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samedi 3 janvier 2026

Le menu du café-buvette

Blonde belge - 473 ml • 5,5 %
Ale fruitée et maltée, houblons nobles
floraux et épicés

Oiseau rare - 473 ml • 5,5 %
Cidre fermier brut non filtré
sans sulfite ajouté

Tu étais visiblement
Une blonde belge

Oiseau rare, mon frère
M'a déjà dit ça quand j'étais
Jeune

Moins sexy qu'une blonde belge –
Mais efficace dans son mystère

Encrassé de pénombre,
Rêvant de virtuosités sveltes,
je dors ! ô ! nuit d'aurore !

Ce sont ces mots qui lui avaient
Fait dire ça

Ma farce littéraire
Étant construite :

On ne pouvait pas s'entendre
Ma chère, car tu étais (amère comme)
Une bière ;

Et moi, un cidre foufou.

Rappelons aussi tes houblons nobles,
Et mon côté brut non filtré.

jeudi 3 juillet 2025

La blonde maigre du café Névé

Comme cette blonde maigre que j'ai vue se diriger vers le Café Névé.

C'est ce que j'ai retrouvé dans mes notes de la semaine. Le genre de femme que je n'ose pas aborder, et que je devrais. Cette blonde maigre, à la peau pur lait. À la jeunesse saillante dans les os minces, aux muscles maigres (les omoplates saillantes). De dix-neuf ans peut-être. Elle marchait si inaltérée par la vie encore que je crus voir une fleur nouvellement née, qui n'a jamais connu ogres ou orages. (Ou peut-être les avait-elle connus tous, ce qui revient au même, car cela réinitialise l'âme.) Les yeux pastel, elle dominait mon expérience de l'avenue. De l'avenue Mont-Royal faite piétonne. J'observais son déhanchement et sa grâce de fantôme... Le front ruisselant, quittant le café pour ma part, j'ai seulement goûté à l'instant suspendu.

mardi 22 octobre 2024

La nouvelle au café

Elle était gentille comme un rêve,
Et belle comme la gentillesse

Elle n’était pas déviante et moche
Comme la barista du café

Elle était d’un regard constant et franc
Pas évasive et mesquine comme l’autre

Je lui parlais à cœur entr’ouvert
Tandis que l’autre torchait ses tasses

jeudi 3 octobre 2024

Variations atmosphériques au café


Ahem, hum, j'me demande encore comment je pourrais pousser un chant littéraire au moyen d'une langue rafraîchissante, empruntant au panache classique et pourtant hypnotisante ; une langue qui serait une science inclinant au frisson, l'ensorcelante fusion de la clarté et de l'opacité. Ce blogue, où je pourrais parler de n'importe quoi vraiment, est, ou pourrait être, ou ne devrait-il pas être ? l'endroit où je manipule, développe et fait émerger cette pousse linguistique, cette langue qui bouscule en souriant. C'est pas que dans mes livres, sapristoche fantoche ! que je dois ouvrir les valves de l'émotion et orchestrer des tensions neuves. Tentons, essayons, les récits journalistiques me laissent sec et sur ma faim. De marbre, ma foi. Let's go !

Donc, ce café, ce petit café qui m'est pleinement familier, héhé. Ce lieu d'émerveillement et de médisances. Savez-vous comment on crée le matcha ? Il faut un petit fouet en bambou, du snobisme ce n'est pas, un geste rare et superflu ce n'est pas, c'est juste que pour faire du matcha, les particules de la fine poudre moulue doivent se disperser suivant une turbulence induite : les fines tiges de bambou du chasen, avec leurs vibrations, permettent aux particules de se disperser correctement dans le liquide. Ces vibrations, j'adore ; les vibes que j'aime moins sont autres. Lessivées et acides, certaines essaient de vous en faire baver. Entouéka. Je ne mange pas de cette brioche-là, moi, je ne suis que le client. Aspirant à son espace de candeur approximative, sa bulle salutaire, sa parenthèse irradiant comme une aura.

