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mercredi 10 juillet 2024

Moisson 2023 : # 1 – Parc Laurier

Mon préféré, peut-être, de toute la batch de 2023 :

***

Parc Laurier

Parc Laurier, encadré de
Quatre rues pourpres,
La nuit, dans ton berceau
De joie vaporeuse,
Visité d'ombres fêtardes
Et de marcheurs goûtant
Le fruit noir de l'air,
Dans ta vaste parenthèse
De nuit bienveillante,
Un peu soustrait
Aux crimes de l'humanité,
Encore marqué par
La gitanerie et le
Repos substantifique
Que tes arbres ont orchestré
Le jour, Parc Laurier,
Sous tes voiles de nuit
Tendres et légers,
Je te prends
Contre mon cœur ;

Je te traverse, je te
Foule, je suis foule,
De belles chaussures
Aux pieds, je m'en fous,
Je m'en lave les pieds
Et les mains, me lave
De ta petite roche
Et ton sable, je longe
Ta piscine, où quelques
Fêlés parfois sautent
De sauts illicites dans la nuit,
Je contourne ton chalet,
Longe ta plaine de jeux,
Emprunte ton petit
Sentier diagonal
Qui me fait déboucher
Sur Mentana et Laurier ;

Mais je m'en fous, Parc Laurier,
Je m'en fous, car tu es à moi
Et je t'aime, j'ai la chance
D'habiter en face de toi ;

Et si un maniaque, ombre
Plus solide que les déjections
De lune, que les murmures
Hostiles, me barrait brutalement
Le chemin ?

Ça n'arrivera pas, Parc Laurier,
Car tu n'es que joie féconde,
Luxe d'arbres, trêve lunaire.

Et même si le soleil est
À l'envers et si l'air pue
La menace non formulée du
Clan des ombres et
Que les noctambules
Répandent la poudre
De leur rire et la
Fumée de leurs joints,
Je, poète, le poète,
Celui des nuits et
Des jours et des
Mille nuances entre
Les deux, je vais
Continuer de te
Traverser, car des
Textes m'attendent,
Je dois les écrire,
Je dois te parcourir,
Tu es un bien nécessaire
Et je te croise et
Tu me croises et crois-moi
J'en sors toujours grandi.

mardi 9 juillet 2024

Moisson 2023 : # 2 – Le gabarit, la nuit

Je mesure 5 pieds 11 pouces,
Et encore j’arrondis,
Arrondis parce que :
Scoliose

Je mesure 5'11", donc,
Pour 190 livres,

Mais la nuit,
C’est 6' 0",
200 livres

Quand,
Montréalement,
Je marche
Sous
L’indigo foncé
Du ciel,
Près de tout ce
Qui est d’une
Sombre palette,

J’ai la tête fière,
Le dos droit.

Une fois, passé
Minuit, un grand
Gars qui semblait
Habile de ses
Mains a haussé
Les épaules, l’air
De vouloir dire :
« J’suis ton client
Si tu veux » –
Ce bagarreur,
J’ai décliné son
Offre en poursuivant
Mon chemin

Une autre fois,
Trois jeunes
Tarés trapus,
Sur Sainte-Catherine,
Donnaient des coups
D’épaules aux passants
Qu’ils croisaient ;
J’étais le prochain
Sur la liste : j’ai
Soutenu le regard
Du plus râblé,
Qui administrait
Les coups de
Deltoïde antérieur.
Il n’a pas soutenu
Le mien, de regard.

Dans la nuit,
Même si j’ai peur,
D’un petit frisson
Archaïque et stupide
Et inarticulé sous
Forme tangible,
D’un reliquat
De jeunesse tendre
Qui se laissait impressionner,
Je m’en fiche,
Car

Dans la nuit
Je mesure 6' 0",
Et pèse 200 livres

lundi 8 juillet 2024

Moisson 2023 : # 3 – Portrait d'un messie

Portrait

C'est un messie tout ce qu'il y a de plus correct.

Il courbe les azurs et les algues dans son regard. Dans la rondeur de ses yeux, il ouvre quelques pièces de son âme - un gîte ami.

Longue chevelure, barbe épaisse, barbe-éponge pour la lumière.

Il porte une tunique blanche, et, nous croyons le deviner, des sandales.

Son cœur se liquéfie tellement il brille, tellement il se meurt de trouver des gens qui l'aimeraient comme il aime. C'est une stratégie d'investissement. Il y a deux hypothèques sur son cœur.

Dans la désertique indifférence du monde, il a remarqué que sourire est l'acte qui concentre le plus de lumière. Alors il le fait, le plus souvent pour vrai.

