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dimanche 22 mars 2026

Ce qu'il reste de l'Escalier (rien)

 


Que reste-t-il de l'Escalier ? Littéralement rien. Le bar/café a fermé à l'automne 2020, la pandémie l'ayant achevé juste avant la fin de son bail ; tandis que l'immeuble où son fantôme avait une chance de subsister a été démoli l'an passé. Ça fait tout drôle.

Cette absence ? On dirait la bouche d'une personne dont on a arraché une dent cariée.

Il me semble que je vois encore des gens, danser, là-haut, à l'étage, dans l'éther. Et des poètes étudier leurs rimes.

Plusieurs années de ma vie. Juste là. J'ai visité le lieu de vingt-huit à trente-cinq ans à peu près.

vendredi 9 janvier 2026

L'acte le plus révolutionnaire

L’acte le plus révolutionnaire, dans une ville qui nous appelle avec ses tendresses, ses maîtresses, ses mairesses, ses petits trottoirs luisants de pluie, ses sourires diffus, son air électrique, ses cafés, surtout ses cafés, ses chics ou crasseux cafés, ses cafés remplis de quidams et de dames, c’est de rester chez soi. L’acte le plus révolutionnaire, c’est de s’enfermer à clé, et d'éprouver le bonheur d’être casanier.

mardi 8 octobre 2024

La ligne jaune 🟡

Exercice de prose sur le pouce. J'ai décidé de prêter plus d'attention à ma prose intérieure, aux mots spontanés, parlés, curieux, gratifiés d'un je-ne-sais-quoi coquet, qui peuvent, les jours fastes, se manifester dans ma tête. Je crois qu'on est tous des prosateurs si l'on se reconnecte à notre langue intérieure.

C'est arrivé tantôt. Je venais de mettre les pieds à la station de métro Longueuil-Université-de-Sherbrooke. Ce qu'il faut savoir c'est que j'ai grandi à Laval et que Laval c'est un univers assez gentil en somme, avec de bons citoyens, presque dressés comme des automates mais pas tout à fait, des personnes gentilles qui sont capables de faire la file pour l'autobus et plus encore, comme d'être polis et respectueux et tout ça. Longueuil me fait penser à Laval.

Moi, à Montréal, maintenant, j'habite parmi les fleurs sauvages, les nerveux, les gens un peu disjonctés. Bon, il ne faut pas généraliser. Il y a des cocos à Laval et de grands sages philosophiques à Montréal.

Tout ça me mène au morceau, au tout petit minuscule fragment de prose spontanée qui m'est venu en tête, tandis que je cherchais, dans les couloirs de la station qui se métamorphosent en carrefour entrelaçant foire alimentaire et couloirs universitaires, la Place Charles-Le Moyne. En observant tous ces gens gentils qui me regardaient comme si j'étais un des leurs (on n'efface pas les traces du banlieusard dans l'ex-banlieusard), j’ai songé, et mon détecteur de prose m’a alerté : C'est un écosystème différent de celui où j'habite. C'est comme celui où j'ai grandi. C'est un écosystème gentil et balisé. C'est rempli de gens gentils et balisés. Ici, les gens me considèrent spontanément comme un des leurs.

Puis ce fut mon rendez-vous médical, et la station Longueuil-Université-de-Sherbrooke de nouveau.

Repu de ce tissu humain tendre et simple, ayant fait le plein de bonnes énergies auprès de cette autre civilisation, reposée et reposante, j'ai filé sur la ligne jaune derechef, histoire de réintégrer l'excentricité mélancolique et le bouillon d'énergies de Montréal.

lundi 30 septembre 2024

J'aimerais ça faire quelque chose pour l'itinérance : mais qui n'aimerait pas ?

Cette chronique de Maka Kotto est crève-cœur.