Quoi qu'il en soit, il fallait que quelque chose de bien, de bon, de bien bon émerge de cet endroit aujourd'hui. Et c'est ce qui s'est passé. Rééquilibrage. Premier truc qui a pincé, bon, j'intuitionne, je sais pas, je suis pas neuroscientifique (encore !), je dirais que le premier truc qui a pincé mon cortex préfrontal et mon cortex cingulaire antérieur, qui leur a signalé une nouveauté, c'était la présence de plein de gens ! Quoi, plein de gens ! Dans mon café ! Qui êtes-vous ! Un événement privé ! Ma foi ! C'est ça ! Est-ce ça ? J'entre... Plein de belles personnes. Mais des clients réguliers aussi. Bon. On m'explique qu'il y a eu une projection. Des films d'animation.

Et la fille du propriétaire était là. Il m'a montré, plus tard, sur YouTube, la vidéo pour laquelle elle s'est qualifiée pour un festival, si j'ai bien compris.

Mise à jour : J'avais mis la mauvaise vidéo !

mardi 27 août 2024

Qui vole un téléphone cellulaire vole une bicyclette

Exercices de courtes phrases, vu que je suis pressé.

Au café. Je discute avec le patron. Discussion passionnante. Je vois un type arriver, par la fenêtre. C'est le gars qui a déjà tenté de voler mon téléphone. Un vieux mec, soixante ans peut-être ; cheveux gris. Alors le vieux mec entre. Il ne se souvient pas de l'incident. À l'époque, il avait prétendu avoir été distrait. Sa main sur mon téléphone. Le téléphone qui disparaît de mon champ de vision. Le téléphone dans son sac. Moi le confrontant, pour récupérer l'appareil.

Il prétextait l'urgence, devoir quitter. J'insistais pour récupérer mon bien, évidemment.

Oh, avait-il fait, il m'est arrivé la même chose à l'aéroport. J'ai accidentellement pris le téléphone d'une dame. En anglais, qu'il me relatait tout ça. Bon. Doublement louche.

Alors il entre dans le café, aujourd'hui. Ne semble pas se souvenir de moi, ou ne veut pas se souvenir de moi. Le proprio me le présente. Pourtant, je lui avais déjà dit que ce type, c'est un voleur. Alors le type entre, le proprio me dit : he's a writer. A writer ? OK. Paraît même qu'il enseigne l'écriture créative, dans une université.

Bon. Mais ce n'est pas d'écriture dont il nous parle. Non. En entrant, le type, il pointe les bicyclettes à l'extérieur. Il dit qu'il a pensé à une stratégie qui lui permettrait de les voler en quelques secondes. Le proprio ne réalise pas ; il trouve ça amusant. Oh, writers have twisted minds.

Ce qui est encore plus drôle, c'est que le proprio me parlait de sa nouvelle bicyclette électrique. J'espère que le génie littéraire ne pointait pas celle-ci. Son doigt semblait drôlement pointer dans cette direction.

Souhaite-t-il, ce papi, être reconnu comme kleptomane, ou quoi ?

Par charité, une partie de lui nous met peut-être en garde.

mardi 21 mai 2024

Une rectification poétique

J'ai dit que c'était sale. Plus précisément : semi-crasseux. Je ne le regrette pas mais je vais reconsidérer mes paroles à grand renfort de nuances. Les mots sont des épées sur lesquelles tombe une lumière ; nous devons les manier correctement pour exprimer la bonne lumière*. Alors voilà. J'aurais dû dire plutôt, plutôt dire que ce lieu est enchanteur, fécond, trouble ; effrité, merveilleux, décoincé ; mystérieux, ravageur pour les finances de ses habitués, salutaire ; sobre, chaud, haut en couleur ; haut en hauteur, musical, stylé ; érodé, magique, hurlant ; décati, serein, lumineux ; éparpillé, dépareillé, loufoque ; baroque, brouillon, estudiantin ; propre à l'évasion, et qu'on y trouve de la peinture écaillée, des toilettes remplies de graffitis aux aphorismes naïfs, des planchers fort foulés, de l'eau de vaisselle un peu brune.