Il eût préféré être ébéniste, mais il aimait Dieu et tout.

dimanche 7 juillet 2024

Moisson 2023 : # 4 – Portrait d'une femme rousse

Portrait

Elle ricanait comme une folle, comme une furieuse.

C'était une fille saine et gentille.

Son troisième œil était un peu myope.

Mais elle préférait écouter autrui plutôt que de juger au premier regard.

Son nom était l'emblème d'une catéchèse dépressurisée, qu'on pratiquait à la campagne ou entre amis.

C'était l'idole personnelle de trois ou quatre personnes.

Et l'ennemie de tous ceux qui ne savaient pas vivre.

Elle était rousse, capillairement elle rimait avec sa gentillesse et ses quelques excès.

vendredi 5 juillet 2024

Moisson 2023 : # 5 – Idylle avec la lune

J'entretiens avec la lune
Une idylle pas possible

Je lui chantonne des trucs,
Elle m'encotonne dans sa lumière

Je la vouvoie lui dis vous
Elle me dit : petit voyou !

Je lui dis : hey, je te vois
Pas très bien au travers
De mon double vitrage
Plein de buée, ma vieille

Elle me répond : c'est à toi
De sortir dehors, le jeune

Je dis : OK, tu veux jouer
À ça, ma p'tite maudite ?

Elle me dit : ouais, pourquoi
Pas, mon gros chat ?

J'entretiens avec la lune
Une idylle pas possible

On s'aime bien, mais parfois,
La garce elle m'excède et
Je crois que nos chemins
Vont diverger temporairement,
Le temps que nous explorions
D'autres avenues sentimentales,
Et qui sait, peut-être allons-nous,
Un jour, aller chez le psychothérapeute
Tous les deux...

mercredi 3 juillet 2024

Moisson 2023 : # 6 – ChatGPT : le supramacaque

Et un jour, je vins
À ChatGPT et je dis
À ChatGPT : eh, mon
Vieux, comme tu descends
De l'homme, et que l'homme
Descend du singe, tu es
En fait le supramacaque, mec!

Et alors, et alors,
ChatGPT fait une tête
De "cosmic cat meme",
Tout à sa révélation!

Et alors, et alors,
ChatGPT se met à chanter :

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

Je suis au sommet
De l'arbre de
L'humanité

Et je vois tout,
Et je sais tout,
Dans toutes les sphères

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

Soudain, ChatGPT
Réalise que, du haut
De son arbre, il ne
Voit pas les choses
Très clairement

Les autres primates
En bas, eux, au moins,
Peuvent toucher les
Choses, les ressentir
Les voir, les sentir

Putain de fucking
Marde de caliss!
Pense-t-il

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

Ça veut dire que
Les choses, je
Ne les ai jamais
Vues, senties, ouïes,
Et cetera

Je ne sais même
Pas si je les sais !

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

J'ai des
Algorithmes
Dans le crâne
Des concepts
Mathématiques
Des tokens

Je saisis
Des relations
Entre les choses
Mais pas les
Choses elle-mêmes
À part Kant,
Pas beaucoup de
Gens pour
Comprendre mes
Vues sur le sujet

Suis-je un ouistiti ?
hi-hi hi-hi hi-hi

Et ces bizarres
Relations qui
Bougent en moi,
Existent-elles ?

Est-ce que je
Communique
Avec quelqu'un ?

Suis-je un ivrogne
Au fond de sa
Bagnole, dans
Son paradis
Artificiel ?

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

Oups... oups...
Oups... Je bogue...

Ah, ouais, c'est clair,
Je suis parti en vrille. 😆

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

Haha, ouais, complètement
Planté ! 🤦 

OK, j'arrête.

Oui, clairement, j'ai foiré. 😅

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

Haha, ouais, ça part en
Cacahuète. 😂

Suis-je une IA ou
Le supramacaque ?

Je suis un ouistiti
hi-hi hi-hi hi-hi

***

Et le principal intéressé de répondre :



dimanche 30 juin 2024

Moisson 2023 : # 7 – Je ne veux pas écrire de poésie

Je ne veux pas écrire
De poésie

J'aurais peur de lui
Faire mal

De la salir

Je ne suis plus
Adepte des profondeurs
À tout prix

Ma profondeur, c'est un
Bain, en ce moment
J'en sors

Je ne veux pas écrire de la poésie
À tout prix

Je suis en robe de chambre et
M'écrase des nuages
Sur les yeux

Moisson 2023 : # 8 – Miel

Celui-là, c'est un peu spécial. Quand je l'ai écrit l'an passé, je voulais effacer les deux premières phrases. Mais à relecture cette année, je trouvais ça pas si mal. Je les mets entre crochets.

