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vendredi 13 février 2026

J'ai tellement parlé de Boris Vian

J'ai tellement parlé de Boris Vian, sur mon blogue et dans la vie, que c'en est indécent.

Longtemps, jusqu'au début de la trentaine, ayant franchi la porte d'entrée de la librairie, je me dirigeais vers le rayon des romans étrangers, tout droit à la lettre V.

Voulais voir s'il avait publié quelque chose de nouveau, même s'il était mort en 1959. (Ce n'était pas entièrement con, après tout, considérant la parution de Mademoiselle Bonsoir suivi de La Reine des garces en 2013, et du roman On n'y échappe pas, en 2020 – Vian, le roi de l'intemporalité)

Pourtant, je l'ai tellement aimé que j'ai fini par le détester. Juste un tout petit peu. Mais détester un petit peu, c'est détester beaucoup.

Je l'ai perçu comme un père jusqu'à scruter toutes ses failles et juger son legs, son empreinte sur moi, même si c'est moi qui l'avais choisi et adopté.

Mais ce matin – dans le demi-sommeil c'était, je crois – la figure du Transcendant Satrape m'est apparue éclatante. C'est-à-dire que son nom a repris sa dorure d'antan, comme s'il avait été astiqué plutôt que voué aux asticots. Je sais plus par quel songe j'ai été frappé ; c'est comme si Boris Vian était devenu le nom d'une institution ou quelque chose comme ça.

J'me suis empressé de prendre mon téléphone et j'ai noté : 

Boris Vian - Mon père, mon prince, mon ami, mon héros, l'antidote à tous mes soucis.

Ouais. Je l'ai aimé.

dimanche 5 janvier 2025

Une galerie de dandys littéraires et artistiques

Je brosse ce texte rapidement, et me bute au rôle de placier, d'ouvreur, de déchireur de tickets, vous invitant à visiter la galerie... Allons-y.

J'exclus d'entrée de jeu, hélas ! Oscar Wilde, même s'il a sans doute été le plus vrai dandy de tous, car je n'en suis pas vraiment un lecteur. J'ai cela dit aimé ses maximes.

Baudelaire ! Voilà un vénérable dandy. Je le cite (extrait de L'Art romantique) « Le dandysme n'est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle. » Le texte que je mets en hyperlien, par ailleurs, pourrait être vu comme une espèce de manifeste du dandy. Baudelaire avait cette vision pénétrante, cette capacité à définir l'être humain et ses ramifications morales.

Je reprendrai, par ailleurs, quelques citations de Baudelaire pour émailler ce texte.

Un génie poétique en appelant un autre, Shakespeare me vient à l'esprit. Je ne dirais pas : c'était un dandy pur et authentique, mais plutôt : il semble avoir eu quelque chose d'un dandy. Pour l'élégance, je ne peux pas me prononcer, car je ne connais pas les standards de son siècle, mais l'élégance morale assurément y est. Je sais qu'on pourrait douter de ce choix. Shakespeare ? C'était un homme d'une grande élégance, mais morale. Écrire en pentamètre iambique et rédiger la plus épatante série de 154 sonnets vont en ce sens. Sophistication et mystère semblent avoir nimbé la vie du barde.

Qui d'autre ? Dali. Ici, pensons à un dandy surréel et cocasse. J'aime bien comment on le décrit dans ce texte : « Dali a lui-même participé à l'élaboration de ce mythe, en dédiant l'intégralité de sa vie publique à la construction infatigable de son image. » Enfin, le peintre culte affirmait : « Le snobisme consiste à pouvoir se placer toujours dans les endroits où les autres n'ont pas accès. » Dans Les Moustaches radar, il m'amusait terriblement lorsqu'il racontait devoir expliquer aux gens du monde qu'il leur fausserait compagnie pour aller rejoindre les surréalistes ; car aussi faisait-il le même manège avec ces derniers, prétextant devoir rejoindre les gens du monde.