J'aime beaucoup la phrase qui la conclut : « L’itinérance n’est pas une fatalité, mais un test pour notre humanité. »

jeudi 15 août 2024

Le soleil brûle de sa brûlure magnifique

Le soleil brûle de sa brûlure magnifique
Dans sa robe poussière d’eau
Sa couleur anormale de smog
Qui, plutôt que l’inverse, l’embrase perverse

Le soleil brûle de sa brûlure magnifique
Dans sa couleur anormale de smog
Qui le force à se réinventer –
D'un orange apocalypse

Voilà un soleil… le mien, le vôtre…
Qui pue la passion
Dans un ciel trop défunt
Pour ne pas être gris
Dans un brouillard un doigt, enfin, un peu mauve

Le soleil dans sa robe industrielle !

dimanche 12 novembre 2023

Écrire dans sa chambre

Je suis entré chez moi et, jetant un regard vers ma chambre, mon petit coin d'ordinateur, mon coin d'écriture, m'est apparu dans une lumière neuve. J'ai spontanément songé à des mots comme ceux-ci : il faut sacraliser le lieu d'écriture chez-soi, il faut le ritualiser ; oui, il faut sacraliser, ritualiser...

Fait beaucoup de ménage chez moi ce week-end. Récemment, l'état de santé de mon ex et mes nombreuses quêtes ne m'ont pas permis de mettre cet appartement à mon goût. Mais il y a tout un sentiment de zénitude à regagner sa sphère, quand celle-ci brille et respire l'ordre.

Je suis devenu une pute à cafés. Je traîne dans ceux-ci comme un vrai lâche, qui n'assume pas son introversion. Car lorsque je sors, je m'assure de ne parler à personne, ou presque. Plus jeune, outre les fois où j'écrivais à la Grande Bibliothèque, outre les fois où j'écrivais des poèmes dans les bus de la STL, j'écrivais essentiellement dans mon coin. Seul, sur une chaîne de trottoir, sous les étoiles masquées par la pollution lumineuse à Laval, ou en tête à tête avec mon ordinateur, je pondais ce que j'avais à pondre.

Arrivé à Montréal, j'étais tellement gêné que je n'osais pas aller, seul, dans les cafés qui m'interpellaient.

Mais arrivé à Montréal, deux amis, deux influences, m'ont montré que : a) Il est possible de sortir de sa tête ; b) Il est possible de sortir de sa coquille ; c) Il est possible de sortir dans les bars et les cafés (disons que, de fil en aiguille, la tradition de sortir a pris la tangente des cafés)

On dirait que je suis tellement encore dans cette mouvance énergétique, dans cet élan, dans les échos de ce mode de vie, que je ne peux pas ne pas sortir.

À l'instar de Jean-Paul Sartre qui chillait au Café de Flore et aux Deux Magots dans Saint-Germain-des-Prés, je vais assurément continuer d'être un homme qui aime s'installer dans les cafés pour écrire. Cependant, je cherche à réduire la quantité de mes visites. Less is more, je le crois depuis longtemps.

Quand je suis entré chez moi, alors que mon univers semblait mieux tissé, mieux ordonné, plus fécond, plus stable, ça m'a donné envie d'y être.

Je crois que ça montre que prendre soin de soi, c'est aussi prendre soin de son environnement. Prendre soin de son environnement, ça donne le goût d'y être.

Hé, j'ai même découvert la recette du parfait matcha latte, aujourd'hui. Pour bien faire mousser l'affaire, il suffit d'utiliser du lait – de soya, dans mon cas – style barista.

jeudi 9 novembre 2023

Métro Beaubien, neige et craquements de lattes


Je vais le dire comme ça me vient, en espérant que l'énergie chemine, s'enroule comme du lierre dans les phrases, entoure les mots de son aura. Les mots sont plus fluides quand on aime et qu'on se passionne, et j'espère qu'ils rendront justice à ce que je vais écrire.

Cela fera bientôt treize ans que j'ai emménagé à Montréal – l'une des meilleures décisions de ma vie. Mais depuis quelques années, je n'ai plus l'impression de vivre à Montréal ; je vis, point. Je sais bien où j'habite, je peux nommer deux cents raisons qui rendent Montréal agréable... Mais pour moi, c'était / c'est juste vivre. Je me suis fondu au décor montréalais, dirait-on ; je ne suis plus saillant en lui, il n'est plus saillant dans mon regard.

