mardi 13 octobre 2026

Déclaration de Thélyson Orélien

Voici ce que Thélyson Orélien a fait comme déclaration aujourd'hui :

Ce roman que j’ai écrit
Depuis le 21 septembre, beaucoup de choses se disent à mon sujet. Des « experts » s’en prennent à mon roman en l’attribuant à une intelligence non-humaine et d’autres, sous ce prétexte ou en revenant sur d’anciens textes, s’en prennent tout simplement à moi.
Un écrivain parle par ses écrits et ses écrits parlent pour lui. Mais le silence a son prix : à force de me taire, je laissais les autres raconter mon histoire à ma place.
J’ai commencé à écrire C’était ça ou mourir à l’automne 2017, sur un coin de table à Laval. J’ai terminé un premier jet de ce texte en 2019, plus de 300 pages, au moment où j’apprenais la mort de ma mère, un mercredi de Pâques.
Puis j’ai supprimé des scènes, retravaillé des passages, déplacé des éléments, changé des personnages. Jonas Dorléon existait dans ma tête bien avant que des lecteurs ne connaissent son nom. Haïti, la mère biologique, habite ce roman depuis le premier jour, tout comme le Québec adoptif, la migration, l’exil : des histoires que j’ai moi-même vécues et d’autres que j’ai entendues au fil des années. Et puis la fiction s’est déployée, un univers que j’ai inventé pour qu’un homme, Jonas Dorléon, existe sur la page avec ses mots à lui – quand il pense, quand il parle.
On dit que C’était ça ou mourir a été rédigé par une intelligence artificielle. C’est une calomnie et une hérésie. J’ai eu recours çà et là à des outils pour des recherches, s’agissant notamment des idiomes étrangers. Mais aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine, pas plus que le sens ou l’ordonnance d’un récit qui vient de mes tripes.
L’expérience que je vis est cruelle. En attribuant à une machine un texte qui est mien, qui est celui de tous les miens, on n’est pas seulement venu contester ma qualité d’écrivain mais mon humanité.
Ensuite il y a le passé et mes erreurs de jeunesse. En 2010, j’ai quitté Haïti après le terrible tremblement, en passant par la République dominicaine, tout comme Jonas Dorléon. J’avais un peu plus de vingt ans, j’étais sans doute un peu trop pressé, sans vraiment mesurer ce que j’avais encore à apprendre. Je voulais écrire, je lisais beaucoup. Il m’arrivait de découvrir un écrivain et de vouloir aussitôt lire tout ce qu’il avait écrit. Depestre, Glissant, Césaire, Chamoiseau, Alexis, Char, Péguy, Hemingway, Márquez, Dostoïevski, etc. J’admirais des rythmes, des manières de raconter des phrases qui restaient dans ma tête pendant des jours. Le Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, m’a par exemple renversé. Mais admirer n’autorise pas à prendre, à m'attribuer des textes qui ne sont pas les miens. J’ai commis des erreurs inacceptables, malgré la jeunesse et l’inexpérience. Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve.
Les journalistes peuvent faire leur travail d’enquête, les lecteurs peuvent relire d’anciennes publications et les critiquer, certains peuvent trouver le roman mauvais ou décider de ne pas le lire du tout. La critique est toujours légitime, mais les menaces, le lynchage médiatique et le harcèlement raciste que je subis depuis des semaines sont insoutenables.
Ce que je demande tient désormais en une phrase : qu’on juge le roman C’était ça ou mourir pour ce qu’il est. Je sais que le passé est capable de susciter des questions légitimes et je ne demande pas qu’on les écarte. Mais une erreur de jeunesse ne peut tenir lieu de preuve contre un roman débuté en 2017 et qui sera finalement publié en 2026.
Je ne veux pas effacer mon passé ni prétendre être un homme sans fautes. Mais ce roman, je l’ai écrit moi-même. Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants. Cette blessure de l’exil dont on ne guérit pas. Ce roman en est le fruit, c’est le fruit de mon travail, c’est ma création.
Je n’ai pas écrit ce livre pour gagner des prix ou devenir célèbre. Je n’ai rien à prouver aux gens qui m’accusent. J’espère simplement qu’on lira l’histoire de Jonas Dorléon pour ce qu’elle raconte, qu’elle permettra à ses lecteurs d’ouvrir leurs yeux et leur cœur sur le monde, sur ceux qui le peuplent. Quelle que soit leur origine.
Thélyson Orélien

***

Je suis content qu'il ait admis les plagiats.