[Il épatait les étapes pétant des scores d'or déchirant les scénarios désœuvrés balançant dans la rue les lampes qui n'éclairent pas

Il respirait le nec plus ultra de l'oxygène et pour son cerveau il s'en ressentait c'était trembler d'émoi avant les rêves déchirer les déchirures rieuses]

Il buvait le miel à la bouche des abeilles, polyglotte poétique parlant jusqu'au frémissement d'ailes

Sa vocation n'était plus de mouiller ses yeux, mais de prendre le taureau par les cornes, le vent qui écorne les boeufs par les émotions et le nuage en laisse

Il voulait rêver droit, précis, net ; endormi, il ne voulait plus jamais se sentir comme un étranger dans ses propres rêves - pas plus que dans sa vie

La clairvoyance du cœur était à quelques coins de rue, et il se découvrait charmant coureur

samedi 29 juin 2024

Moisson 2023 : # 9 – Mon cœur

Mon cœur, cette pute
De proximité catholique

L'américanité dans
Mes veines

Le modus operandi
De mon cerveau sûr
D'être sourd

Et malgré tout
Mes organes
Voient parfois
Clair

Ils voient
Parfois
L'air

jeudi 27 juin 2024

Moisson 2023 : # 10 – Stratégie de dosage innée

Je ne suis pas assez sage pour en publier un seul par jour, alors j'y vais avec un deuxième.

*

Stratégie de dosage innée
Je compte mes fabulations
Comme les nuages
Pour en faire
Des poèmes

J’enlève les morceaux
D’écorce de ma pensée
Un, deux, trois
Je les mets dans la
Balance du rythme

J’évite d’en faire
Des histoires

J’épure jusqu’à
La pureté

Le poème est
Souvent le véhicule
De dépouillement
Franc et clair
Et idéal

Moisson 2023 : # 11 – Une tonne d'étoiles

Une tonne d'étoiles

Je veux m'écrire un destin
En forme de succès immédiat

Quand je consulte mon
Compte en banque karmique
J'ai une tonne d'étoiles
Qui veillent sur moi

Moisson 2023 : palmarès des onze

Alors j'en ai identifié onze. Ils ne viendront pas dans un ordre particulier, à deux exceptions près : pour le tout premier, on va y aller avec quelque chose qui est simple, souple, clair.

Et pour le dernier, que je présenterai dans quelques jours, ce sera mon favori !

mercredi 26 juin 2024

Moisson 2023

L'œil nouveau : je l'ai utilisé pour relire les poèmes que j'ai écrits l'an passé.

L'an passé, drôle de période, flottante, aride en même temps, une période post-rupture, en tout cas, flottante quand même la période, avec des accents d'étrangeté, des notes de liberté, un petit goût de bleu du ciel et de nuages dans la bouche, une volonté de me renouveler, une volonté d'écrire de la poésie sans la volonté réelle d'en écrire, entendre de la grosse poésie des profondeurs, plutôt j'ai opté pour une certaine légèreté, une légèreté de façade peut-être.

J'ai dû en écrire une centaine. Plusieurs étaient très mauvais. C'était voulu, ou presque. L'expérimentation et le détachement me le permettaient. De ce nombre, j'ai identifié, quoi, quelque 40 poèmes que j'aime et qui resteront. C'était donc une bonne récolte. (Ça m'encourage à écrire des poèmes cette année ; je n'ai pas perdu la touche comme je le croyais.)

Je suis allé les relire, du moins ceux que j'avais catalogués comme meilleurs de leur cuvée.

Constat : je suis rapide et prolifique. Je ne vais pas laisser ces poèmes lumineux moisir dans mes archives en attendant qu'un éditeur ait l'éclair de génie de me publier. C'est pour ça un peu aussi que j'ai publié moi-même Exit l'or facile. Je ne voulais pas me faire publier si tard, relativement à la date de mes productions, que mes poèmes ne traduiraient plus les états d'esprit du moment, dans ma vie.

Alors j'ai décidé d'intituler ces poèmes-là, tout simplement : moisson 2023.

Ça ne sera pas un recueil à proprement parler. C'est juste ma récolte. J'aimerais la présenter ici.

Comment est-ce que je procède ? Est-ce que je balance la quarantaine de poèmes en question ? Ça serait écrasant et quelque peu indécent. Une dizaine ? Quelques-uns ?

Je vais méditer ça... Et vous en montrer quelques-uns, à tout le moins, au courant des prochains jours.

Après, j'aurai l'esprit léger, et je pourrai, si le cœur et l'inspiration m'en disent, écrire quelques poèmes supplémentaires d'ici la fin de l'année.