Bon, j'exagère. Montréal n'est pas devenue invisible dans mon quotidien. Certains jours, si, j'oublie. Mais d'autres, je peux m'extasier lors d'une simple marche, comme si je découvrais les rues du quartier. La proportion entre ces deux états, sans doute (distinguer sans doute de sans aucun doute) va évoluer de telle sorte que l'émerveillement se fera un peu plus rare, avec le temps. Autrement amené, à présent, ce n'est plus : « tout beau tout nouveau. »

Aujourd'hui, métro Beaubien. Je ne visite pas souvent le coin, quelques fois par année tout au plus. Chaque fois, ça me met joyeusement à l'envers ; tout mon être tend vers la joie. J'ai vécu sur Christophe-Colomb, à mon arrivée à Montréal, et j'y ai vécu un peu moins de deux ans. C'est toujours une flambée de nostalgie. Tout est si vif soudain, plein de relief. Des émotions du passé, que je ne saurais pas nommer, je parlerais d'une chaleur, d'un sentiment de sécurité négociant avec un autre d'aventure, d'une capacité à rêver sans entrave, qu'en sais-je, c'est un bouillon curieux, délicieux, une saison chimique que je ne parviens pas à nommer, de telles émotions montent, se manifestent. I mean, it's always like that, pis quand je m'en vais, le cœur réchauffé, ayant soupiré de bonheur, tout ça dans la discrétion de mes traits d'introverti, je rentre chez moi, et j'oublie.

Mais aujourd'hui ! L'effet était là-bas plus frappant, pour un moment, je scrutais le haut des immeubles – l'architecture est si particulière dans ce coin-là – coiffé de jolie neige et les images et les émotions – que je refuse de banalement reléguer au passé, à l'évidence, elles ont leur existence propre dans le présent : les racines de l'arbre ont beau être sous terre, l'arbre est au-dessus – les images et les émotions sont venues à moi avec une singulière densité et même temps qu'une légèreté propre au rêve.

Allô, belle ville, moi, c'est Guillaume, je viens d'arriver ici, je viens d'arriver-ici-pour-toujours, c'est-à-dire que je n'en finis plus d'arriver, quel endroit ! je te vois, te vois dans la totalité délirante de ce que tu es et que tu ne serais pas si j'étais ailleurs ; un miracle neuf ; la nouveauté tant attendue dans mon cœur ; j'ai utilisé le mot délirante, car il serait complètement fou que j'oublie à quel point tu m'as charmé, à quel point j'ai succombé. Et tu pourrais adopter un discours, un discours inverse et similaire, de bras ouverts, en insistant sur ton hospitalité envers les poètes.

J'avais pensé revivre au métro Beaubien : il serait étonnant que je le fasse, j'aurais peur que ce socle spécial, sur lequel repose mon expérience urbaine ultérieure, ne se fonde à la brume des quotidiens, jusqu'à étouffer mes sentiments premiers.

De retour chez moi, en regardant la rue depuis ma fenêtre, en sentant ce vieux plancher de bois craquer, en observant cet hiver avant son temps, l'idée et le sentiment ne me quittent plus : je suis Montréalais.

Mieux : je suis nouvellement Montréalais, treize ans, c'est un clignement et demi, et éternel néophyte, c'est d'un regard neuf et neuf encore dont je profite.

samedi 28 janvier 2023

Crève-cœur le cœur de la ville

L'article de La Presse le dit bien. Au cœur de la ville un coin se meurt.

Je suis un optimiste, je pense que pour chaque lieu qui meurt, un autre, tout aussi intéressant, va renaître.

Mais c'est sûr que ça m'attriste. Beaucoup. Je n'y crois pas vraiment, on dirait. Pas assez.

J'ai une relation très particulière avec ce spot. D'abord, ce fut la BAnQ. Le théâtre de ma solitude et de mes rêveries illimitées et de mes lectures tout près de ses immenses fenêtres. Le cinéma Quartier Latin, où l'on peut souffler dans le noir. Le salon de thé Camellia Sinensis. Mon ex-employeur Vidéotron. La place Dupuis. Le restaurant Commensal, devenu Végo. Le resto Da Giovanni. Le magasin Archambault. Le bar l'Escalier. Le Parchemin. L'UQAM. C'était, ce territoire, mon point névralgique montréalais, l'espace de quelques-uns de mes plus grands amours et souvenirs.

De tout ça, que reste-t-il? Pas beaucoup. Les lieux intéressants tombent comme des mouches.