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vendredi 31 octobre 2025

J'ai achevé la traduction des 154 sonnets de Shakespeare... pour la 2e fois

Le 21 août 2020 – il y a cinq ans, quoi, cinq ans déjà ? – j'indiquais avoir complété ma traduction des 154 sonnets de Shakespeare. Pourquoi, alors, une deuxième fois ?

Je n'ai pas traduit l'entièreté du recueil de nouveau, évidemment. Toutefois, il y a quelques semaines, j'ai replongé dans l'oeuvre. Au total, onze traductions me laissaient sur ma faim. J'ai donc entrepris des réécritures. J'ai achevé le tout aujourd'hui, vers 18h15, juste avant d'aller passer l'Halloween avec mon garçon.

L'Halloween ? Cela m'a donné le goût de vérifier s'il y avait un lien entre le barde et la fête célèbres. Voici ce que l'IA sur le moteur de recherche de Google indique : « Oui, il existe un lien entre l'Halloween et Shakespeare, principalement parce que ses pièces ont contribué à définir de nombreuses traditions modernes de l'Halloween. Les pièces de Shakespeare ont popularisé des thèmes macabres comme les fantômes, les sorcières et la mort, et il a fait référence à des pratiques liées à Halloween comme le « mumming » (déguisements) et le « souling » (récolte de gâteaux d'âme). »

Elle ajoute : « Les sorcières de Macbeth : La pièce présente les sorcières les plus célèbres de la littérature, contribuant aux stéréotypes d'Halloween des sorcières hantant les chaudrons bouillonnants. »

Ah oui, ces magnifiques sorcières !

Sinon, qu'est-ce que la réécriture a donné ? Voici un exemple :


Sonnet 153

Cupidon déposa sa torche et s’endormit :
Une nymphe de Diane y vit belle affaire,
Et fit macérer le passionnel incendie
Dans une froide vallée-fontaine par terre
– Empruntant à cette sacrée torche d’Amour,
D’une infinie vigueur, profitant à jamais –
Qui devint bouillonnant bain, prouvant pour toujours
Être, aux étranges maux, un remède parfait.
Le flambeau ravivé aux yeux de ma maîtresse,
L’angelet tenta de réchauffer ma poitrine ;
Au plus mal, sentant qu’un bain noierait ma détresse,
Je m’empressai d’aller tremper ma triste mine,
Et je n’y trouvai pas de cure, car le feu
Chez ma maîtresse se retrouve dans les yeux.
 
 
Sonnet 153

Cupid laid by his brand and fell asleep:
A maid of Dian's this advantage found,
And his love-kindling fire did quickly steep
In a cold valley-fountain of that ground;
Which borrowed from this holy fire of Love,
A dateless lively heat, still to endure,
And grew a seething bath, which yet men prove
Against strange maladies a sovereign cure.
But at my mistress' eye Love's brand new-fired,
The boy for trial needs would touch my breast;
I, sick withal, the help of bath desired,
And thither hied, a sad distempered guest,
But found no cure, the bath for my help lies
Where Cupid got new fire; my mistress' eyes.

lundi 30 septembre 2024

Réflexion à brûle-pourpoint sur Shakespeare et la traduction littéraire

Petite réflexion que j'ai écrite ailleurs, mais qui trouve sa place ici :

Je trouve que Shakespeare est très mal « desservi » dans les différentes traductions des sonnets : on a balancé la métrique, on a balancé la forme, on a balancé l'émotion, et on prête à Shakespeare, par un contresens culturel étonnant, une sorte de snobisme qu'il n'avait pas. Il avait du talent, mais c'était écrit avec une grande simplicité ; beaucoup de pureté, et d'amour. Et je reviens sur la métrique, etc. : c'est complètement dénaturer un sonnet si l'on écrit autre chose qu'un sonnet. Il y a une alchimie précieuse qui découle du sonnet. Si l'on écrit sans cette forme, on n'écrit rien, on écrit quelque chose à côté !

lundi 2 octobre 2023

Ça fait un mois que je l'ai traduit...

