À la relecture immédiate d'un livre, d'un livre que j'aime aimé, à l'amorce de cette activité, les phrases me semblent moins sucrées, luxuriantes, éblouissantes ; comme si j'avais absorbé ses mécanismes, crocheté ses mystères, développé une trop grande familiarité ; aussi est-il sage de remiser l'ouvrage un certain temps, afin que l'oubli lui restitue sa splendeur originelle.
Littéralement. Des mots sous divers reflets, mais ce n'est pas un dico. Blogue littéraire et geek de Guillaume C. Lajeunesse.
jeudi 7 mars 2024
lundi 17 avril 2023
Pourquoi je lis
"A book is nothing but a cube of hot, smoking conscience."
- Boris Pasternak
Parfois, je me déconstipe le cerveau, je le décongèle, je lui donne des ailes. C'est-à-dire que je vais m'installer dans un café pour écrire. Mais ce n'est pas d'écriture dont je veux parler aujourd'hui.
Quand on aime écrire, on a une passion cousine, que dis-je, une passion siamoise : l'amour de la lecture.
En toute innocence, et n'y a-t-il que vieux comme moi qu'on puisse faire preuve d'une telle innocence, je me suis demandé pourquoi je lis. Pourquoi j'aime lire. Et pourquoi, par contraste, je n'aime pas certains livres ; quels nutriments intellectuels et émotionnels seraient alors manquants ?
Lire, ce n'est jamais la même expérience, déjà.
J'aime lire parce que ça fait un esprit avec lequel échanger. Je dis bien échanger. Une fois, dans un centre de contacts avec la clientèle, j'étais sur ma chaise, là, voilà, en train de lire, et un collègue m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que j'étais en discussion avec un auteur. Rien d'pédant, là, pour moi, c'était une vraie discussion. Il s'est esclaffé, il croyait que je disjonctais, ou que j'utilisais un vocabulaire inapproprié. Si, si. En discussion. « Frotter et limer sa cervelle contre celle d'aultruy », comme l'aurait dit Montaigne.
J'aimeuh lireuh, parce que ça fait découvrir d'autres univers. Littéralement, j'veux dire. Y a des mondes alternatifs, et certains des plus beaux sont cachés dans les pages des livres. On a dit de Boris Vian qu'il avait un « langage-univers ». Pas que. Le type était le plus grand créateur d'univers alternatifs qui fût.
J'aime lyre à cause de la beauté des phrases. La beauté des phrases qui est parfois comme de la musique. Spontanément, tout de suite, je pense à Baudelaire. Ou plutôt, c'est lui qui m'a inspiré cette remarque. Lire Baudelaire, dans sa grande prose, m'excite probablement plus le cerveau que la musique classique ne sait, dans toutes ses caresses, le faire.
J'aime apprendre quand je lis. Et si l'on veut apprendre, on est servi. Il me brûle de lire Une brève histoire du temps de Stephen Hawking. Comment ça se fait que je ne l'ai pas encore lue, cette histoire, déjà ? Parce qu'il y a beaucoup de livres desquels apprendre !
J'aime réfléchir quand je lis. En cela, beaucoup de livres (ou d'articles, pardi) se qualifient. Une des choses qui explique le fait que je sois un lecteur lent, c'est la surstimulation de mon cerveau, quand je lis. Souvent, l'esprit empli d'une floraison de songes, le cœur gonflé de rêves, je dépose le livre sur moi, un moment, comme pour en mieux absorber le contenu. Et je pense !
Lire, rêver, deux mots apparentés jusqu'à un certain point. Lire permet de rêver de façon structurée, de façon puissante, de façon lointaine. Le Matin des magiciens m'a fait énormément rêver. Les poèmes de Rimbaud aussi. Quid des livres sur les extra-terrestres ?
Lire permet de rencontrer des êtres humains. Parfois, un être se présente à nous en empruntant l'autofiction ou l'autobiographie. N'est-il pas fascinant de prendre un bouquin de Laferrière pour le rejoindre, pour passer du temps avec lui ?