Tant qu'à parler de personnages surréels... Vian, mon premier maître littéraire : je vois en lui aussi un dandy. Dans l'une de ses biographies – et je cite imparfaitement – on disait qu'il possédait une aura extra-terrestre. C'est comme si l'on évoquait le mystère, mais dédoublé, amplifié. Et est-il besoin de rappeler que Boris Vian est l'auteur de la chanson J'suis snob ? Du reste, je cite Baudelaire à nouveau, car ça me semble coller au grand personnage français du 20e siècle : « Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences. »

Si l'on cherche parmi d'autres auteurs français, on arrive à Beigbeder : à ne pas oublier, celui-là ! Pour le plaisir, je tape sur Google Beigbeder dandy ; la faste récolte s'affichant, je comprends que mon instinct ne ment pas sur cet hédoniste. On retrouve chez lui un esprit provocateur de même qu'une grande finesse.

Et l'incontournable : Dany Laferrière. J'appelle une dernière fois Baudelaire en renfort, car ces mots-là sont trop forts : « C'est le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. » Je trouve que ça lui correspond si bien. Dany regarde sa montre ; c'est l'heure de quitter la galerie, tout comme c'est le moment de respecter le créneau horaire du dandy qui doit filer.

samedi 22 juin 2024

Les écrivains polymathes

J'adore ce profil singulier : l'écrivain qui est également polymathe.

Le premier à m'avoir inspiré, et qui invariablement m'inspire toujours, c'est Boris Vian. Mon père à plusieurs égards.

Il écrivit un jour, dans une lettre à un ami, « Soyez un spécialiste de tout. L'avenir est à Pic de la Mirandole. Mirandolez, éclaboussez ce robot poète de vos connaissances en cybernétique, expliquez-lui comment il marche et vous l'aurez tout humble à votre merci. »

Le deuxième que j'ai connu, c'est Goethe. Celui-ci, peu de temps avant sa mort, partagea cette idée avec un confident : « Qui suis-je ? Qu'ai-je créé ? J'ai tout reçu, tout accueilli, assimilé tout ce qui passait à ma portée. Mon œuvre est celle d'un être collectif qui porte ce nom : Goethe. »

Je me plais à dire que Vian et Goethe sont le même homme. L'un est Français, l'autre Allemand. L'un a été jeune et joyeux, l'autre, éventuellement octogénaire, assez sérieux. L'un était bigarré, l'autre classique. Comme vous le voyez, le même homme. En fait, ce qui les rapproche, c'est qu'ils étaient tous deux de grands écrivains, et qu'ils avaient un esprit, un rare esprit universel.

Mais je me disais... Il ne peut pas y avoir qu'eux... Il y avait certes Isaac Asimov. Sauf qu'Asimov était plus du côté scientifique que proprement artistique. En même temps, Vian n'avait-il pas été ingénieur, et tout plein d'affinités avec la science ? Goethe n'avait-il pas eu une approche de la science (qu'on appellerait aujourd'hui philosophie de la nature) bien à lui ?

Bon. Vian. Goethe. Peut-être Asimov. Benjamin Franklin ? Ah, et François Rabelais, peut-être ? Ou est-ce tirer l'élastique ?

J'ai consulté ma machine préférée (celle à qui je pourrais expliquer mes connaissances en intelligence artificielle, puis comment elle marche, pour l'avoir tout humble à ma merci) pour avoir son avis. Elle est arrivée avec quelques noms auxquels je n'aurais pas pensé.

Après un échange, voici ce qu'elle me dit :

Voici un résumé des huit écrivains polymathes [dont] nous avons discuté :

1. Boris Vian - Écrivain, poète, musicien, et ingénieur, connu pour son esprit inventif et ses œuvres provocatrices.

2. Johann Wolfgang von Goethe - Poète, dramaturge, et scientifique, une figure centrale du romantisme allemand, célèbre pour ses contributions à la littérature, la philosophie, et la science.

