc une multitude de gens très talentueux, dans l'ombre, qui n'aspiraient peut-être même pas à devenir progamers. Je n'ai pas tardé à comprendre que, dans la vie, il en va de même : les gens talentueux sont légion.

J'ai appris des principes stratégiques. Plusieurs des principes de L'Art de la guerre, de Sun Tzu, s'appliquent à ce jeu (et à la vie en général). L'un de mes favoris (qui s'applique tellement bien à StarCraft) : « Lorsqu’un chat se tient à l’entrée du trou du rat, dix mille rats ne se hasardent pas à en sortir ; lorsqu’un tigre garde le gué, dix mille cerfs ne peuvent le traverser. »

J'ai appris le sens du timing (malheureusement, aucun terme en français ne traduit parfaitement cette idée de timing ici évoquée). Une stratégie peut être minutieusement élaborée, si elle n'est pas brillamment exécutée, en respectant séquences et secondes, eh bien c'est souvent foutu.

J'en ai appris énormément sur l'effort. Je n'ai jamais vu des bourreaux de travail comme les Coréens qui aspirent à devenir bons à un jeu vidéo (semaine de cent heures ?)

J'en ai appris au sujet de plusieurs autres champs d'intérêt. Entre les parties, j'adorais discuter de tout avec les autres. Ainsi, avec certains, j'ai discuté de langue française, de langues étrangères ; j'ai parlé de mathématiques, de physique (même si je suis absolument nul là-dedans) ; j'ai eu des conversations au sujet de la philosophie.

J'aimais beaucoup en apprendre sur ce que les autres faisaient dans la vie. Rafa, un ami que je tenais pour le meilleur joueur du Brésil, faisait un BAC en mathématiques appliquées à l'Université de São Paulo. Richard, un Français, rêvait de devenir polyglotte (aussi l'est-il devenu).

Pour mon meilleur ami de l'époque, ce jeu, comme les autres jeux, était l'occasion d'un repli sur lui-même ; moi, ça éveillait ma curiosité. Sur la montagne, je distinguais les autres montagnes alentour.

Paradis friable

Mais comme les autres joueurs de mon époque, j'ai été expulsé de l'Éden. Avec le temps va, tout s'en va... StarCraft II (jeu dans lequel je n'ai jamais autant embarqué ; auquel je n'ai jamais été très bon) s'est imposé comme successeur. C'est là que le progaming a poursuivi son cours.

Il fallait donc, un jour ou l'autre, quitter le paradis friable que constituait StarCraft.

Or, à l'heure des bilans, je suis forcé de constater que ce rêve-là ne s'est jamais pleinement concrétisé. Il était inusité, ce rêve, à l'époque. Je suis bien heureux de constater que le progaming a poursuivi sa forte progression. On retrouve aujourd'hui des Stephanie Harvey et des types comme Ninja. Je suis content qu'il y ait des plateformes comme Twitch. Bénis soient ceux qui font progresser cet univers.

Quant à moi, je dirais : aucun rêve n'est vain s'il t'apprend quelque chose. Ce jeu vidéo m'a jadis mis de la joie au cœur et a élargi mes horizons.

Et pour la suite, pour continuer d'alimenter le nerd en moi ? Je développe une passion pour l'intelligence artificielle. J'ai ainsi été enchanté de voir que StarCraft II (que j'aime beaucoup, tout de même) a fait l'objet d'une vaste recherche, chez DeepMind, qui a abouti sur AlphaStar.

Oh, et à tout prendre, c'est une bonne chose que ce rêve de jeu professionnel ne se soit pas matérialisé, je n'aurais sans doute jamais écrit, ou trop peu, ou trop tard. Je me vois plus en Dany Laferrière qu'en ElkY. Quand on vient de loin, il faut bien choisir sa route.

mardi 13 septembre 2022

Le TDAH d'après Gabor Maté



Ça rejoint mon intuition sur la question, du moins celle que ce n'est pas un dysfonctionnement ou une maladie. Il développe un propos intéressant, ce savant médecin.

dimanche 11 septembre 2022

Petit poème récent qui m'est venu sur la rue, en plein soleil

Il lavait ses tulipes
Dans la nuit

Entêté, buté
Contre les soleils
Monotones

Il les lavait
Avec des rayons
Usés
Qui traînaient
Par terre

Avec de l'eau
De lune

vendredi 9 septembre 2022

Évoluer

On évolue toujours au travers d'une certaine saleté. Mais au bout de cette saleté, il y a un corps lumineux.

jeudi 8 septembre 2022

Samuel Archibald

Un prof de littérature, il n'y a pas de quoi être surpris, me disait mon frère. Par expérience, j'ajouterais que l'université est, en général, un terreau assez propice au harcèlement.

J'ai donc brièvement médité sur ce que je pourrais dire sur lui. Ce garçon dont on a également parlé à l'émission de Paul Arcand. Je me suis même demandé ce que Christian Mistral en aurait dit, sur son blogue, à une époque. (L'aurait sûrement minimisé le tout ; l'aurait accueilli le type en terre des damnés.) En tous les cas, Christian a de la relève, en quelque sorte.

Pour ma part, je ramenais ça à une idée, une équation fort simple. L'irrésistible succès d'un homme au sommet d'une hiérarchie sociale, contre la morale qui reconnaît à juste titre que la sexualité humaine peut déraper, et que le pouvoir peut s'accompagner de violence. Naturellement, on penchera pour la morale, qui veut l'épanouissement des individus ; et non pour l'instinct débridé qui engraisse l'égo.

En d'autres termes, c'est un beau gars, un fin écrivain semble-t-il (je ne l'ai pas encore lu - si, si, je le lirai quand même), je suis sûr qu'il avait de quoi plaire ; MAIS le bigre de bougre, le bulldozer séducteur, le bouledogue de l'amour, il a transgressé les règles de son université et de la morale en laissant la violence et la domination s'infiltrer dans sa démarche de Don Juan à deux balles.

Bref, on ne peut pas dire que c'est une idée infiniment élaborée. Qu'une petite éructation de la pensée. Tout au plus une hypothèse anthropologique mâtinée d'une pincée de sexologie et d'une touche de psychologie. Ketchose de même.

Ce qui est une réflexion belle et élaborée et sentie, c'est ça. Merci Chantal Guy.