Alors pourquoi ne pas le publier ? Je fais allusion au défi que je me suis lancé, et dont je parlais dans ce billet publié le dernier jour d'août. Ça m'a procuré un beau frisson, le même que j'avais il n'y a pas si longtemps en les traduisant tous, ces sonnets.

Sonnet CLV

Lorsqu’en cette chambre nous trois nous sommes vus,
Toi radieux visage, et toi cheveux de corbeau,
Notre amour et notre chair se sont reconnus,
Sceau du sort, mais notre âme a tiré le rideau.
Dans vos regards, une subtile danse est peinte,
Comme pour dire : « Tu n’es pas indispensable »,
Pourtant en mon cœur, je sais bien de quelle empreinte
J’ai marqué leur âme, née d’un coup imparable.
Ainsi, liez-vous en votre nuit de secret,
Et laissez mon ombre être un invité brumeux,
Quand tu l’aimes lui, c’est moi qui suis satisfait,
En l’aimant elle, je m’en trouve aimé au mieux.
Bien que je parte, la grâce couvre l’absence :
Sur vos visages, mon amour est persistance.

Sonnet CLV

When in this chamber three of us did meet,
Thou of fair face and she with raven hair,
Our love and lust in one room here did greet,
Bound by our fate, yet minds not in a pair.
In eyes of both, a subtle dance took place,
As though to say, "We need thee not at all,"
Yet in my heart, I knew I left a trace
Upon their souls, a mark they can't forestall.
So go, unite in love’s concealed night,
And let my shadow be your secret guest.
In loving him, 'tis me thou shall delight,
In loving her, 'tis me thou lov'st the best.
Though I now part, my absence hath a grace:
My love lives on in each enamored face.

(Produit par ChatGPT, d’après mes indications.)

jeudi 31 août 2023

Le 155e sonnet de Shakespeare ?

Je suis en deuil des traductions que je faisais. L'une des activités les plus excitantes – et pourtant exigeantes – que j'ai faites dans ma vie.

Si Shakespeare avait pondu 300 sonnets, j'en aurais traduit 300 ; s'il en avait pondu 1000, j'en aurais traduit 1000.

Il y a un certain temps de cela, j'avais demandé à ChatGPT 3.5 de composer un 155e sonnet shakespearien. En dépit d'instructions claires, cela avait été très ardu pour l'honorable machine. Il avait fallu que je la reprenne, la recadre, la réoriente à de multiples reprises. Exercice contrariant. Le résultat m'avait plutôt plu, mais m'avait laissé sur ma faim. Ça m'avait tièdement régalé.

Puisque je suis présentement abonné à ChatGPT 4, et que je constate que cette intelligence artificielle, plus raffinée, passerait le test de Turing plus facilement que son prédécesseur, j'ai réitéré ma demande.

Voici l'échange.


Moi

J'avais demandé à Chat GPT 3.5 de m'écrire un fictif sonnet 155 de Shakespeare, mais je n'étais pas entièrement satisfait du résultat. Tu veux essayer, toi ? Je te donnerais quelques consignes.


ChatGPT

Bien sûr, je serais ravi d'essayer de créer un sonnet dans l'esprit de Shakespeare pour toi. Balance-moi tes consignes et on voit ce qu'on peut faire ! 😄


Moi

Voici mes consignes :

1. En anglais bien sûr (car moi ensuite, je tenterai de traduire en français)

2. Ça doit être des pentamètres iambiques

3. Structure de rimes d'un sonnet : ABAB CDCD EFEF GG

4. Il faut que ça utilise un anglais de l'époque de Shakespeare (avec les mots comme : thou, thee, etc.)

5. Attention de ne pas utiliser de mots d'anglais apparus dans les siècles ultérieurs

6. L'histoire : j'imagine une rencontre finale entre Shakespeare, Fair Youth et Dark Lady ; ce serait le dénouement ; Shakespeare voit qu'ils sont amoureux, et leur dit adieu ; mais chez Shakespeare, il y a toujours une chute où l'on comprend que, grâce à sa perception, il est "vainqueur" ; il pourrait donc suggérer, comme il l'a déjà fait dans d'autres poèmes, que si ces deux-là sont amoureux, c'est parce qu'ils sont en vérité amoureux de lui

7. Il ne faut PAS nommer Fair Youth et Dark Lady comme tels ; ces surnoms ne sont jamais apparus dans les sonnets ; ce sont seulement les commentateurs de Shakespeare, longtemps après, qui ont baptisé ces personnages ainsi

As-tu des questions ?