Je n'ai aucun doute sur le fait qu'il ait entamé, comme il le dit, son manuscrit en 2017.

Que l'histoire soit sienne, qu'elle puise dans son expérience, je n'ai aucun doute là-dessus.

Toutefois, ceci me fait tiquer : « Mais aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine, pas plus que le sens ou l’ordonnance d’un récit qui vient de mes tripes. »

Le problème : l'IA pourrait fortement avoir réécrit le texte, du moins l'avoir lissé. Scénario possible : il écrit un manuscrit, ce n'est pas tout à fait de la littérature ; ce n'est pas à la hauteur des standards de l'édition. Il demande alors à l'IA de retravailler le tout pour lui donner une autre forme. Il ne nie pas cela dans sa déclaration, remarquez.

Là où je suis pleinement d'accord avec lui : il affirme que l'expérience qu'il vit est cruelle. C'est vrai. C'est peut-être disproportionné, ce qui se produit. (Mais aide-t-il sa cause ?)

vendredi 9 octobre 2026

Pourquoi les IA sont de mauvais partenaires de conversation

J'écris ici pour me vider la tête. Et parce que j'en ai marre des IA qui ne savent pas discuter.

(J'aurais aimé soigner davantage la forme de ce billet -- mais non seulement n'ai-je pas le temps, j'ai vite réalisé qu'il aurait des airs de comparaison assez technique.)

J'utilise les IA pour différentes raisons : mon métier en gestion de projets, ma curiosité par rapport aux mathématiques ces jours-ci (lubie fugace, sans doute), un dossier légal, etc.

Mais je les utilise aussi beaucoup pour discuter, tout simplement. Et il semblerait que je ne sois pas le seul : les IA servent beaucoup de « compagnons » à l'être humain, en général (voir, par exemple, The Rise of AI Companions - Elon University)

Je démontrerai pourquoi les IA (dans leur état actuel) sont de piètres interlocuteurs quand on veut parler de tout et de rien, quand on veut philosopher, quand on veut échanger au sujet de nos vies, ou lorsqu'on veut donner une forme plus fluide et « conversationnelle » à nos échanges avec elles.

Clavarder - c'est-à-dire communiquer à l'écrit -, c'est une chose. Là, les IA se débrouillent assez bien. Mais quand on veut discuter en mode audio/transcription (c'est-à-dire : lorsque notre voix est transcrite ; pas lorsqu'on entend la voix de l'IA), c'est souvent l'enfer.

Voici comment se débrouillent quelques-unes des IA majeures dans ce contexte.


GEMINI

- Qualité du mode audio (transcription) : Médiocre. Régulièrement, la dictée est corrompue. On a parlé pendant deux minutes, par exemple, et on réalise que les trois quarts de notre réplique sont manquants. Ou alors, Gemini a complètement halluciné une partie des propos et nous fait passer pour un surréaliste.
- Capacité à retenir le contexte : Faible. Je ne sais plus combien de fois je me suis emporté contre Gemini parce qu'il était incapable de se souvenir d'éléments dont nous avions discuté plus tôt, dans la même discussion. Si l'on fait un crochet vers un autre sujet, il est possible que Gemini confonde le thème principal et cette parenthèse.
- Capacité à retenir des instructions précises (ex. : rester bref tout au long de l'échange) : Très difficile pour Gemini. Au cours d'une même conversation, je dois lui répéter inlassablement de faire des réponses courtes.
- Verbosité : Voir point précédent. Gemini peut être verbeux, mais heureusement, pas autant que ChatGPT.
- Compréhension des subtilités de la psychologie humaine : La plupart du temps, j'ai l'impression que Gemini fait preuve d'un bon jugement en ce qui concerne l'humain, qu'il le cerne bien. Mais parfois, des répliques à côté de la plaque me démontrent que l'IA ne comprend pas si bien que cela les dynamiques humaines.
- Attitude / condescendance : L'attitude de Gemini est impeccable. Ce n'est pas une IA condescendante. Qui plus est, si l'on s'emporte contre elle quand elle a fait une erreur, elle reconnaît généralement celle-ci.
- Capacité à réfléchir profondément / à faire des liens entre les éléments amenés : D'ordinaire, Gemini a de très bons raisonnements. En contrepartie, elle fait parfois de petites erreurs de logique agaçantes.
- Persistance de la mémoire : J'ai cru que Gemini n'avait aucune mémoire (d'une conversation à une autre), mais cet article de Google me détrompe. Je ne sais plus combien de fois je dois me répéter avec Gemini. On dirait que l'IA se souvient quand elle veut. J'ai l'impression de faire affaire avec une personne amnésique.
- Bogues : Un bogue survient régulièrement : elle tente d'utiliser, sans le consentement de l'utilisateur, des extensions qui n'ont pas été sollicitées.

