jeudi 6 novembre 2025

Jack, Gérard, Geneviève et moi

Mon énième poème qui n'a pas été retenu au concours de poésie de Radio-Canada (ce qui est, tout bien considéré, une bonne nouvelle, étant donné ce que ce concours publie) :

Jack, Gérard, Geneviève et moi

Jack Kerouac a eu
Gérard ;
J'ai eu
Geneviève
Le barde américain,
Dans un roman,
Décrit – à coups
De visions – son
Petit grand frère
Défunt comme
Un saint et comme
Celui qui partirait
Trop tôt

Jack Kerouac a eu
Gérard ;
J'ai eu
Geneviève

*

Cet été-là,
Aux cieux fleurant l’ozone…
Aux fleurs fumantes de foudre…
Aux sauterelles sabotant leurs hymnes…
À l’enfance disloquée…
Aux loups bleus présidant aux nuits…

Cet été-là,
Il fallait bien se rendre
À l’évidence :
Ça ne serait pas évident

Comment nommer
L’ombre avec
Une craie de parole
De couleur nuit ?

*

Jeune adulte pile
La résurgence paf
Vieil enfant flash
À la racine à l’écoute
Travailleuse sociale
Parle avec maman :
« Il comprend ce qui
S’est passé – mais il
Va sûrement le vivre
Quand il sera adulte »

Jeune adulte pile
La résurgence grave

*

Maintenant, je brosse
Un chant qui gagne
En force à mesure
Que je m'approche de toi

*

Célébrant le soir
Par la sieste,
Ma soeur,
Célébrant aussi ta mémoire
Depuis quelques jours,
Enfin ! affairé à ma sieste,
La paupière assumée molle,
J’ai tangué vers le
Bestiaire coloré que
Nous restitue la cervelle

Mais je vis, dans un cercueil,
Une petite fille si triste

J’en ai toujours le sang bleu

*

Pour se recomposer
À peu près
Une espérance,
On t’a inventé,
Gérarde, ou plutôt,
Geneviève,
Un corps de lumière –
Il te va à ravir, ma chère

*

Et quand je retourne
À nos étés d’enfance,
Ce ne sont plus
Les fleurs fumantes de foudre
Et les sauterelles délinquantes,
C’est la munificence des couleurs,
L’ordre d’azur des pavillons-nuages

C’est toi – l’incarnation
(Ou l’angélisation) de la force

*

Mais les bâtards de jours,
Tous les jours, ramènent leurs pluies ;
Et la déficience du chaos nous
Remplit les chaussures
De ronces –

À ta vieille photo polaroïd délavée,
À ton récit d’enfante brisée,
À la géométrie sacrée de ton coeur,
On a joint, ma petite grande soeur,
L’idée de ta sainteté

C’est pour ça que Jack m’a apaisé –
Déjà, sa peine, je l’ai ressentie pétante
Au coeur plombé, pétante, vraie
Et profonde, mais surtout :
Son saint Gérard a dû être content
De t’accueillir

2 commentaires:

  1. Oh, douce Geneviève et tendre Liam, quel magnifique poème ! ❤️❤️❤️ Il mérite des beaux mots, cet hommage fort au rythme musical !

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