*En anglais, tel que cette phrase m'est venue : Words are swords upon which light falls ; we must wield them correctly to express the right light. Les rimes se sont noyées dans la traduction, mais la douane de la traduction a laissé passer les images.

lundi 20 mai 2024

Appel à la renaissance de la blogosphère (2)

Je vous livre ça tout à trac à partir du café semi-crasseux mais ô combien joyeux où j'ai coutume de me stationner le séant.

Donc, donc, don-que.

Je trouve ça – et vous partagez sans doute mon sentiment – un peu triste ce qu'il advient des blogues. Les blogues étaient, il y a de ça une décennie et plus, des lieux d'échanges formidables.

Je propose donc...

Une brève réflexion sur le sujet : Comment les blogues sont-ils devenus des presque-déserts esthétiques ? À mon avis, quand un grand nombre de joueurs, pour les appeler ainsi, ont retiré leurs billes du jeu (en migrant vers les médias sociaux), les blogueurs restants se sont un peu recroquevillés. Ils ont dès lors décidé d'utiliser leurs blogues moins comme vecteurs vivants, et plus comme vitrines sur leur travail. Astucieuse reconversion. Mais est-ce que ça doit rester ainsi ?

Répertorier les blogues toujours vivants qu'on aime. Je peux ainsi nommer : La Gambade, Parenthèse vidéoludique, L'arc volcanique, Poésie de Mokhtar El Amraoui et autres voyages, le blogue de Pattie O'Green, Mes Biscuits Préférés...

On peut se demander : jusqu'où pousser l'exercice ? Par exemple, il y a le blogue Your Rainforest Mind que j'apprécie beaucoup ; c'est pas précisément un blogue local, encore moins un blogue tel qu'on le conçoit ici dans le cadre de cette réflexion, mais j'avais le goût de le mentionner quand même.

Ensuite, sort-on le défibrillateur ? C'est-à-dire : pourrions-nous ressusciter de vieux blogueurs ? (En leur écrivant un mot, par exemple. Ça pourrait leur redonner le goût d'écrire.) Je pense à : Rainette, Laure Kalangel, Helena Blue, Le plumitif – de chez Au bout de tout –, Alexandre – auteur de procyon[idées] –, Éric McComber, Vincent Demers (Un sou noir)...

Par ailleurs, comment stimuler les échanges ? Je propose, par exemple, qu'on crée un truc un peu plus officiel intitulé « Appel à la renaissance de la blogosphère » justement (ou autrement), où l'on se dit : OK, je vais aller visiter X Y Z blogues que je connais moins, pour essayer de relancer l'influx, et inviter les gens à participer aussi.

Pour les moins actifs / inactifs, l'objectif pourrait également être de faire un certain nombre de publications.

Pourquoi ne pas organiser un truc en personne, éventuellement, si le nombre y est, et si notre éparpillement géographique est relativement clément ?

Voiiilààà. Qu'est-ce que vous en pensez ?

lundi 22 avril 2024

Se décaféiner

Se décaféiner : non pas se désaccoutumer d'une molécule, mais d'un lieu. Le café, l'endroit. La place où je plane.

C'est un projet latent. J'accumule des arguments. Parfois, je résiste à l'idée puis au fait d'y aller. Je rentre chez moi. Alors, le mécanisme cérébral dont j'ignore le nom s'enclenche. Mon cerveau prend un autre parti. Celui d'être casanier. Et je suis heureux de l'être.

Ce soir, en rentrant chez moi, je me suis dit que je pourrais faire jouer ce mécanisme.

Mais, passant devant le café, je me suis senti paresseux, un peu complaisant envers ce travers.

En entrant dans la place, l'affaire était scellée avec élégance. Ces mots me venaient en tête :

Je verse dans mon obsession de la façon la plus décontractée qui soit.

samedi 7 octobre 2023

Les lumières, au café

Il y a eu un déclic dans mon cerveau, tantôt, au café : 

Ça a fait : pow pow pow, wow wow wow, miaow miaow miaow.

Et j'ai vu la lumière. Laquelle ? Celle de la créativité vraie.