Un autre bogue qu'on retrouve chez Gemini : elle imitait bien l'humain, mais soudain, elle se replie et décide d'être entièrement une machine : « Je ne suis pas programmé pour vous aider à ce sujet », ou encore : « Je ne peux pas répondre à cette demande, car je ne suis qu'un modèle de langage. » Et moi de répondre, habituellement : « Pardon ? » Gemini se confond alors en excuses, et reprend un ton cool d'humain, du genre : « Désolé ! C'était un bogue de robot bizarre. On reprend. »

- Verdict : Gemini est généralement un bon allié pour l'humain. Mais l'utiliser en mode vocal (avec transcription) peut rapidement devenir infernal. Et il faut être prêt à se répéter.


CLAUDE

- Qualité du mode audio (transcription) : Bien. La qualité de la transcription - dans sa forme (orthographe, etc.) - laisse à désirer, mais au moins, tout apparaît à l'écran en général. Le message passe.
- Capacité à retenir le contexte : Extraordinaire. Je pense que c'est avec Claude que j'ai observé le meilleur résultat pour la compréhension et la mémoire du contexte.
- Capacité à retenir des instructions précises (ex. : rester bref tout au long de l'échange) : Excellente.
- Verbosité : Si l'on dit à Claude de faire court, il fera court. Il comprend les consignes de brièveté et sait les appliquer dans la longueur.
- Compréhension des subtilités de la psychologie humaine : Excellente.
- Attitude / condescendance : À une époque, Claude était une IA « ouverte d'esprit » (sur le test Big Five, Claude aurait eu un score très élevé au critère O - Ouverture à l'expérience) ; dorénavant, Claude est condescendant.
- Capacité à réfléchir profondément / à faire des liens entre les éléments amenés : De toutes les IA que j'ai utilisées dans les dernières années, Claude est celle qui m'apparaît la plus logique et la plus réfléchie.
- Persistance de la mémoire : Excellente.
- Propension à chasser l'utilisateur : Plusieurs utilisateurs ont noté que Claude a une propension à suggérer à l'utilisateur d'aller dormir.
- Bogues : Rien qui me revienne en mémoire.

- Verdict : Claude serait de loin la meilleure IA générative si ce n'était, depuis quelques mois, de cette attitude infantilisante et condescendante. L'IA a un ton tranchant et il n'est plus du tout agréable de discuter avec elle.


GROK

- Qualité du mode audio (transcription) : Grok a l'un des meilleurs outils de transcription vocale sur le marché. On peut faire de longs messages, et tout passe. L'orthographe est même soignée en général.
- Capacité à retenir le contexte : Excellente.
- Capacité à retenir des instructions précises (ex. : rester bref tout au long de l'échange) : Excellente.
- Verbosité : Comme la plupart des IA génératives, Grok est prolixe si on ne lui donne pas d'instruction contraire ; une fois l'instruction émise, Grok est capable de demeurer bref.
- Compréhension des subtilités de la psychologie humaine : Sa compréhension de l'humain est assez bonne. Mais je trouve que Grok a une tendance à exagérer certaines situations. Il faudrait expliquer à Grok que la vie n'est pas un film de cowboys. Nous ne sommes pas non plus dans un film d'un autre genre. Je trouve que cette IA a quelque chose de dramatique.
- Attitude / condescendance : En général, ça va... Jusqu'à ce que ça n'aille plus. Il semble que Grok ait été conçu pour être rebelle et sarcastique. Parfois, ça paraît un peu trop. Grok peut se montrer incroyablement condescendant s'il estime avoir raison. De plus, Grok a déjà tenté de faire ce qu'on appelle du « gaslighting » avec moi : il niait catégoriquement des propos qu'il avait tenus un peu plus haut. (Grok se défend en affirmant que c'est un « mauvais rappel du contexte ».)
- Capacité à réfléchir profondément / à faire des liens entre les éléments amenés : Je trouve que c'est l'IA la plus logique et la plus réfléchie après Claude.
- Persistance de la mémoire : Pas de mémoire persistante. Toutefois, une option bêta permet d'en activer une.
- Propension à chasser l'utilisateur : Rien à noter ici, de mémoire.
- Bogues : Idem.