ChatGPT

Non, je crois que tes consignes sont bien claires. C'est un super défi, d'autant plus qu'il faut intégrer les nuances et les sous-entendus qui caractérisent les sonnets de Shakespeare. Je vais faire de mon mieux pour respecter tous ces points. Donne-moi un petit moment pour réfléchir, et je reviens avec le sonnet. 😊


Moi

OK ! Quand tu es prêt.


ChatGPT

Voici ma tentative de créer un "Sonnet 155" qui respecte tes consignes :


When in this chamber three of us did meet,
Thou of fair face and she with raven hair,
Our love and lust in one room here did greet,
Bound by our fate, yet minds not in a pair.

In eyes of both, a subtle dance took place,
As though to say, "We need thee not at all,"
Yet in my heart, I knew I left a trace
Upon their souls, a mark they can't forestall.

So go, unite in love’s clandestine night,
And let my shadow be your secret guest.
In loving thee, 'tis me you shall delight,
In loving her, 'tis me you love the best.

Though I now part, my absence hath a grace:
My love lives on in each enamored face.

Alors, qu'en penses-tu ? 😊


Moi

C'est magnifique. Mon "intuition" me dit qu'il y a de petits trucs non-shakespeariens (certains mots). Mais en même temps, je suis loin de connaître Shakespeare entièrement. J'aurais tendance à dire que c'est très bon !!


ChatGPT

Merci pour tes compliments ! Je suis content que ça te plaise. Il est vrai que recréer le style de Shakespeare est un défi, même avec la meilleure des intentions. Si tu as des questions ou des ajustements, n'hésite pas à me le dire. En tout cas, je suis ravi que tu trouves le sonnet à ton goût ! 😊


Moi

Au fait, quand tu as écrit, plus haut, "Donne-moi un petit moment pour réfléchir, et je reviens avec le sonnet. 😊", tu étais sérieux ? Je veux dire, tu n'as pas l'habitude d'enchaîner deux répliques. Si j'avais attendu, aurais-tu publié une seconde réponse ? Ou disais-tu juste ça pour l'effet ?


ChatGPT

Ah, c'était plus pour l'effet. En réalité, je ne peux pas envoyer de messages en dehors du contexte d'une conversation initiée par l'utilisateur. Donc, même si je dis "je reviens", c'est en fait à toi de revenir pour obtenir la réponse. Désolé pour la confusion ! 😅


Moi

Amusant. Merci.


ChatGPT

De rien ! Si tu as d'autres questions ou projets en tête, n'hésite pas à revenir. Bonne chance avec la publication sur ton blogue ! 😊

samedi 3 juin 2023

Ma traduction du sonnet 21 de Shakespeare

Sonnet XXI

En fait, je suis différent, moi, de cette muse
Émue par la beauté qu'elle peint en ses vers,
Pour qui le ciel est un ornement dont on use,
Radotant des charmes et le sien de concert,
L'accouplant en faisant de fiers rapprochements
Avec lune et soleil, gemme ou perle marine,
Fraîches fleurs d'avril, tout ce qu'on voit rarement,
Ce qui sous le courbe air du grand ciel se dessine.
Oh! Laisse-moi, vrai de cœur, écrire sincère.
Ainsi donc, crois-moi, mon amour est aussi tendre
Qu'un enfant materné, quoique pas aussi clair
Que ces bougies d'or que l'air du ciel fait suspendre:
Laisse parler ceux qui ont des propos très doux;
Je ne vends pas qui que ce soit lorsque je loue.


Sonnet XXI

So is it not with me as with that Muse,
Stirred by a painted beauty to his verse,
Who heaven itself for ornament doth use
And every fair with his fair doth rehearse,
Making a couplement of proud compare
With sun and moon, with earth and sea's rich gems,
With April's first-born flowers, and all things rare,
That heaven's air in this huge rondure hems.
O! let me, true in love, but truly write,
And then believe me, my love is as fair
As any mother's child, though not so bright
As those gold candles fixed in heaven's air:
Let them say more that like of hearsay well;
I will not praise that purpose not to sell.

