Pourquoi n'ai-je pas terminé le baccalauréat en psychologie ? Et pourquoi ne le finirai-je sans doute jamais ?
Tout d'abord, quelle place occupe la psychologie dans ma vie ? Une énorme.
Je réfléchis et je respire comme un psychologue, en vérité. Quand je pense, quand je parle, je fais allusion à Freud, à Jung, à James, à Skinner, à Cyrulnik (il a le potentiel d'être controversé dans cette liste – mais c'est pour moi un géant).
Quand je pense, quand je parle, c'est : analyse de la personnalité et des émotions, Big Five, psychodynamique, psychopathologies, théorie de l'attachement, concepts de psychométrie, faits intéressants tirés des neurosciences...
Au début de la trentaine – je n'avais pas encore étudié à l'université, mon certificat en psychologie ayant eu lieu durant mes 33 et 34 ans – j'ai fréquenté, amoureusement pour ainsi dire, mais brièvement, une psychologue fraîchement diplômée. J'avais alors une cinquième secondaire pour tout diplôme. En marchant sur la rue avec elle, une fois, elle me fait part de son étonnement : nous avions, selon elle, le genre de discussions qu'elle avait avec ses camarades... au doctorat.
Un certificat, ai-je dit ? Ça, je l'ai complété. Et c'est là qu'on s'approche du noeud de ce billet.
Étant donné mes connaissances en psychologie, et ma passion pour celle-ci, ce diplôme peut me faire passer pour un underachiever. Les ressources humaines du monde entier, irréfléchies par nature, me perçoivent certainement ainsi, et il s'en est fait ressentir dans mon cheminement de carrière.
Mais qu'en est-il du contexte de ce certificat ?
Je l'ai complété à 33-34 ans, comme mentionné. À temps partiel, tandis que j'occupais un emploi exigeant à temps plein. Cela faisait une quinzaine d'années que je n'étais pas allé à l'école. Je n'avais pas la moindre idée comment étudier, ne l'ayant pas fait au secondaire. J'étais affligé d'un TDAH massif. J'ai choisi certains des cours les plus difficiles – le certificat, c'est un cours obligatoire, et neuf optionnels, à choisir parmi les cours du bac – dont les cours de neurosciences.
En parallèle, je traduisais Shakespeare, ses sonnets plus précisément. Un travail où je me suis imposé des contraintes extrêmes : utilisation de l'alexandrin pour donner la réplique au pentamètre iambique, respect de la métrique, du schéma des rimes, etc. J'ai également mis un point d'honneur à respecter les enjambements, l’imagerie poétique, l’émotion... surtout l’émotion... le vocabulaire, etc.
Sans ces contraintes (si j'avais traduit comme les autres traducteurs l'ont fait), cela m'aurait pris 100 à 200 heures. J'ai sciemment choisi d'en mettre 600 à 700. Autrement, cela aurait dénaturé Shakespeare.
Mais revenons à l'école.
Pourtant, ma moyenne a été de A. C'était avant l'avènement des IA génératives qui peuvent nous soutenir intellectuellement. J'avais un dossier académique qui me qualifiait pour le doctorat.
J'ai complété le certificat, et puis, et puis...
*
Et puis je suis tombé amoureux. Et puis le désir d'écrire (mes propres oeuvres), refoulé, se faisait ardent. Et puis je suis devenu père. Pour vous situer, c'était aux environs de la pandémie. Sinon, le certificat, simple diplôme de premier cycle, m'a ouvert quantité de portes dans mon entreprise. Cinq promotions en cinq ans. L'ascension bloquée enfin permise.
J'ai bien sûr voulu continuer à étudier. J'étais sur une lancée. J'étais fier de moi – je dirais même enivré par ces improbables noces avec l'école. Je me suis essayé à d'autres certificats, que j'ai jugés tous plus ennuyants les uns que les autres ; j'ai dû laisser ces programmes derrière.
Finalement, l'idée m'est venue : le baccalauréat en psychologie. Si j'avais aimé le certificat, il serait normal de poursuivre mon chemin dans ce programme.
Je m'y suis inscrit, j'ai été accepté. Quelques fois, à vrai dire. Malgré cela, je n'ai dû faire qu'une session. Qui s'est bien déroulée au demeurant. Bon, quelques soucis de santé m'ont peut-être retenu dans ma course...
Quand j'ai mis les études de côté après cette session-là – je devais avoir 37 ans – j'ai renoué avec l'écriture de nouveau, mon moteur créatif s'étant un peu atrophié durant la pandémie. J'ai pondu l'un des plus beaux recueils de poésie qui sommeillait en moi.
Puis je me suis attaqué à de gros morceaux : certains romans qui m'habitaient depuis longtemps. L'un a tenté de venir au monde pendant dix ans, ce qui était impossible avec l'université et la traduction des sonnets. J'ai finalement réussi à l'écrire à trente-neuf ans. L'autre, plus massif encore, qui doit bien avoir mûri en moi quinze ans, je l'écris présentement.
Et ces romans, ce n'est qu'une fraction des livres que j'entends écrire.
C'est pour cela, entre autres, que je n'ai pas complété le baccalauréat en psychologie. Pas par manque d'ambition.
Il était plus important pour moi de réviser mes traductions de Shakespeare. Il était plus important pour moi de porter la dette psychique des 30 romans que je voulais écrire. D'accoucher de nouvelle poésie et de pièces de théâtre. De suivre mes autres élans intellectuels. De bâtir ma carrière. De m'occuper de mon fils.
De vivre.
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