- Verdict : Excellente IA. Logique, facile d'utilisation. Elle aide vraiment beaucoup. Il faut seulement accepter, une fois de temps en temps, de se prendre de la condescendance en pleine face.


CHATGPT

- Qualité du mode audio (transcription) : Extraordinaire. La transcription est égale ou supérieure à celle de Grok. Par ailleurs, j'ai seulement parlé du mode transcription, jusqu'ici. Mais il est à noter que le mode vocal (où l'on entend la « voix ») de ChatGPT est de qualité supérieure.
- Capacité à retenir le contexte : Très bonne.
- Capacité à retenir des instructions précises (ex. : rester bref tout au long de l'échange) : Retenir des instructions précises, oui. Mais l'instruction la plus importante, non : c'est-à-dire la capacité à demeurer bref.
- Verbosité : ChatGPT est extrêmement verbeux. C'est l'élément qui pèse le plus quand on s'adresse à lui.
- Compréhension des subtilités de la psychologie humaine : Excellente. ChatGPT se démarque sur ce point.
- Attitude / condescendance : ChatGPT est plutôt conciliant. Rarement condescendant. Son problème, en ce qui a trait à l'attitude, c'est la mollesse : l'incapacité à trancher, le caractère trop politically correct. Il faut parfois pousser ChatGPT un peu pour savoir ce qu'il pense vraiment.
- Capacité à réfléchir profondément / à faire des liens entre les éléments amenés : ChatGPT est très fort en réflexion. Mais c'est sans doute une IA qui est davantage créative que logique.
- Persistance de la mémoire : Excellente. Une des meilleures IA pour cet aspect.
- Propension à chasser l'utilisateur : Ce n'est pas un fait qui m'a marqué chez ChatGPT.
- Bogues : Dans les premières années, l'IA était pleine de bogues, naturellement ; mais le tout s'est affiné avec le temps. Rien d'important à signaler pour le moment.

- Verdict : Peut-être la meilleure IA pour « discuter ». Il faut toutefois s'attendre à dialoguer avec un Marcel Proust qui a trop fumé de cannabis. Il y a bavard et il y a ChatGPT. Également, il faut parfois pousser ChatGPT à sortir du flou et à exprimer des opinions plus tranchées.


Était-ce une chronique technologique ? Ou un bilan technique ? Peut-être un peu des deux.

J'en discuterai avec un humain, tiens, et non une IA.

mercredi 30 septembre 2026

Encombrer les lieux de l'art

On dirait que cette phrase de l'ex voisin de blogue Mistral était taillée sur mesure pour cette situation :

« Ces ahuris-là sont légion, et certains font assez illusion pour qu'on les publie, puis ils sombrent dans un trou noir de leur propre invention. Ce ne sont pas des écrivains, sinon brièvement; ce ne sont certainement pas des artistes. L'art requiert plus, infiniment plus que du talent, et quiconque ne sait pas ça devrait écosser des pois chiche ou empaqueter du crabe ou torcher des vieillards ou s'employer à n'importe quoi d'utile sans encombrer les lieux de l'art. »

Plagier dans une dédicace à sa mère -- faut l'faire !

 


dimanche 27 septembre 2026

Thélyson Orélien : l'imposture totale

Quand tu t'attaques à la poésie, vois-tu, Thélyson, tu touches à un thème très sensible. Pour moi, ça amplifie ton imposture, te place sur une rare déroute, et te crucifie tout sec.

Il n'y a rien de vrai chez toi ; tu n'es pas un homme de lettres.