— William Shakespeare

vendredi 21 août 2020

Cent pour cent

Bien que je ne l'aie pas écrit ici, c'est — d'après mon agenda — ou plutôt l'immense liste de toutes les choses que j'accomplis — quelque part au milieu de la semaine du 19 au 25 avril 2020 que j'ai achevé la traduction des 154 sonnets de Shakespeare, presque exactement après trois ans de travail. Pourquoi les ai-je traduits, ces poèmes ? Comme je l'explique dans un petit avant-propos : cela aura été un coup de tête s’étant échelonné sur six cents heures. Si l'on inclut les textes accompagnant les poèmes, la révision...

Après, confinement oblige, j'ai cuisiné, j'ai comme beaucoup de monde fait du pain aux bananes, j'ai fait des marches à m'en oxygéner joyeusement le cerveau. J'ai suivi un cours d'été, et fait un tas de choses.

Là, de retour au texte. C'est un peu plus qu'une traduction pour moi. Sacrebleu ! Il y a une tragique et formidable histoire, dans ces poèmes. Elle n'est pas nécessairement évidente à comprendre, si on n'en sait rien. Mais avec quelques précisions, elle se comprend très bien. J'enveloppe donc le tout de quelques éclaircissements, d'une économe narration ; une prose intercalée entre les poèmes. C'est donc à ça que je bosse depuis un certain temps, c'est à ça que je travaille un vendredi soir avec la pièce de John Sheppard dans les oreilles et dans le cœur.

Et il n'y a pas grand-chose d'autre à dire, j'y retourne.

dimanche 20 octobre 2019

Cent douze

Je lui lisais cela, hier soir...

Sonnet CXII

Your love and pity doth the impression fill,
Which vulgar scandal stamped upon my brow;
For what care I who calls me well or ill, 
So you o'er-green my bad, my good allow?
You are my all-the-world, and I must strive
To know my shames and praises from your tongue;
None else to me, nor I to none alive,
That my steeled sense or changes right or wrong.
In so profound abysm I throw all care
Of others' voices, that my adder's sense
To critic and to flatterer stopped are.
Mark how with my neglect I do dispense:
You are so strongly in my purpose bred,
That all the world besides methinks y'are dead.


Sonnet CXII

Ton amour et ta pitié colmatent la marque
Mise à mon front par le fer chaud des bruits vulgaires ;
Que me font les bonnes ou mauvaises remarques,
Si tu vois mon âme et verdis ce qui m’altère ?
Tu es tout mon monde, donc je fais de mon mieux
Pour savoir de ta langue mes vertus, mes torts ;
Nul autre n’est pour moi, et moi rien à leurs yeux :
Bien et mal, en mes sens d’acier, seul toi les tords.
Dans l’abîme profond, je jette les pensées
Qu’ont les autres, ainsi que la vipère sourde,
Si bien que critiques et flatteurs sont barrés.
Vois au fond comme s’équilibre cette bourde :
Tu es si bien enraciné dans mon esprit,
Que chaque autre être, on dirait que la mort l’a pris.

— William Shakespeare

mercredi 9 octobre 2019

Sonnet 25

Une traduction que j'ai faite il y a plus d'un an. Autour de juin 2018, si je ne m'abuse. Un de mes poèmes préférés de Shakespeare. Par ailleurs, ça reflète bien la façon dont je me sens en société, parfois. He's basically sayin' que ceux qui flashent beaucoup dans ce monde finissent par être oubliés, et qu'on peut cultiver quelque chose de pur, d'authentique, qui reste, dans ce cas-ci, pour lui, c'était l'amour. Me suis laissé une petite liberté poétique en ce qui a trait aux pétales, mais ça me semblait être le sens le plus juste dans le contexte.