3. Isaac Asimov - Auteur de science-fiction et professeur de biochimie, reconnu pour ses œuvres littéraires ainsi que ses écrits scientifiques populaires.

4. Leonardo da Vinci - Peintre, inventeur, et écrivain, dont les carnets révèlent des connaissances vastes en art, en science, et en technologie.

5. Voltaire - Philosophe et écrivain, figure majeure des Lumières, connu pour ses critiques acerbes de la société et ses appels à la réforme politique, sociale, et religieuse.

6. Novalis (Georg Philipp Friedrich Freiherr von Hardenberg) - Poète et philosophe, figure importante du romantisme allemand, qui a aussi étudié le droit et la géologie.

7. Benjamin Franklin - Écrivain, scientifique, et homme d'État américain, célèbre pour ses inventions, ses études sur l'électricité, et son influence politique.

8. François Rabelais - Médecin et écrivain, connu pour ses romans satiriques qui mêlent des observations sur l'humanisme, la médecine, et la société de son temps.

9. Margaret Atwood (Ajout ultérieur) - Écrivaine, poète, critique et écologiste, connue pour ses œuvres marquantes en littérature, son engagement pour les droits des femmes et l'écologie, de même que son intérêt pour la biotechnologie.

Chacun de ces écrivains a marqué son époque par des contributions significatives dans divers domaines en plus de la littérature.

Ben voilà. La nature, en se renouvelant, en crée un nouveau une fois de temps en temps.

dimanche 16 juin 2024

Un vrai pianocktail !... On aura tout vu !...



« – Prendras-tu un apéritif ? demanda Colin. Mon pianocktail est achevé, tu pourrais l’essayer.
– Il marche ? demanda Chick.
– Parfaitement. J’ai eu du mal à le mettre au point, mais le résultat dépasse mes espérances. J’ai obtenu, à partir, de la Black and Tan Fantasy, un mélange vraiment ahurissant.
– Quel est ton principe ? demanda Chick.
– À chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l’eau de Selbtz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d’unité, à la noire l’unité, à la ronde le quadruple unité. Lorsque l’on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée – ce qui donnerait un cocktail trop abondant – mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l’air, on peut, si l’on veut, faire varier la valeur de l’unité, la réduisant, par exemple au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d’un réglage latéral.
– C’est compliqué, dit Chick.
– Le tout est commandé par des contacts électriques et des relais. Je ne te donne pas de détails, tu connais ça. Et d’ailleurs, en plus, le piano fonctionne réellement.
– C’est merveilleux ! dit Chick.
– Il n’y a qu’une chose gênante, dit Colin, c’est la pédale forte pour l’œuf battu. J’ai dû mettre un système d’enclenchement spécial, parce que lorsqu’on joue un morceau trop « hot », il tombe des morceaux d’omelettes dans le cocktail, et c’est dur à avaler. Je modifierai ça. Actuellement, il suffit de faire attention. Pour la crème fraîche, c’est le sol grave.
– Je vais m’en faire un sur Loveless Love, dit Chick. Ça va être terrible.
– Il est encore dans le débarras dont je me suis fait un atelier, dit Colin, parce que les plaques de protection ne sont pas vissées. Viens, on va y aller. Je le réglerai pour deux cocktails de vingt centilitres environ, pour commencer.

Chick se mit au piano. À la fin de l’air, une partie du panneau de devant se rabattit d’un coup sec et une rangée de verres apparut. Deux d’entre eux étaient pleins à ras bord d’une mixture appétissante.
– J’ai eu peur, dit Colin. Un moment, tu as fait une fausse note. Heureusement, c’était dans l’harmonie.
– Ça tient compte de l’harmonie ? dit Chick.
– Pas pour tout, dit Colin. Ce serait trop compliqué. Il y a quelques servitudes seulement. Bois et viens à table. »

– Boris Vian, L'écume des jours

mercredi 29 décembre 2021

Correspondances 1932-1959

Suis tombé sur Correspondances 1932-1959 — celles de Boris Vian —, et immédiatement j'ai calculé quel âge ça lui faisait.