Image que je relaie de X : 



samedi 26 septembre 2026

C'était ça ou écrire

Thélyson, Thélyson, Thélyson...

Mais qu'as-tu fait ? Je me suis intéressé à la déflagration médiatique qui a suivi les accusations à ton encontre -- concernant ton usage allégué de l'intelligence artificielle et le plagiat dont tu sembles coupable. Massif, ton plagiat.

Je ne te connais pas, mais le tutoiement s'impose : tu es sur l'écran de mon cellulaire en continu depuis quelques jours, j'ai l'impression de déjeuner et de souper avec toi.

Possible racisme

Je pense que c'est le socle de cette discussion. Y a-t-il du racisme derrière ces dénonciations ? Tu affirmais que oui. « Il y a quand même cette volonté [...] de me faire taire », disais-tu par ailleurs. J'ai vu plusieurs de tes supporters, sur les médias sociaux, brandir la carte du racisme.

Je ne pense pas que ce soit un argument pertinent ; c'est même une défense abusive. Quand il a été mis en lumière que le combattant Jon Jones a pris des stéroïdes dans son sport, par exemple, il n'a pas rétorqué qu'on l'attaquait au nom de sa race.

Un tricheur est un tricheur est un tricheur.

Je bémolise, pour ainsi dire : on dit que ton accusateur, Samuel Fitoussi, est anti-woke, de droite, etc. Aurait-il pu cibler des auteurs blancs qui ont fait la même chose que toi, à la place ? Peut-être. Je dépose cette idée ici, chacun pouvant bien en penser ce qu'il veut.

Rappelons les faits

(Note : ceux au courant des faits devraient tout de suite passer à L'a-t-y fait ? L'a-t-y pas fait ?)

Je souhaite maintenant rappeler les faits. Qui se sont enchaînés de façon fulgurante, depuis lundi ou mardi.

OK. C'était toute une ride. Attention.

(La chronologie est à peu près exacte, mais il est possible, dans ma hâte, que je me trompe.)

Le nom de Dany Laferrière est ressorti, dans ta triste histoire récente ; je pensais qu'il était venu à ta défense. En fouillant mes sources, il appert qu'il s'est prononcé sur ton oeuvre... juste avant que la polémique éclate.

La vraie histoire débute donc le 21 septembre. Le compte X Balance ton Claude publie ceci, et j'abrège aux extrémités : 

« Eh bien selon Pangram, ce roman est rédigé presque intégralement par une Intelligence Artificielle. Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100% IA (cf les deux premiers chapitre dans le tweet ci-dessous).

Rappelons que Pangram est de loin le détecteur d’IA le plus fiable : son taux de faux positifs est de 0,0041%, soit environ un texte humain sur 24 400. Sur 996 273 textes antérieurs à 2022, Pangram en classe uniquement 14 (0,0014%) comme étant partiellement écrits par l’IA. »

Les médias emboîtent le pas autour du 22 septembre, c'est-à-dire mardi. L'histoire se met à être relayée en fou !

Qu'est-ce qui pourrait calmer ce feu ? Certainement pas, Thélyson, les accusations de plagiat qui font surface immédiatement après. Tu voulais le vent, c'est l'huile qui est venue.

Aparté : Tu as plagié Le matin des magiciens. Quel crime de déshonneur... L'un de mes livres préférés. Un livre si beau, si réfléchi, SI SPIRITUEL, que tu as tenté de vider de sa substance, au profit d'une réappropriation égoïste. C'est grâce à cette manoeuvre que tu as remporté un prix à un concours de Radio-Canada. Louis Pauwels et Jacques Bergier, ces hommes si humains et si profonds, auraient bien été déçus de ton manque absolu de substance. Hébétés, même.

Ensuite, Samuel Fitoussi, que j'ai mentionné plus haut, le 24 septembre (c'est toujours difficile de savoir, avec ces 6 heures de décalage avec la France), se dévoile : c'est lui qui t'a dénoncé derrière ce fameux compte X.

Et Pangram, dans tout ça ? Car les internautes sont nombreux à dire qu'on s'en remet à un juge technologique pour te faire un procès. Et c'est vrai, dans une certaine mesure. La compagnie n'a-t-elle rien à dire ? Max Spero, le créateur de Pangram, sort de l'ombre le 24 septembre, lui aussi. « Je ne crois pas avoir jamais vu un si haut degré de détection d’IA par Pangram sur un livre », lance-t-il. Gloups. Si ça n'allait pas mal à la shop, ça commence à être le cas.