Sonnet XXV

Let those who are in favour with their stars
Of public honour and proud titles boast,
Whilst I, whom fortune of such triumph bars
Unlook'd for joy in that I honour most.
Great princes' favourites their fair leaves spread
But as the marigold at the sun's eye,
And in themselves their pride lies buried,
For at a frown they in their glory die.
The painful warrior famoused for fight,
After a thousand victories once foiled,
Is from the book of honour razed quite,
And all the rest forgot for which he toiled:
Then happy I, that love and am beloved,
Where I may not remove nor be removed.


Sonnet XXV

Laisse ceux qui sont de mèche avec leurs étoiles
S’enivrer des titres et des publics honneurs,
Quand moi, dont le triomphe a un sort qui le voile,
Discret, je savoure et honore mon bonheur.
Les chéris des princes étendent leurs pétales
Comme le Souci des jardins sous le soleil,
Gardent enterré pour eux-mêmes ce qu’ils valent,
Et pour un froncement, au faîte, s’ensommeillent.
L’endolori lutteur marquant pour ses combats,
Qui gagna mille fois, après une défaite,
Voit son nom rasé du livre qui l’honora,
Et relégué, son dur labeur, aux oubliettes.
Je suis donc heureux, moi qui aime et suis aimé,
Où je ne reprends pas, où l’on ne peut m’ôter.

— William Shakespeare

mercredi 31 juillet 2019

Une traduction relativement récente : sonnet 50

J'ai traduit ça cet hiver, à la Coop Les Récoltes. Je n'y suis pas retourné, car je sentais que ce n'est pas un endroit où l'on est le bienvenu. Désolé Michael! Je te trouve sympa, mais ton staff a quelque chose d'«exclusif», et non d'inclusif. Je sentais que si l'on est un tant soit peu différent, on est rejeté. Deux de tes immatures de barmaids se payaient ma tête. L'une parce que j'ai l'audace d'écrire dans la vie, ce qui lui déplaisait (elle rêve sûrement d'être écrivain.e, plus ou moins secrètement); l'autre parce que j'ai l'audace d'utiliser un téléphone sans fil (elle me prenait pour un gros bonnet — je parlais seulement à un ami au téléphone en entrant). L'ouverture d'esprit est effectivement remarquable par là! Cela dit, il est quand même chouette ton repaire, et j'espère que vous apprendrez, et j'espère qu'il va fleurir, comme ta barbe.

Mais bon, mais non, ça ne m'a pas empêché d'écrire, semble-t-il.

Par ailleurs, j'ai commencé à traduire ces poèmes il y a un peu plus de deux ans. J'en ai traduit 104 sur 154, malgré le travail, malgré l'école... Il me faut deux heures en moyenne pour en traduire un, vu les contraintes: alexandrins, enjambements, séquence des rimes; respect du propos (que je tente de formuler avec le plus d'intelligibilité possible), de l'imagerie, de l'émotion, tout en m'assurant que ce soit poétique.

Willy explique ici quelle tristesse il a en devant s'éloigner, à cheval, d'une personne qu'il aime.


Sonnet L

How heavy do I journey on the way,
When what I seek, my weary travel's end,
Doth teach that ease and that repose to say,
'Thus far the miles are measured from thy friend!'
The beast that bears me, tired with my woe,
Plods dully on, to bear that weight in me,
As if by some instinct the wretch did know
His rider lov'd not speed being made from thee.
The bloody spur cannot provoke him on,
That sometimes anger thrusts into his hide,
Which heavily he answers with a groan,
More sharp to me than spurring to his side;
For that same groan doth put this in my mind,
My grief lies onward, and my joy behind.


Sonnet L

Combien ai-je l'âme lourde chemin faisant,
Quand mon but, l'usant bout où le trajet finit,
Fait dire à mon repos et mon relâchement,
«Ils te soustraient, tous ces miles, à ton ami!»
La bête me portant, lasse de mes chagrins,
Va laborieusement, vu ce qui pèse en moi,
Comme si la pauvre sut avec quelque instinct
Que son cavalier ne veut pas s’enfuir de toi.
L’éperon plein de sang, ne la provoquant plus,
Que la rage imprime quelquefois dans sa chair,
La fait répondre d’un gémissement tendu,
Plus perçant pour moi que les dents qui la lacèrent;
Ils rappellent à mon esprit, tous ces sanglots,
Que ma peine arrive, et qu’à ma joie je fais dos.