Et j'ai pu écrire de la prose comme jamais auparavant ; ou peut-être que tout ça n'était qu'une barrière technique, que je devais franchir, je pense l'avoir franchie, en tout cas, en bonne partie, ma jambe est-elle prise dans un fil barbelé sans que je m'en rende compte ?

J'ai l'impression d'avoir tous mes morceaux et que ma prose se tient.

Pow pow pow, wow wow wow, miaow miaow miaow.

jeudi 15 juin 2023

Scène de café

Je balaie la place du regard. Mes spots habituels sont pris. Il y aurait la table commune, là, avec l'énergumène à kangourou, capuchon sur la casquette. Pas intéressé à m'asseoir en face de ce type dont les yeux chuchotent qu'il est un conspirationniste traqué par la CIA.

Pas fini de balayer. Là, au fond, une autre table commune. Deux étudiantes, une blonde fragile pâle, et une brunette forte en sérotonine. Je demande si je peux m'asseoir là. Bien sûr. Ça entraîne toujours un moment délicat. Les femmes se demandent si les hommes veulent s'asseoir avec elles. Comme susmentionné, je voulais juste éviter l'hurluberlu.

N'empêche, je m'empêche de les regarder. Code d'honneur personnel. Si ma motivation était de m'installer là pour travailler, voilà ce qu'elle est, cette motivation. Tautologie, miroirs.

Ce qui est drôle, c'est qu'elles deviennent silencieuses. Et moi, tout ça me gêne, comme si j'étais intéressé, mais je ne le suis pas pentoute.

Toujours est-il, je suis assis au bout de la table, de façon à les voir toutes les deux.

À moins que mon cerveau bouche les trous que ma vision périphérique ne sait pas correctement croquer sur le vif, la blonde calme gentille me jette des coups d'œil occasionnels, pour analyser ma présence. Quant à la brune, elle se joue beaucoup avec les cheveux. Elle s'assoit de façon à être tournée vers moi.

Je pense qu'elles finissent par conclure à mon sérieux. C'est peut-être moi le conspirationniste : une se met à lire. L'autre aussi. Comme pour que je l'aperçoive. Le type sauvage à lunettes, il doit aimer ça, lire.

Je me dis : si ça se trouve, elles ne sont pas intéressées du tout, je suis devenu laitte, mais peut-être est-ce une petite compète : qui va attirer l'attention du monsieur en premier ?

Derrière cette scène anodine, il se cache tant, tant de choses que j'aime : la psychologie, la psychologie de la séduction, la (triste) valeur marchande des individus (darwinisme social oblige).

Derrière cette scène, il se cache peut-être aussi mon amour des femmes.

lundi 17 avril 2023

Pourquoi je lis

"A book is nothing but a cube of hot, smoking conscience."

- Boris Pasternak

Parfois, je me déconstipe le cerveau, je le décongèle, je lui donne des ailes. C'est-à-dire que je vais m'installer dans un café pour écrire. Mais ce n'est pas d'écriture dont je veux parler aujourd'hui.

Quand on aime écrire, on a une passion cousine, que dis-je, une passion siamoise : l'amour de la lecture. 

En toute innocence, et n'y a-t-il que vieux comme moi qu'on puisse faire preuve d'une telle innocence, je me suis demandé pourquoi je lis. Pourquoi j'aime lire. Et pourquoi, par contraste, je n'aime pas certains livres ; quels nutriments intellectuels et émotionnels seraient alors manquants ?

Lire, ce n'est jamais la même expérience, déjà.

J'aime lire parce que ça fait un esprit avec lequel échanger. Je dis bien échanger. Une fois, dans un centre de contacts avec la clientèle, j'étais sur ma chaise, là, voilà, en train de lire, et un collègue m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que j'étais en discussion avec un auteur. Rien d'pédant, là, pour moi, c'était une vraie discussion. Il s'est esclaffé, il croyait que je disjonctais, ou que j'utilisais un vocabulaire inapproprié. Si, si. En discussion. « Frotter et limer sa cervelle contre celle d'aultruy », comme l'aurait dit Montaigne.