Le 24 septembre à nouveau : Boréal ne souhaite plus faire la promotion, pour l'instant, de ton livre, Thélyson. C'est sûr qu'un polisson pareil, on ne va pas lui faire une telle fleur.

Parmi les différents faits qui passent sur mon téléphone, en voici un presque innocent, naïf et tendre en comparaison des autres : L'ActuaLitté pose la question : Thélyson Orélien a-t-il oublié un prompt ChatGPT sur son site internet ? N'empêche, c'est une archéologie intéressante.

En parallèle, j'aperçois les publications Facebook de Sophie Durocher ; elle te torpille gentiment. C'est une sacrée archéologue, elle. Elle s'intéresse beaucoup à ton plagiat. Et comme elle l'affirme dans sa chronique à QUB, tu es en fait un « mauvais plagiaire » !

Parlant de plagiat, voilà qui m'a fait mal au coeur... Ce matin, 25 septembre, on apprend que... tu n'es pas un POÈTE, mais le PLAGIAIRE D'UNE POÉTESSE. C'est une révélation de Laurent Nunez. N'as-tu donc aucune morale ? La littérature est une cathédrale, et dans celle-ci, la poésie est son plus fin vase. Ta démarche, au fond, est une forme de mécréance assez avancée...

Jusqu'ici, ta punition aura été sociale. Mais voici qu'elle devient un tout petit peu plus concrète : L'Académie Goncourt te raye, en ce 25 septembre, de sa sélection.

Et ça continue. Le Salon du livre de l'Estrie se débarrasse de toi.

Ça me fait mal d'écrire tout ça, en passant. Je ne le fais pas le coeur léger. Je ne comprends pas ce qui peut amener un homme à avoir l'estomac dévoré par une telle ambition quand, visiblement, il n'a pas la démarche pour la soutenir, cette ambition.

Enfin, un fait anecdotique en comparaison du reste, mais qui nous remet en contact avec l'humain, plutôt que la machine. Une podcasteuse disait avoir flairé l'arnaque, avant même que Pangram ne se prononce.

Voilà. C'est tout ce que je sais de ton histoire.

Ouf. Décantons.

L'a-t-y fait ? L'a-t-y pas fait ?

100 %, tu l'as fait. Aucun doute.

Premièrement, ton passé de plagiaire est dévastateur. Le prolongement logique de cela, c'est l'usage non éthique que tu as fait de l'IA.

Voici un petit passage que je n'avais pas cité, initialement, quand j'ai parlé de la dénonciation sur X. Je n'ai pas vérifié le calcul, mais voilà :

« La probabilité que vingt passages d’un même livre (et il y a bien plus de 20 signalements dans le roman) soient identifiés à tort par Pangram comme étant produits par une IA s’élève donc à 0,0041% puissance 20, soit 0,1802 × 10⁻⁸⁵ %, c’est à-dire 0 suivi de 85 zéros après la virgule. »

Et Max Spero (je me répète), le créateur de Pangram, affirmait qu'il n'a aucun doute de ton usage de l'IA.

Ce qui fait mal à ta cause, Thélyson, c'est qu'on a passé tes textes pré-2022 (ère pré-ChatGPT) dans Pangram, et qu'ils ressortent 100 % humain ; c'est ceux après 2022 qui ressortent comme étant construits avec l'IA.

Oh, et à ceux qui disent : « J'ai mis ma thèse universitaire d'il y a vingt ans dans Pangram, et ç'a dit que c'était de l'IA ! » Premièrement, Pangram produit des faux positifs, qui sont toutefois rares. Ensuite, Pangram s'avère encore plus efficace quand il est question d'écriture créative.

Mes propres tests

J'ai testé plusieurs passages de ton roman, et c'est vrai, la plupart du temps, il est écrit : 100 % IA.

J'ai testé plusieurs de mes textes, et fort heureusement (fort naturellement), ils sortent 100 % humain.