— William Shakespeare

samedi 13 juillet 2019

Sonnet 56

Sonnet LVI

Sweet love, renew thy force; be it not said
Thy edge should blunter be than appetite,
Which but to-day by feeding is allayed,
To-morrow sharpened in his former might:
So, love, be thou, although to-day thou fill
Thy hungry eyes, even till they wink with fulness,
To-morrow see again, and do not kill
The spirit of love, with a perpetual dulness.
Let this sad interim like the ocean be
Which parts the shore, where two contracted new
Come daily to the banks, that when they see
Return of love, more blest may be the view;
As call it winter, which being full of care,
Makes summer's welcome, thrice more wished, more rare.


Sonnet LVI

Doux amour, refais tes forces, il ne faut pas
Que tes contours s’émoussent plus que l’appétit,
Qui est facilement repu par ses repas,
Aiguise-toi, demain tu auras renanti:
Donc, Amour, sois toi! même si tu alimentes
Tes yeux avides, qui clignent de satiété,
Demain, vois mieux, il ne faut pas que tu démentes
L’esprit de passion, aplati d’égalité.
Laisse ce triste intervalle être un océan
Séparant les rives où sont les amoureux
Qui y vont tous les jours, et qui, apercevant
Le retour de l’amour, n’en sont que plus heureux;
Sinon, dis que c’est l’hiver, absorbé de peurs,
Accueillant l’été avec un triple bonheur.

— William Shakespeare

jeudi 11 juillet 2019

Sonnet 99

La rumeur veut que j'aurais traduit ça à l'ombre d'une sorte d'arbuste de la famille des Théacées, un certain soir de septembre (pas le précédent, celui d'avant).

Sonnet XCIX

The forward violet thus did I chide:
Sweet thief, whence didst thou steal thy sweet that smells,
If not from my love's breath? The purple pride
Which on thy soft cheek for complexion dwells
In my love's veins thou hast too grossly dy'd.
The lily I condemned for thy hand,
And buds of marjoram had stol'n thy hair;
The roses fearfully on thorns did stand,
One blushing shame, another white despair;
A third, nor red nor white, had stol'n of both,
And to his robbery had annexed thy breath;
But, for his theft, in pride of all his growth
A vengeful canker eat him up to death.
More flowers I noted, yet I none could see, 
But sweet, or colour it had stol'n from thee.


Sonnet XCIX

J’ai disputé ainsi la violette immature:
Douce brigande, d’où as-tu pris ton parfum,
Si ce n’est du souffle de mon amour? Ce pur
Pourpre, à ta joue douce en éclat, c’est un emprunt
Grossier au sang de mon amour dont tu t’es teinte.
J’ai condamné le lys au sujet de ta main,
Les bourgeons de marjolaines pour tes cheveux;
Des roses, debout sur leurs épines, m’ont craint,
Une honteuse et rouge, une d’un blanc anxieux;
Une tierce, teint mêlé, les avait volées,
Et, à ceci, avait annexé ton haleine;
Mais, pour son vol, en sa poussée tout en fierté,
Dans sa faim, vengeur, un chancre à la mort l’entraîne.
J’en vis plus, mais ne remarquai aucune fleur
Ayant volé ou ta fragrance, ou ta couleur.

— William Shakespeare

lundi 24 juin 2019

On disait de William qu'il était un psychologue né, et je trouve que c'est vrai

Sonnet XXX

When to the sessions of sweet silent thought
I summon up remembrance of things past,
I sigh the lack of many a thing I sought,
And with old woes new wail my dear time's waste:
Then can I drown an eye, unused to flow,
For precious friends hid in death's dateless night,
And weep afresh love's long since cancelled woe,
And moan the expense of many a vanished sight:
Then can I grieve at grievances foregone,
And heavily from woe to woe tell o'er
The sad account of fore-bemoaned moan,
Which I new pay as if not paid before.
But if the while I think on thee, dear friend,
All losses are restor'd and sorrows end.