En lisant, on peut rencontrer une autre culture. On l'habite, et elle nous habite.
Lireeee permet d'être diverti.
Lire permet de ressentir. Quand on se croit magané, quand on se croit éteint, il suffit parfois de s'engager dans la lecture d'un roman, ou d'un simple poème, pour voir que ça palpite encore là-dessous, dans notre poitrine.
La lecture permet en outre de bonifier son vocabulaire et d'améliorer ses aptitudes langagières.
Lire permet de prendre part à un mouvement, ou à quelque chose de plus grand que soi. Par exemple, si l'on est un individu neurodivergent, en lisant un livre sur la neurodiversité, on peut se sentir inspiré.
Ultimement, lire, c'est accepter un partage : beaucoup de magnifiques choses se perdraient dans l'univers si elles n'étaient pas écrites...
mercredi 22 septembre 2021
La lecture
Plus jeune, tout jeune, j'ai déjà pensé ne pas aimer lire. Curieux réflexe intellectuel, pour un garçon à la tête emplie de mots et de fantaisies, invariablement chouchou de ses profs de français depuis la tendre enfance. Curieux réflexe chez un garçon qui conjuguait, en deuxième ou troisième année, ses verbes mieux que les autres élèves, au point où sa prof lui dit une fois : tu as raison, ça s'écrit comme ça, mais n'en parle pas aux autres, ça les mélangerait.
Aujourd'hui, j'ai honte d'avoir eu cette pensée. Du moins, elle m'intrigue : je me suis interrogé, je me suis demandé sur quel socle expérientiel elle reposait alors.
Enfant, je n'étais pas très stimulé par la lecture. Je dois cependant avouer que je me cantonnais dans les BD, que j'adorais ; le rire et la couleur n'ont pas d'âge, n'est-ce pas ? Les livres qu'on nous proposait, eux, ces livres dans la petite bibliothèque de l'école, n'étaient pas de mon goût, en général. Aussi, je trouvais décidément embêtant qu'il y ait des livres « pour les enfants » et de « vrais livres », pour les adultes ; d'ailleurs, où étaient-ils ? Pas dans ces rayons-là, en tout cas. Pourquoi les enfants avaient-ils droit à une nourriture mentale de deuxième ordre ?
Il aurait vraiment fallu qu'on m'emmène à la bibliothèque publique ! J'aurais probablement figé devant pareil édifice (culturel), mais cela m'aurait permis un plus grand épanouissement que la biblio de l'école primaire. Timoré sans doute, trop couvé peut-être, j'ai souvent craint de franchir le cercle des milieux où j'évoluais, et je pourrais écrire : où j'évolue.
À huit ans environ, je vis Le Petit Prince sur une étagère dans la chambre de ma mère. Ce livre piquait fortement ma curiosité, précisément car il me semblait destiné aux adultes. Je demandai donc à ma mère si c'était le cas. Le malentendu qui s'ensuivit est à la fois sublime et malheureux. Elle me confirma qu'il s'agissait d'un livre destiné aux adultes. Mais, se voulant sans doute rassurante, elle me dit qu'il s'agissait également d'un livre pour enfants. Alors je n'en voulais pas. Un autre livre pour enfants, pouah !
L'adolescence, ensuite. Terre aux chemins divers. Dans un sentier, je lisais des auteurs comiques ou complexes. Dans un autre chemin, je lisais les quelques livres imposés au secondaire (des merdes, des châtiments, des grisailles enfermées dans des prismes à bases rectangulaires). Dans une troisième avenue, je me tapais les soliloques d'un homme de mon entourage, qui était alors un snob méchant, sur la culture. Dans ce dernier cas, l'obsession pour la culture qui était plus près du paraître qu'autre chose me dégoûtait, si bien que je souhaitais demeurer ignare : un cerveau imaginatif, me disais-je, peut produire de belles choses.