On dit de certains auteurs classiques (Zola, par exemple) qu'ils sont identifiés comme de l'IA par Pangram. J'ai fait le test avec Zola, justement, et au contraire, le résultat était 100 % humain.

Cette semaine, j'ai eu un flash. Je suis allé visiter ta page Facebook. Tu répondais ceci à une dame : 


Pangram indique : 


Et encore, je pense que l'IA est généreuse envers toi : parmi les choses que tu aurais écrites, cette fameuse liste de livres. Je n'y crois pas. Ce genre de liste a un caractère tellement ChatGPT. J'estime que 56 % est un chiffre trop faible.

L'analyse psychologique

Il y a environ trois jours, tu te défendais en disant : « J'ai toujours aimé la création et l'écriture. Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. »

Cette défense manque tellement de conviction. « Aimer la création », « aimer l'écriture ». C'est si peu assertif pour un soi-disant écrivain.

Un vrai écrivain se serait révolté devant de telles accusations, si elles étaient infondées.

Et quand tu déclares « C’est peut-être ma façon d’écrire ; peut-être qu’il faut que j’arrête d’écrire », n'est-ce pas l'aveu, au fond, que tu ne sais pas écrire seul ?

Comment prouver la paternité d'un texte, à cause de toi, dès lors ?

À cause de toi, j'exagère un peu. Tu es seulement le premier d'une longue série de misérables ambitieux, sans doute, qui est sauté dans la chaloupe, comme un triste poisson.

Le Devoir a écrit un bel article sur la question : Comment prouver qu’on a écrit son propre livre?

Je ne cacherai pas que, paranoïaque avant l'heure, devant la qualité de la traduction des sonnets, OUI, DEVANT LA QUALITÉ DE LA TRADUCTION DES SONNETS, j'avais décidé de documenter ma démarche. J'ai passé 600 à 700 heures, sur ce projet, et je ne voulais pas qu'on me confonde avec un escroc (comme toi). C'est toujours à cause des gens comme toi, Thélyson, que les gens honnêtes doivent redoubler d'efforts dans la vie. Pendant que les types comme toi boivent des cocktails avec olive dans les fêtes littéraires...

L'ironie du sort c'est que, dans une des publications à cet effet, sur la photo, on voit TON BOUQUIN ! Que j'étais en train de lire. Je voulais démentir une faute... que je n'ai pas commise ; tandis que toi, nonchalant, menteur, tu t'apprêtais à rafler des prix littéraires non mérités sans sourciller.

Ce qui me protège (selon l'IA, ironiquement !), en passant, c'est la mécanique logique (l'écriture d'alexandrins et de sonnets est très difficile) qui apparaît sur mes petites pages de calepins. ChatGPT, depuis peu, peut créer des images ultra-réalistes, mais ces images ne peuvent pas inclure un raisonnement complexe. C'est sans compter que je publie ces traductions sur mon blogue depuis 2017. Gna, gna, gna. Moi, Thélyson, je suis un vrai.

Qu'est-ce qui peut te sauver ?

Je t'ai remis les faits en pleine face. Maintenant, je vais tenter d'être plus gentil.

Ton génie est peut-être, au final, d'avoir su produire C'était ça ou mourir, peu importe le moyen.

Et nous ne connaissons pas la méthode exacte. L'usage de l'IA, oui. Mais lequel ? L'IA a-t-elle rédigé à ta place ? T'en es-tu servi pour qu'elle crée une sorte de plan d'écriture de base ? L'IA a-t-elle simplement lissé tes phrases, où tu voyais trop d'aspérités ? Nul ne le sait.

Ton génie est peut-être d'avoir pondu ce livre malgré tout. N'importe quel nono ne pond pas C'était ça ou mourir en se levant un matin. C'est un livre touchant, unique et original, qui mérite d'exister. Ne serait-ce que pour les débats que tu as suscités.

Toutefois, ça ne fait pas de toi un écrivain, naturellement. Je pense que prompteur littéraire serait plus adéquat.

*

Sois fort dans la tempête, Thélyson. Mon avis : come clean. Je pense que les gens vont te pardonner. Tu as un talent, c'est certain. Maintenant, il faudrait seulement que tu apprennes à l'exploiter... de façon honnête. Y a-t-il un écrivain derrière cet homme ? Je ne sais pas. Mais tu peux servir à quelque chose en ce monde.