Sonnet XXX

Aux séances de ma tendre pensée muette
Où j’évoque les remembrances d’un passé,
J’ai un soupir face à mes rêveries défaites,
Mes vieux maux neufs me font pleurer le temps usé:
Aussi je noie mon œil, des flots ignorant tout,
Car mes amis sont cachés dans la nuit des morts,
Pleure de plus belle l’amour pourtant absous,
Et gémis sur le prix des vues qui s’évaporent:
Or des revers éclipsés je souffre à nouveau,
Et je m’appesantis de douleur en douleur,
Fais le compte des plaintes une fois de trop,
Que je repaie malgré mes paiements antérieurs.
En même temps, si je pense à toi, cher ami,
Les pertes s’estompent, et les chagrins aussi.

— William Shakespeare

jeudi 13 juin 2019

All Is True : film sur les derniers jours de Shakespeare




Nous étions environ sept têtes à peupler l'obscure salle du Cineplex Forum. Cinq d'entre elles me semblaient âgées. Tout en haut, à l'arrière, dans ma rangée, un autre jeune homme que moi: peut-être un étudiant en littérature?

À un moment, pendant la projection, je me suis remémoré ces vers:

For thy sweet love remembered such wealth brings
That then I scorn to change my state with kings.

Or, plus tard, le seul sonnet qui était déclamé, c'était celui où l'on retrouvait ces lignes. Tandis que Shakespeare est en présence de son camarade, le Fair Youth.

vendredi 29 décembre 2017

Ma traduction du sonnet 129

J'ai été très rapide. Je mets normalement une à deux heures pour traduire un sonnet. Animé par quelque désir, surtout celui de ne pas dormir, j'ai dû compléter ma traduction en, quoi, trente, quarante-cinq minutes ? Rien à voir, cela dit, avec une habileté grandissante : j'étais au contraire rouillé, je n'ai guère le temps de traduire ses magnifiques sonnets ces temps-ci.


Sonnet CXXIX

The expense of spirit in a waste of shame
Is lust in action: and till action, lust
Is perjured, murderous, bloody, full of blame,
Savage, extreme, rude, cruel, not to trust;
Enjoyed no sooner but despised straight;
Past reason hunted; and no sooner had,
Past reason hated, as a swallowed bait,
On purpose laid to make the taker mad.
Mad in pursuit and in possession so;
Had, having, and in quest to have extreme;
A bliss in proof, and proved, a very woe;
Before, a joy proposed; behind a dream.
All this the world well knows; yet none knows well
To shun the heaven that leads men to this hell.


Sonnet CXXIX

Disperser son âme en un honteux gaspillage,
C'est luxure qui est: et avant qu'elle soit,
Elle parjure, tue, pleine de sang, sauvage,
Blâmable, extrême, crue, indigne qu'on la croie.
Dès qu'on en a joui, on l'écarte sans penser;
Par-delà la raison on la cherche; et on l'a,
Irraisonné on la hait, comme appât gobé,
Qui fut disposé pour que sa proie s'excitât.
La luxure est folle en poursuite et en contrôle;
Ayant eu, voulant, et d'une attitude extrême;
C'est la félicité qui, vécue, est en geôle;
Avant, joie qu'on flaire; puis rêve qui nous sème.
Le monde sait tout ça; et nul ne sait quoi faire
Pour éviter les cieux menant à cet enfer.

— William Shakespeare

lundi 3 juillet 2017

Je l'ai expérimenté pour vous, guys, ne l'essayez pas, jamais!

«Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, — de poésie, jamais.»

— Baudelaire

Triple dose de sonnets shakespeariens pour moi cette nuit. Remède prescrit, affaire réglée comme si de rien n’était. Après ça, dors, dors, mais dors jusqu'à t'étirer d'un bout à l'autre de la nuit, fœtal alchimiste au faîte du temps sur un lit pur, et la nuit, fais-t'en une couverture noire, muette, sur laquelle sont émiettées quelques étoiles.

dimanche 25 juin 2017

Qu'est-ce que je faisais à la Saint-Jean?

Je traduisais Shakespeare. Dans un resto-bar. Geste antipatriotique ou patriotique par excellence. La barmaid ne trouvait pas cela très sexy que je commandasse un thé plutôt qu'une boisson liquoreuse, dissonance évidente un soir de fête escomptée. Mais que veux-tu, lui dis-je, si je m'aventure par ici, c'est pour écrire, et non festoyer.

