Je n'avais jamais lu quoi que ce soit d'écrit par Xavier Dolan. Pour tout dire, cet individu m'était fort étranger. Je savais tout simplement qu'il aimait à se pavaner, avec aux coins des lèvres un sentiment de glamour frôlant la fatuité, dans le monde du cinéma. Ceci dit, j'ai été surpris par son éloquence. Et je suis d'accord avec son opinion.
Or, un chroniqueur du Journal de Québec lui a approximativement demandé de fermer sa gueule. Voici le commentaire que je voulais publier ici ; hélas, j'ai pris conscience de la limite de 2000 caractères trop tard.
Monsieur,
Je crois que tenter de pratiquer l'ostracisme par rapport à un artiste, lui refusant le droit au monde de la pensée politique et de la discussion à saveur sociale, est une piètre et subreptice tentative d'invalider ses arguments.
Tout être est pluridimensionnel. Quant à moi, le seul critère à considérer, quand vient le temps d'octroyer le droit de parole, serait : cette personne a-t-elle fait un effort de pensée, avant de s'exprimer ? Non, mieux: ne pas juger a priori, et laisser tout le monde s'exprimer. Ce serait peut-être, qui sait, démocratique.
Au demeurant, il me semble manifeste que Xavier Dolan est un esprit articulé, qui possède de surcroît une plume sachant faire mouche (ce qui me suggère encore davantage que son esprit possède finesse et raison).
Je crois que sa conclusion, qui vous semble être une banale injure, est davantage porteuse de sens que vous ne le croyez. Qu'il y ait eu manque de tact — peut-être est-ce un spontané aveu de détresse —, c'est possible, mais ne vaut-il pas mieux appeler un chat un chat ? Si le chat avait été, plutôt, un félidé, l'aurait-on taxé de jouer sur les mots, ou d'être hypocrite ? Ainsi, si j'accuse quelqu'un de commettre un paralogisme, ce n'est qu'une façon polie et masquée de le traiter d'imbécile.
Je crois aussi en la démocratie. Xavier Dolan, visiblement, quant à lui, ne s'en prend pas à elle. Le fait est que cette institution morale, en fait, est sévèrement, sordidement bafouée. Là, selon moi, est le grave ennui. M. Dolan ne critique pas notre régime politique, ou un parti politique tout bonnement. Il s'en prend à cette foire hystérique qui prétend au titre de modèle social juste. Tristement, si l'on est minimalement objectif, on voit bien qui a mis le feu au chapiteau. Ainsi, Xavier Dolan ne critique pas les gens dans le chapiteau, qui ont choisi de s'asseoir à droite plutôt qu'à gauche, il s'insurge contre les aveugles et les sourds qui ne voient pas que la toile s'embrase à une vitesse ahurissante.
La démocratie, c'est effectivement une chose magnifique. Qu'est-ce qu'une chose ? D'accord, pas trop de philosophie. Reste qu'une chose, c'est imaginaire, c'est symbolique. En l'occurrence, la démocratie, ça frôle l'utopie. Ah ! À tout le moins, n'est-il pas un dicton qui affirme que l'idéal est comme les étoiles, en ce sens qu'il ne peut pas être atteint, mais qu'il faut quand même s'en servir comme guide ? La démocratie est un idéal, soit. Mais en ce moment, le ciel regorge de nuages et les étoiles se font silencieuses.
Il y a un gouffre important, au Québec, à l'heure actuelle, entre la démocratie utopique qui devrait nous faire rêver, nous enthousiasmer, dont on devrait sans relâche tâcher de s'approcher, et celle qui est réelle, qui ne mérite plus ce nom.
Au diable les opinions politiques. Personne ici, entre vous, Xavier Dolan, et moi, n'est stipendié. Le Parti Libéral du Québec est suprêmement vil. Qu'est-ce, sinon, que se faire du capital politique sur une crise inventée de toutes pièces ? Qu'est-ce que la loi 78 ? Qu'est-ce que cautionner la violence des policiers, et faire des étudiants de faux terroristes, ET PAR LE FAIT MÊME, tenter de disqualifier massivement les autres partis politiques (qui portaient le carré rouge, symbole dont ses adversaires ont lâchement transformé le message) ?
Et quoi encore ? Comme le dit Dolan, le PLQ nous darde ses sophismes comme un lanceur de couteaux.
La politique, ultimement, devrait être «candide» ; il ne devrait pas y avoir de stratégies de manipulation. Tout devrait se jouer dans les idées. « Voici notre bilan, voici ce que l'on veut accomplir à présent. N'oubliez pas de voter pour nous ! »
Je sais, je vous semble sans doute être indécrottablement idéaliste. C'est vrai ; mais parfois, des éclairs de cynisme traversent mon esprit : comme lorsque je suis capable d'admettre qu'un peuple n'a pas l'intellect très aiguisé par rapport à certaines questions.
Il ne devrait jamais être question de guerre médiatique, ou de stratégies malicieuses. Une bouffée de mensonges emboucane la pièce.
Dolan ne questionne pas la liberté d'expression, il ne questionne pas la légitimité des opinions de chacun. Il tente simplement de signaler à autrui que les choses ne sont pas faites dans les règles de l'art, et qu'il y a un tricheur à table. L'imbécile n'est pas celui qui prend part au jeu de société en suivant les règles, c'est celui qui ne voit pas que le joueur à côté tripote les règles à sa guise, (presque) au vu et au su de tous.
Car s'il est possible d'avoir une réflexion au sujet de la politique, on peut avoir, également, une réflexion out of the box, et regarder cette étrange dynamique avec recul. Après tout, Dolan serait peut-être mieux d'être exclu, en effet, de cet univers, si tant est que cela lui permette d'avoir une perspective fraîche sur la chose. Peut-être pas fraîche, car nombreux sont ceux qui pensent comme lui, mais réaliste. Il y a des imbéciles. Et il est terrible lorsqu'on les ensemence de mensonges.
Le peuple, parfois, a besoin de l'aiguillon de la vérité. L'imbécillité n'est pas toujours incurable.
Je vous souhaite une bonne journée.
Littéralement. Des mots sous divers reflets, mais ce n'est pas un dico. Blogue littéraire et geek de Guillaume C. Lajeunesse.
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