J'aimeuh lireuh, parce que ça fait découvrir d'autres univers. Littéralement, j'veux dire. Y a des mondes alternatifs, et certains des plus beaux sont cachés dans les pages des livres. On a dit de Boris Vian qu'il avait un « langage-univers ». Pas que. Le type était le plus grand créateur d'univers alternatifs qui fût.

J'aime lyre à cause de la beauté des phrases. La beauté des phrases qui est parfois comme de la musique. Spontanément, tout de suite, je pense à Baudelaire. Ou plutôt, c'est lui qui m'a inspiré cette remarque. Lire Baudelaire, dans sa grande prose, m'excite probablement plus le cerveau que la musique classique ne sait, dans toutes ses caresses, le faire.

J'aime apprendre quand je lis. Et si l'on veut apprendre, on est servi. Il me brûle de lire Une brève histoire du temps de Stephen Hawking. Comment ça se fait que je ne l'ai pas encore lue, cette histoire, déjà ? Parce qu'il y a beaucoup de livres desquels apprendre !

J'aime réfléchir quand je lis. En cela, beaucoup de livres (ou d'articles, pardi) se qualifient. Une des choses qui explique le fait que je sois un lecteur lent, c'est la surstimulation de mon cerveau, quand je lis. Souvent, l'esprit empli d'une floraison de songes, le cœur gonflé de rêves, je dépose le livre sur moi, un moment, comme pour en mieux absorber le contenu. Et je pense !

Lire, rêver, deux mots apparentés jusqu'à un certain point. Lire permet de rêver de façon structurée, de façon puissante, de façon lointaine. Le Matin des magiciens m'a fait énormément rêver. Les poèmes de Rimbaud aussi. Quid des livres sur les extra-terrestres ?

Lire permet de rencontrer des êtres humains. Parfois, un être se présente à nous en empruntant l'autofiction ou l'autobiographie. N'est-il pas fascinant de prendre un bouquin de Laferrière pour le rejoindre, pour passer du temps avec lui ?

En lisant, on peut rencontrer une autre culture. On l'habite, et elle nous habite.

Lireeee permet d'être diverti.

Lire permet de ressentir. Quand on se croit magané, quand on se croit éteint, il suffit parfois de s'engager dans la lecture d'un roman, ou d'un simple poème, pour voir que ça palpite encore là-dessous, dans notre poitrine.

La lecture permet en outre de bonifier son vocabulaire et d'améliorer ses aptitudes langagières.

Lire permet de prendre part à un mouvement, ou à quelque chose de plus grand que soi. Par exemple, si l'on est un individu neurodivergent, en lisant un livre sur la neurodiversité, on peut se sentir inspiré.

Ultimement, lire, c'est accepter un partage : beaucoup de magnifiques choses se perdraient dans l'univers si elles n'étaient pas écrites...

samedi 28 janvier 2023

J'ai retrouvé ça

Écrit cet été, le 30 juin, dans le même café où je me trouve présentement :

Tu veux être magnifié par un soleil que tu ne connais pas, touché par des mains d'amour net et incorruptible, des doigts noueux de déesse pétrisseuse de pain, par les mains d'errance des heures siffloteuses. Tu voudrais être sacré roi d'une histoire pouvant être rembobinée si besoin. Tu veux être bu et mastiqué par un soleil que tu entrevois à peine, qualifié pour vivre, prompt aux embrassades, un Alexandre le Grand de l'amour et de l'épanouissement du petit monde intime. Tu voudrais être vu comme tu ne t'es jamais vu encore, mouillé d'or par le matin qui te dit merci de renaître. Tu voudrais une espièglerie délicate aux commissures des lèvres qui dit je sais. Prêtre sans sermon, sbire sans violence, architecte sur des lunes peut-être, pompier qui renonce à éteindre ses émotions, sinon les plus basses, tu t'instillerais dans la vie comme un vent chaud par une porte entr'ouverte. La violence qu'on t'a faite serait une galette que tu laisserais aux loups, et cependant, tu prendrais le temps de hurler avec eux. Marié à la vie, tu saurais lui faire te suggérer de beaux vêtements spirituels par-dessus tes tuniques pleines de sable. Tu aurais dans ta besace de l'amour de première main à vendre et un miroir craquelé pour te rappeler que tu n'as pas besoin de lui. Tu serais le fier fils d'une étoile qui s'apprête à dévoiler sa position, et cette même étoile pour autant de fils qui te choisiraient.