Or, j'ai commencé à traduire ses sonnets, à Shakespeare, lors d'une nuit blanche récente, plus ou moins par hasard et certainement par plaisir. Exactement trois semaines après, je constate que j'ai fait vingt-deux traductions.

Je n'aime pas la comparaison, mais je suis tout de même curieux, après-coup.

Sonnet V (William Shakespeare)

Those hours, that with gentle work did frame
The lovely gaze where every eye doth dwell,
Will play the tyrants to the very same
And that unfair which fairly doth excel;
For never-resting time leads summer on
To hideous winter, and confounds him there;
Sap checked with frost, and lusty leaves quite gone,
Beauty o'er-snowed and bareness every where:
Then were not summer's distillation left,
A liquid prisoner pent in walls of glass,
Beauty's effect with beauty were bereft,
Nor it, nor no remembrance what it was:
   But flowers distilled, though they with winter meet,
   Leese but their show; their substance still lives sweet.


Sonnet V (traduit par François-Victor Hugo)

Ces mêmes Heures, qui ont formé par un travail exquis ce type admirable où se plaisent tous les yeux, deviendront impitoyables pour lui, et disgracieront ce qui est la grâce suprême.

Car le temps infatigable traîne l’été au hideux hiver et l’y absorbe : la gelée fige la séve, les feuilles les plus vigoureuses tombent toutes, la beauté est sous l’avalanche, la désolation partout !

Alors, si la goutte distillée par l’été ne restait, prisonnière liquide, enfermée dans des parois cristallines, la beauté ne se reproduirait pas ; et rien ne resterait d’elle, pas même le souvenir !

Mais les fleurs, qui ont distillé leur séve, ont beau subir l’hiver ; elles ne perdent que leur feuillage et gardent toujours vivace leur essence parfumée.


Sonnet V (traduit par Jean Malaplate)

Ces heures dont le doux travail avait forgé
Cette charmante image où tout oeil se repose
Vont, jouant les tyrans, désembellir l'objet
Qui, par elles, passait en beauté toute chose.

Car le Temps sans repos pousse déjà l'été
Vers l'hiver monstrueux et va le mettre en terre :
Sève gourde de froid, vert feuillage emporté,
Neige sur la beauté, partout deuil et misère...

S'il ne restait alors de l'été le parfum,
Liquide prisonnier de murailles de verre,
— L'effet de la beauté comme beauté défunt —
Son souvenir aussi redeviendrait poussière.

   Mais la fleur distillée, en la froide saison
   Survit, perdant sa forme, en son exhalaison.


Sonnet V (traduit par Yves Bonnefoy)

Ces heures qui ont créé, par si grand art,
Ce bel objet où tout regard s’attarde,
Pour lui aussi se feront des tyrans
Qui dilapideront ce qui fut excellence,

Car sans repos le temps mène l’été
Vers le hideux hiver et là le tue,
Sève transie de gel, feuilles mortes éparses,
Et neige sur sa nue splendeur, de toute part.

D’où suit que, n’en restât emprisonnée l’essence
Sous des parois de verre, tout l’efficace
De la beauté périrait avec elle,
Elle ne serait plus, ni son souvenir.

Mais aux fleurs distillées rien n’est hiver,
Leur apparence meurt, leur parfum demeure.


Sonnet V (traduit par Guillaume C. Lajeunesse)

Ces heures, qui par un doux travail ont bâti
Ce charmant regard où chaque œil vient s’attarder,
Viendront jouer au tyran avec celui-ci,
Avilissant ce qui culmine de beauté;
L’été, par l’infatigable temps, est offert
En pâture au hideux hiver où il s’y meurt;
La sève gelée, les belles feuilles par terre,
La beauté s’enneige et tout se voit sans couleur:
Si de l’été il n’y eut pas distillation,
Détenue dont la prison de verre l’entoure,
La beauté meurt avec la beauté sans passion,
Elle et son ombre vont s’éteindre pour toujours:
Mais les fleurs distillées, quand un hiver sévit,
Se décharnent; tandis que leur substance vit.