À peine commencé à lire. Je lis au hasard. De travers, par sauts saltatoires, en faisant des backflips entre les pages. Un peu n'importe comment en cueillant.

Mais ça me fait si chaud, si du bien, si plein de choses.

J'ai ressenti mon gut-feeling s'activer. Comme si quelque chose de perdu était retrouvé. Comme si des gens qui avaient cessé d'être étaient, de nouveau.

Par mystère et par pudeur, ou plutôt, pour ne pas être chiant, je ne révélerai pas les raisons qui ont fait que j'ai cessé de le lire.

Mais je réalise que Boris, pour moi, est toujours cet homme complet, cet esprit enjoué, cet esprit universel et cet immense écrivain.

Il me reconnecte à ma mission de vie, à ma vision de nuit.

vendredi 3 septembre 2021

Mais comme Boris Vian est plus important que mes trois précédentes publications, une autre vidéo à son sujet dans le cadre de son centenaire (il a un peu plus que cent ans, comme le précisait l'autre titre, mais si on arrondit, ça fait bien cent)


Il aurait 101 ans, 5 mois et 24 jours aujourd'hui

Je suis content d'avoir trouvé ce texte sur le web. Deux êtres originaux que j'adore. C'est comme d'apprendre que deux bons amis se rencontrent et s'entendent bien, comme prévu.

L'article datait un peu. Mais j'aurais pu m'arrêter là ; un article vieux de douze ans, ce n'est rien, considérant qu'il est justement question de ce qui est jeune éternellement.

Ce que j'aime dans ce texte, c'est qu'il réfute l'idée — ignoble et irréfléchie — que Vian serait un auteur pour les adolescents et les jeunes adultes exclusivement. Quelle sottise... Cette opinion, je l'ai entendue de la bouche d'un homme censément brillant, et je trouvais que c'était une monumentale connerie. Cet individu, il m'a servi ça comme un truisme et est passé à autre chose. J'étais décontenancé. Je n'aurais pas su par où commencer. Expliquer à quelqu'un que Vian est un brillant auteur, ce serait comme entreprendre de convaincre un aveugle que le soleil brille. Vraiment, par où commencer ?

J'aurais pu m'arrêter à cet article, mais ma curiosité m'a poussé à voir si Beigbeder avait écrit autre chose sur Vian.

Or, oui, plus récemment ici.

Je constate même que Beigbeder a écrit une préface pour L'écume des jours ! Parfait ! Merveilleux !

« L’écume des jours, c’est Roméo et Juliette sans conflits familiaux, Tristan et Yseut qui n’ont pas besoin de philtre, Paul et Virginie à Saint-Germain-des-Prés, une Dame dont les Camélias sont remplacés par un Nénuphar, Héloïse sans castrer Abélard. Voilà un tournant : le moment, après la guerre, où le roman français se dit que ce qui importe, c’est de faire bouger le lecteur sur un air de be-bop. Boris Vian en a marre des académismes, il veut faire rire et swinguer la langue, il veut obtenir les larmes, il veut aussi faire rêver et proposer davantage qu’une romance: une fenêtre ouverte sur le merveilleux. »

Tout aussi savoureux ? Cette vidéo de Frédéric au sujet de Boris, pour ses cent ans :




Une chose en entraînant une autre (un algorithme aimant suggérer des vidéos associées), j'ai aussi découvert ceci :


mardi 7 juillet 2020

Boris Vian a-t-il dit ça ?

Même s'il l'a pensé :

Pourquoi se contenter d'une seule existence s'il est possible d'en mener plusieurs ?

samedi 7 septembre 2019

Un robot-poète ne nous fait pas peur

Mon maître était un homme qui voyait loin, très loin dans le temps.

Ses réflexions rejoignent les miennes, moi assis ici dans le présent.

