À la mitaine, bien sûr. Comme à l'époque des sonnets.
Et en alexandrins, lorsque l'écriture de Shakespeare le commande (lui qui employait le pentamètre iambique non rimé)
Acte II, scène II
Oh, quel chien errant et incapable je suis !
N’est-ce pas monstrueux que cet acteur, ici,
Purement en fiction, en rêve de passion,
Puisse obliger son âme au caprice du jeu,
Si bien que sa face s’inonde de pâleur
Et de larmes, et qu’il projette distraction,
Voix brisée, et un aspect global qui épouse
Ce qu’il doit incarner – tout ça sans but réel !
Pour Hecuba !
Qui est Hecuba pour lui, qui est-il pour elle ?
Pour qu’il pleure pour elle ? Et que ferait-il
Avec mes motifs, mes émotions à cran ?
Sans doute un déluge de larmes sur scène –
Les oreilles seraient fissurées par l’horreur,
L’infâme ragerait, l’honnête pâlirait,
Et l’ignorant ? Confondu. La faculté même
Qui vit en l'œil et en l’ouïe serait sidérée.
Pourtant, moi qui suis un crasseux et sombre idiot,
Pris par le rêve, mais pas épris de ma cause,
Je n’ai pas un mot, pas un seul mot pour mon père
Le roi, dont le trône ainsi que la chère vie
Ont été détruits. Est-ce que je suis un lâche ?
Qui pour me traiter de méchant ? Ou me gifler ?
Qui m’arracherait la barbe pour la souffler ?
Ou me tordrait le nez ? Me ferait respirer
Mon mensonge à pleins poumons ? Qui ferait cela ?
Dieu du Ciel ! J’accepterais ces châtiments-là,
Je suis timide et n’ai pas le mordant requis
Pour faire regretter un oppresseur, sinon
J’aurais engraissé les oiseaux de la région
Avec ses tripes. Sanguinaire scélérat !
Sans-cœur, infect traître, dégueulasse malfrat !
Oh, vengeance !
Quelle chose rampante je suis… Oh, si brave,
Moi le fils d’un père chéri, assassiné,
Alors que ciel et enfer demandent vengeance,
Je fais la putain bavarde vidant son coeur,
Je me répands en jurons comme une catin,
Une vulgaire domestique ! – Honte à moi !
Allez, cerveau, réfléchis… J’ai entendu dire
Que les gens coupables, lorsqu’ils sont au théâtre,
Impressionnés par ce qui est joué sur scène,
Atteints si fort dans l’âme, deviennent enclins
À avouer les crimes qu’ils ont perpétrés :
Bien que le meurtre ne possède pas de langue,
Un miraculeux organe le trahira.
J’orchestrerai une pièce où mon père meurt,
Devant mon oncle. Je scruterai son visage,
L’étudierai jusqu’au trognon. Un seul frisson
Me fournirait l’indice. L’esprit que j’ai vu
Était peut-être un démon, certes un démon
Séduisant par son bel aspect ; oui, et peut-être
A-t-il le don de manipuler les esprits
Abattus et mélancoliques comme moi,
Et veut-il me damner. Je veux de fortes preuves.
J’épinglerai, grâce à ma pièce, sa conscience.
Oh, quel chien errant et incapable je suis !
N’est-ce pas monstrueux que cet acteur, ici,
Purement en fiction, en rêve de passion,
Puisse obliger son âme au caprice du jeu,
Si bien que sa face s’inonde de pâleur
Et de larmes, et qu’il projette distraction,
Voix brisée, et un aspect global qui épouse
Ce qu’il doit incarner – tout ça sans but réel !
Pour Hecuba !
Qui est Hecuba pour lui, qui est-il pour elle ?
Pour qu’il pleure pour elle ? Et que ferait-il
Avec mes motifs, mes émotions à cran ?
Sans doute un déluge de larmes sur scène –
Les oreilles seraient fissurées par l’horreur,
L’infâme ragerait, l’honnête pâlirait,
Et l’ignorant ? Confondu. La faculté même
Qui vit en l'œil et en l’ouïe serait sidérée.
Pourtant, moi qui suis un crasseux et sombre idiot,
Pris par le rêve, mais pas épris de ma cause,
Je n’ai pas un mot, pas un seul mot pour mon père
Le roi, dont le trône ainsi que la chère vie
Ont été détruits. Est-ce que je suis un lâche ?
Qui pour me traiter de méchant ? Ou me gifler ?
Qui m’arracherait la barbe pour la souffler ?
Ou me tordrait le nez ? Me ferait respirer
Mon mensonge à pleins poumons ? Qui ferait cela ?
Dieu du Ciel ! J’accepterais ces châtiments-là,
Je suis timide et n’ai pas le mordant requis
Pour faire regretter un oppresseur, sinon
J’aurais engraissé les oiseaux de la région
Avec ses tripes. Sanguinaire scélérat !
Sans-cœur, infect traître, dégueulasse malfrat !
Oh, vengeance !
Quelle chose rampante je suis… Oh, si brave,
Moi le fils d’un père chéri, assassiné,
Alors que ciel et enfer demandent vengeance,
Je fais la putain bavarde vidant son coeur,
Je me répands en jurons comme une catin,
Une vulgaire domestique ! – Honte à moi !
Allez, cerveau, réfléchis… J’ai entendu dire
Que les gens coupables, lorsqu’ils sont au théâtre,
Impressionnés par ce qui est joué sur scène,
Atteints si fort dans l’âme, deviennent enclins
À avouer les crimes qu’ils ont perpétrés :
Bien que le meurtre ne possède pas de langue,
Un miraculeux organe le trahira.
J’orchestrerai une pièce où mon père meurt,
Devant mon oncle. Je scruterai son visage,
L’étudierai jusqu’au trognon. Un seul frisson
Me fournirait l’indice. L’esprit que j’ai vu
Était peut-être un démon, certes un démon
Séduisant par son bel aspect ; oui, et peut-être
A-t-il le don de manipuler les esprits
Abattus et mélancoliques comme moi,
Et veut-il me damner. Je veux de fortes preuves.
J’épinglerai, grâce à ma pièce, sa conscience.
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