Je suis donc sorti de l'adolescence avec une passion pour certains auteurs, et une tolérance zéro pour la pédanterie et les lectures obligées.
Jeune adulte, j'avais encore le réflexe de croire que je n'aimais pas lire ; en fait, je tentais désespérément de trouver des écrivains qui faisaient fondre mon cœur ; des magiciens ; des gens capables de peindre sur la page. J'ai le cerveau visuel. Mon cortex visuel aime être chatouillé. Je sais qu'un auteur m'emmerde si je ne vois que ses phrases, s'il ne parvient pas à dessiner son propos dans ma tête.
Je me braquais donc devant quantité de livres que j'estimais nuls ; et je visitais les moindres recoins des univers littéraires des écrivains qui me fascinaient. Mais je trouvais que ces écrivains étaient cruellement trop peu nombreux. Je me donnais donc pour mission, en quelque sorte, d'enrichir mon panthéon personnel d'auteurs. Et cela s'est fait ; petit à petit...
Tout cela s'est fait de façon très organique. J'ai certes un peu systématisé, dans les dernières années, le processus en rédigeant deux immenses listes de lecture. Mais mes coups de cœur primant sur ma pensée séquentielle, je continue de tisser des liens comme certains champignons fabriquent des réseaux mycorhiziens. À la racine, la fine racine, la prime racine de la culture qu'on développe, on doit trouver la passion. Pour n'importe quel livre. Pour n'importe quel auteur ! La passion, elle peut avoir été dans le regard de quelqu'un, qui nous a fait une proposition culturelle... Il faut que ce soit un frisson, un truc brut. Si l'on a ça, on a tout... Et on se met à lire... On lit Rimbaud, tiens. Dans un livre sur Rimbaud, dans l'avant-propos, on voit apparaître le nom de Baudelaire par exemple. C'est comme si, chez un ami, on entendait le nom d'une autre personne, qu'on nous décrit comme magnifique. Et on voit les connexions se faire. Les noms d'auteurs et de livres qu'on croise, presque par hasard, deviennent comme de brûlants hyperliens qu'il nous tarde de découvrir ! On lit que Victor Hugo a écrit que Rimbaud était le « Shakespeare enfant », et Hugo monte encore dans notre estime et nous intrigue. On constate que Baudelaire a traduit Poe et cela nous donne envie de lire Poe ! On lit McComber (flash d'une entrevue avec lui) qui parle de Céline et ça nous donne le goût de lire Céline et on lit Céline et après l'avoir lu on relit Bukowski et on réalise que ce dernier en parle. On tombe sur une vidéo de Jack Kerouac qui disait que Céline était son maître et ensuite on lit J.D. Salinger, sans raison particulière, because les États-Unis peut-être. Qui est cet Édouard Glissant qui préface si formidablement Miron et comment lire le poète des Caraïbes ? Et l'amour initial est resté et le frisson voyage sur la toile d'araignée et lire des bouquins est une chose formidable.
Aujourd'hui, j'ai trop de livres sur ma table de chevet (espace réservé aux lectures actuelles, prochaines ou « urgentes »). Si bien que j'ai commencé à les empiler, également, sur mon meuble d'entrée. Je suis encore un lecteur bien lent, et le serai sans doute toujours, parce que j'entrecoupe mes lectures de rêveries et de pensées, mais je chéris les livres. Un graphomane est presque nécessairement papivore. Ah ! Et dire qu'on a failli dégoûter ce jeune garçon de la culture et qu'on a failli le détourner du chemin de magnifiques livres !
vendredi 20 mai 2016
dimanche 13 mars 2016
Brève histoire du monde
Pour ceux qui, comme moi, n'ont pas de très bonnes notions d'Histoire, ce livre est un petit bijou... Ernst Gombrich l'a rédigé dans une langue simple, chaleureuse et attrayante. Je poursuis ma lecture...