Je voudrais tout faire, j'ai une multitude de champs d'intérêt, d'une part. Je sais que l'intelligence artificielle, les algorithmes et les robots changeront à tout jamais l'univers du travail, d'autre part.

Ainsi, en 1953, Boris Vian répondait à André Parinaud, qui s'inquiétait de ce qu'un robot-poète ait été inventé. Voici ce que not' visionnaire en disait.

Note : Pic de la Mirandole était un polymathe.

*

Un robot-poète ne nous fait pas peur

[...]

Nous luttons contre des moulins à vian : rendez-vous compte que tôt ou tard, les robots feront des trucs que nous ne pourrons pas faire. Nous n'avons qu'une chose pour nous : négligeons tout le reste et cultivons, cultivons notre polyvalence.

Il y aura des robots poètes, d'autres cuisiniers, d'autres calculateurs, bon ; mais pour être les trois à la fois, il leur en faudra du volume !

Nous ne sommes pas parfaits, mais très adaptables. Nous pouvons faire l'amour, lire, jouer du piano, nager, et même construire des robots. Nous pouvons cogiter, donc être, et précéder l'essence.

Nous pouvons rire.

Oh, je ne le nie pas, des robots riront mieux ; mais sans doute pas les mêmes. Le monde est aux mains d'une théorie de crapules qui veulent faire de nous des travailleurs, et des travailleurs spécialisés, encore : refusons, Parinaud. Sachons tout. Sachez ce qu'il y a dans le ventre de ce robot. Soyez un spécialiste de tout. L'avenir est à Pic de la Mirandole. Mirandolez, éclaboussez ce robot poète de vos connaissances en cybernétique, expliquez-lui comment il marche et vous l'aurez tout humble à votre merci. Pour faire tout ce que vous feriez — si l'on vous avait bien élevé — il faudrait qu'il pesât des tonnes, le pauvre. Alors, laissez-le venir et d'un ton méprisant, avec un regard de haut, lancez-lui : « Va donc, eh GROS robot ! »

Pas un être sensible ne résista à ça, et un robot qui veut maigrir est un robot foutu, car il ne s'use pas, comme nous, dans la masse. Il devient faible, s'anémie, mais d'un coup : il se casse ; et s'il se répare lui-même, les crabes aussi. Un dernier conseil : ne vous tourmentez pas. Quand le monde sera plein de robots, quoi de plus facile que d'en inventer un doté, par construction, de la haine de son espèce ? Alors, tous transformés en Nérons aux mains blanches, nous jouerons de la lyre avec une ficelle et une boîte de conserve en regardant flamber à nos pieds les hangars où les robots se tordront dans les braises comme de présomptueuses fourmis, aux accents majestueux d'une chanson composée par un jongleur prodige de deux ans élevé dans les pattes d'une tigresse à l'abri du monde civilisé.

Votre serviteur dévoué : Boris Vian

vendredi 20 mai 2016

Regardez-moi ça



Regardez-moi cette radieuse tête de génie. L'Automne à Pékin ! C'est ce que je lis en ce moment.

mardi 9 juillet 2013

L'agrume des pauvres

Vous reconnaissez ? Bien sûr, je parle de L'écume des jours. Même type de contexture sonore. Simple facétie odieuse qui me trottait dans la tête ponctuellement depuis des lustres.

L'écume des jours n'est pas un agrume, et est encore moins destinée aux pauvres (quoique l'impécuniosité frappe et désagrège, dans cette histoire).

L'écume des jours, au cinéma, est une oeuvre brillante, et j'aime son goût. Certes, c'est un film difficile, mais quand allez-vous comprendre qu'une oeuvre cinématographique inspirée d'un bouquin est une autre oeuvre ?

À part ça, du reste, sinon, je m'en fous, je n'ai rien d'autre à dire. Ah oui, vous êtes des pauvres d'esprit. Je ne comprends pas l'acharnement des critiques. En général. Les critiques sont des parasites. Vraiment, littéralement. C'est facile de le dire, mais ce sont des gens sans talent aux critères paranormalement idiots. Je généralise. Mais je n'ai jamais connu un critique qui sortait du lot.