Crève-cœur le cœur de la ville

L'article de La Presse le dit bien. Au cœur de la ville un coin se meurt.

Je suis un optimiste, je pense que pour chaque lieu qui meurt, un autre, tout aussi intéressant, va renaître.

Mais c'est sûr que ça m'attriste. Beaucoup. Je n'y crois pas vraiment, on dirait. Pas assez.

J'ai une relation très particulière avec ce spot. D'abord, ce fut la BAnQ. Le théâtre de ma solitude et de mes rêveries illimitées et de mes lectures tout près de ses immenses fenêtres. Le cinéma Quartier Latin, où l'on peut souffler dans le noir. Le salon de thé Camellia Sinensis. Mon ex-employeur Vidéotron. La place Dupuis. Le restaurant Commensal, devenu Végo. Le resto Da Giovanni. Le magasin Archambault. Le bar l'Escalier. Le Parchemin. L'UQAM. C'était, ce territoire, mon point névralgique montréalais, l'espace de quelques-uns de mes plus grands amours et souvenirs.

De tout ça, que reste-t-il? Pas beaucoup. Les lieux intéressants tombent comme des mouches.

lundi 6 juin 2022

Après m'être délié les doigts

Ce soir, mon écriture est déconstipée, elle est mouvante, précipitée, belle, enhardie, à fleur de peau, toute de poils hérissés, grotesque, immense, incisive, jazzy, super cool, futée sans être docte. Merci : la colère (et le matcha latte).

S'injecter du thé et du décor

Dans un café, l'oreille transportée par des playlists dont je ne parviens pas à épingler les chansons, un matcha latte qui m'emmousse et me verdit les lèvres, le cerveau guetté par une hypomanie menue, je me dis : il est temps de prendre la vie par les couilles et de lui montrer le chemin.

mardi 20 avril 2021

Bonne chronique de Chantal Guy au sujet de Dany

Je parle de cette chronique.

Voilà, ça m'aurait bien étonné que l'épique gaillard ait changé. Le snobisme parisien ne semble pas l'avoir affecté.

Pour l'anniversaire prochain de mon pote haïtien, je lui ai acheté un livre de Laferrière. L'aurait sans doute trouvé ça weird, vu le contexte culturel et une blague qu'il aurait suspectée, que je lui offre le bouquin dont il est question dans l'article. C'est plutôt L'Odeur du café qu'il va recevoir. Magnifique petit livre plein de vie.

Christ de belle couverture! Légèrement différente de celle qu'a ma version.




samedi 23 novembre 2019

Jean

...voici mon récit à ce sujet :

En entrant dans la place, j'ai fixé Leloup droit dans les yeux, en avançant, comme un cowboy entre dans un saloon, après avoir passé les deux portes battantes à la hauteur des hanches. Quand j'ai réalisé à ma gauche que le café offrait des cupcakes véganes, il a perdu toute mon attention. Quand, pour m'encombrer les mains de serviettes de papier, je me suis approché de sa blonde de vingt-cinq ans (ou de sa fille, ça ferait plus de sens), elle m'a regardé avec des yeux où une scrutation, interrogeant mon identité, était à peine dissimulée derrière un commode charme de façade. À des murmures assortis, je devinais qu'ils évaluaient la possibilité que je sois un artiste local, un cowboy, ou le disc jockey David Guetta.

mardi 8 octobre 2019

Il compte sur ses doigts

Un hippie hirsute bouclé brun à petites lunettes cerclées me demande, dans un café, si je fais de la poésie en solitaire. C'est ça que tu fais, n'est-ce pas ? me demande-t-il en souriant. Il me félicite quand je réponds par l'affirmative. Puis il s'éclipse. C'est ce qu'on appelle quelqu'un de sympathique, mais on appelle aussi le phénomène continuité interactive : il a renforcé mon comportement.