Je me targue d'une chose : je suis capable d'être subjectif et objectif, dans la vie, parfois par rapport à une même chose. Pas tout le temps, bien sûr. Mais souvent. Rares sont les gens comme ça. Les critiques sont, en général, de roturiers subjectivistes.

Je n'ai pas encore visionné la vidéo qui suit. Je vais la découvrir en même temps que vous.

Dans le pire des cas, je lui donnerai deux étoiles.



dimanche 9 décembre 2012

Un excellent livre

J'ai tellement pris de plaisir à le lire — c'est vraiment comme si on y était — que je me suis procuré une édition spéciale accompagnée d'un CD hommage à Boris Vian.

S'il y a bien une confluence de temporalité et d'espace où j'aurais aimé évoluer en tant qu'artisan littéraire, c'est celle-là.

Être nostalgique d'une époque où l'on n'a pas vécu : c'est fort.



samedi 24 novembre 2012

Marrant



Tu m'engueules sans arrêter
Parce qu'on n'a pas d'argent
Et qu'on n'peut rien acheter
Pour nous ou tes parents

J'peux pas travailler debout
Parce que ça me fait mal aux g'noux
Je peux pas travailler assis
Ça me fait mal au coccyx

Aujourd'hui, le directeur
Des Galeries Lafleur
M'a offert une situation
De garçon d'ascenseur

Mais je peux pas descendre et monter
J'ai le foie qui va s'décrocher
Je peux pas travailler en boîte
J'ai les poumons comme de l'ouate

La voisine m'a proposé
De laver ses carreaux
Et elle m'a apporté
Un énorme escabeau

Mais, je peux pas travailler en l'air
J'ai l'vertige, j'peux m'foutre par terre
Je pourrais travailler couché
Mais personne veut m'embaucher

Onésine qui tient l'orchestre
Au dancing du carrefour
M'a d'mandé d'entrer chez lui
Pour jouer du tambour

Mais j'peux pas travailler dans l'bruit
Ça me donne des tas d'maladies
Je peux pas travailler des bras
J'ai l'épaule qui n'tourne pas

Monsieur Jean le commerçant
Qui a des plantations
Me dit : "Jules, viens donc chez nous
Pour cueillir le coton"

Mais, je peux pas travailler penché
Ma colonne veut pas se plier
Je peux pas travailler courbé
J'ai les doigts de pieds recourbés

La Julie, ma belle copine
Qui bosse à l'extérieur
Me suggère de m'occuper
De son p'tit intérieur

Chouette ! Je vais pouvoir travailler couché
J'ai fini par m'faire embaucher
Mais j'vois pas pourquoi t'es fâchée
Tes parents pourront bouffer !


Paroles: Boris Vian. Musique: Henri Salvador   1958 « Salvador S'amuse (1989) »

mercredi 22 août 2012

Le temps de vivre (Boris Vian)

Magnifique poème de Vian que je viens de découvrir :

Le temps de vivre


Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie

Il respirait l’odeur des arbres
Avec son corps comme une forge
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre

Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil

Les canons d’acier bleu crachaient
Des courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau

Il y a plongé son visage
Il riait de joie il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter

Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés

Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps de rire aux assassins
Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre


La fluidité des images et du rythme, c'est si joli, ça me saute au coeur, et ça me met un hoquet pastel au regard. Boris Vian. Un des deux écrivains m'ayant ouvert l'âme. À la vie. À l'écriture. Je le lis beaucoup moins à présent. Une sorte de pudeur m'en empêche. Maintenant que je sais à quel point il est génial, ça me gêne de le lire. Ce serait comme fixer, sans trêve, Jésus du regard sur son petit crucifix. La perfection brûle les yeux, rend mal à l'aise. Cela dit, je croyais m'être amélioré, avec mes poèmes, mes poèmes empennés qui parlent en russe et qui ont de la sève d'aurore aux commissures des yeux, mais non, somme toute, je constate que je suis le même débutant baba lorsque je relis sa vibrante plume. Une abeille de cuivre chaud, putain, c'est magnifique !

Allez, j'ai trop blablaté, relisons ce poème...

mardi 31 juillet 2012

Le fiel du mépris...

Extrait de L'Écume des jours, de Boris Vian :


- Alors?... dit le directeur.
- Eh bien, voilà!... dit Colin.
- Que savez-vous faire? demanda le directeur.
- J'ai appris des rudiments..., dit Colin.
- Je veux dire, dit le directeur, à quoi passez-vous votre temps?
- Le plus clair de mon temps, dit Colin, je le passe à l'obscurcir.
- Pourquoi? demanda plus bas le directeur.
- Parce que la lumière me gêne, dit Colin.
- Ah!... Hum!... marmonna le directeur. Vous savez pour quel emploi on demande quelqu'un, ici?
- Non, dit Colin.
- Moi non plus..., dit le directeur. Il faut que je demande à mon sous-directeur. Mais vous ne paraissez pas pouvoir remplir l'emploi...
- Pourquoi? demanda Colin à son tour.
- Je ne sais pas..., dit le directeur.
Il avait l'air inquiet et recula un peu son fauteuil.
- N'approchez pas!... dit-il rapidement.
- Mais... je n'ai pas bougé..., dit Colin.
- Oui..., oui..., marmonna le directeur. On dit ça... Et puis...
Entre le sous-directeur portant un dossier sous le bras.
- Vous avez cassé une chaise, dit le directeur.
- Oui, dit le sous-directeur.
Il posa le dossier sur la table.
- On peut la réparer, vous voyez...
Il se tourna vers Colin.
- Vous savez réparer les chaises?
- Je pense..., dit Colin désorienté. Est-ce très difficile?
- J'ai usé, assura le sous-directeur, jusqu'à trois pots de colle de bureau sans y parvenir.
- Vous les paierez! dit le directeur. Je les retiendrai sur vos appointements...
- Je les ai fait retenir sur ceux de ma secrétaire, dit le sous-directeur. Ne vous inquiétez pas, patron.
- Est-ce, demanda timidement Colin, pour réparer les chaises que vous demandiez quelqu'un?
- Sûrement! dit le directeur.
- Je ne me rappelle plus bien, dit le sous-directeur. Mais vous ne pouvez pas réparer une chaise...
- Pourquoi? dit Colin
- Simplement parce que vous ne pouvez pas, dit le sous-directeur.

- Je me demande à quoi vous l'avez vu? dit le directeur.
- En particulier, dit le sous-directeur, parce que ces chaises sont irréparables, et, en général, parce qu'il ne me donne pas l'impression de pouvoir réparer une chaise.
- Mais, qu'est-ce qu'une chaise a à faire avec un emploi de bureau? dit Colin.
- Vous vous asseyez par terre, peut-être, pour travailler? ricana le directeur.
- Mais vous ne devez pas travailler souvent, alors renchérit le sous-directeur.
- Je vais vous dire, dit le directeur, vous êtes un fainéant!...
- Voilà..., un fainéant... approuva le sous-directeur.
- Nous, conclut le directeur, ne pouvons, en aucun cas, engager un fainéant!...
- Surtout quand nous n'avons pas de travail à lui donner..., dit le sous-directeur.
- C'est absolument illogique, dit Colin abasourdi par leurs voix de bureau.
- Pourquoi illogique, hein? demanda le directeur.
- Parce que, dit Colin, ce qu'il faut donner à un fainéant, c'est justement pas de travail.
- C'est ça, dit le sous-directeur, alors, vous voulez remplacer le directeur?
Ce dernier éclata de rire à cette idée.
- Il est extraordinaire!... dit-il.

État d'esprit actuel

« Je ne veux pas gagner ma vie, je l'ai » — Boris Vian